« Samouni Road », sur les sentiers de la guerre

Ce documentaire de Stefano Savona avait reçu le Prix de la Critique au Festival du Film Arabe de Fameck.

L'illustrateur Simone Massi a dirigé les superbes séquences d'animation en noir-et-blanc.
L’illustrateur Simone Massi a dirigé les superbes séquences d’animation en noir-et-blanc.

Amal, une petite fille, nous montre l’emplacement où s’étendait un arbre énorme sur la place de son village, dans la Bande de Gaza. Elle essaie de nous faire comprendre son volume, sa grandeur, mais il n’y a plus rien, rien que de la terre rouge, l’arbre a été détruit, comme bien des maisons voisines, ou ces vergers ravagés où poussaient les oliviers plantés par son père, les amandiers, les citronniers de son grand-père.

Amal raconte son village tel qu’il était avant, paisible, avant un raid meurtrier de l’armée israélienne, dans « Samouni Road », un film de Stefano Savona (sortie le 7 novembre). Le réalisateur italien, qui avait filmé la révolution arabe avec « Tahrir, place de la Libération », avait auparavant tourné « Plomb durci » dans l’enclave palestinienne de Gaza, où il avait réussi à entrer durant la guerre en 2009, malgré la fermeture des frontières. C’est là qu’il rencontre la famille Samouni qu’il retourne filmer un an plus tard, pour la célébration d’un mariage.

Mi-documentaire et mi-film d’animation, « Samouni Road » avait été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, où il a reçu l’Oeil d’Or du meilleur documentaire, et a reçu également le Prix de la Critique au Festival du Film Arabe de Fameck. « Je ne me souviens plus des histoires », dit Amal, à la recherche de ses souvenirs, dans sa tête qui a reçu des éclats d’obus.

L’attaque reconstituée à coups de crayons

Le film raconte ainsi avant, pendant, et après. Avant, avec le récit et les témoignages des habitants de ce village de paysans, alors qu’un père assure que « Rien ne va arriver ici ». Après, en montrant la désolation après le raid, les maisons en ruines, et les survivants qui pleurent la mort de 29 d’entre eux, dont des femmes et des enfants. Pendant, l’attaque menée par une unité d’élite de l’armée israélienne est reconstituée à coups de crayons, de superbes séquences d’animation en noir-et-blanc. Des illustrations, très réalistes, de Simone Massi, qui retrace cette opération militaire comme une autre, avec sa violence, ses hésitations, ses erreurs, et des images « virtuelles » de drones et d’hélicos.

Ces séquences animées sont la force et la faiblesse du film, car elles sont tellement puissantes que le retour aux images réelles nous ramènent aussi à la banalité. Sauf lorsque l’on retrouve Amal, la petite rescapée qui était restée trois jours blessée dans une maison, laissée pour morte, sauvée par la Croix-Rouge, opérée à l’étranger, et de retour chez elle, à Samouni Road.

Patrick TARDIT

« Samouni Road », un film de Stefano Savona (sortie le 7 novembre).



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