Proche-Orient

« Yomeddine », la fable du lépreux et de l’orphelin

Sélectionné à Cannes et au Festival du Film Arabe de Fameck, le film de A.B. Shawky est une leçon d’humanité et de bienveillance.

Avec son âne et sa carriole, Beshay quitte la léproserie pour aller retrouver les siens.
Avec son âne et sa carriole, Beshay quitte la léproserie pour aller retrouver les siens.

Un homme fouille dans une décharge, une montagne de détritus, un gros plan montre ses mains rongées par la lèpre ; plus tard c’est un visage, abimé, marqué, défiguré, qui apparaît. Cet homme, Beshay, est le personnage principal du premier long-métrage de A.B. Shawky, « Yomeddine » (sortie le 21 novembre), sélectionné en compétition au Festival de Cannes ainsi qu’au Festival du Film Arabe de Fameck.

« Bonjour les malades !», lance-t-il chaque jour qu’il franchit l’entrée de léproserie où il habite depuis si longtemps, perdue quelque part dans le désert égyptien, loin du monde, loin des autres. Beshay n’est plus vraiment malade, n’est plus contagieux, mais il continue de vivre là où l’ont déposé ses parents, dont il n’a plus jamais eu de nouvelles. Désormais veuf et seul, après la mort de sa tendre épouse, il décide d’aller retrouver sa famille, de rejoindre son village natal.

La différence, le jugement, et le regard des autres

« Personne ne se souviendra de moi », se doute-t-il. Mais Beshay part quand même avec son âne et une carriole, à bord de laquelle s’est caché un gamin de l’orphelinat voisin. Une « tête de pioche » surnommé Obama à cause de sa couleur de peau, qu’il va prendre sous son aile, comme son fils. A travers l’Egypte, les deux sans famille vont connaître bien des mésaventures, ils sont arrêtés, évadés, volés, escroqués… Mais aussi aidés par d’autres exclus, mendiants, parias, bêtes de foire, qui survivent telle une petite cour des miracles sous un pont.

« Je suis un être humain », affirme Beshay dans ce road-movie à petite vitesse, si ce n’est une amusante course-poursuite entre l’âne et une autoscooter. Ce sont même de formidables être humains que les personnages de ce film, joués par des non-acteurs, l’extraordinaire Rady Gamal qui incarne Beshay, et le malicieux Ahmed Abdelhafiz qui joue le petit Obama. « Yomeddine » signifie « jour du jugement dernier » en arabe ; en attendant ce jour, « Yomeddine » est un film bourré d’humanité et de bienveillance. Il y a dans cette fable du lépreux et de l’orphelin une jolie leçon sur la différence, le jugement, et le regard des autres.

Patrick TARDIT

« Yomeddine », un film de A.B. Shawky (sortie le 21 novembre)

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