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Grand Est : une écotaxe pour les PL en avril 2027

Gestionnaire de 525 kilomètres de routes nationales et d’autoroutes depuis 2025, la Région Grand Est dévoile son plan de rattrapage du réseau d’ici 2035. Pour en financer une partie, elle compte sur l’éco-contribution poids lourds (ECPL), qui entrera en vigueur le 2 avril 2027. Les automobilistes ne seront pas concernés.

RN4 dans la Meuse (photo Région Grand Est)
RN4 dans la Meuse (photo Région Grand Est)

Dans un dossier de presse daté d’octobre 2026, intitulé « Nos routes ne peuvent plus attendre », la Région Grand Est détaille la programmation de plus de 2,1 milliards d’euros d’investissements d’ici 2035 pour entretenir, sécuriser et moderniser les routes dont elle a hérité de l’État. Le dispositif financier repose sur l’ECPL, censée apporter 1 milliard d’euros ; le reste serait assuré par la Région elle-même et par des cofinancements. Voté en séance plénière le 15 octobre 2026.

Un réseau repris à l’État, une « dette grise » à résorber

Depuis le 1er janvier 2025, la Région gère 525 kilomètres d’axes stratégiques : les autoroutes A30, A31, A33 et A313, ainsi que les routes nationales RN4, RN44, RN52 et RN431. Elle affirme avoir fait ce choix face à des années d’investissements insuffisants de l’État, qui auraient laissé s’accumuler une importante « dette grise », c’est-à-dire des travaux d’entretien et de renouvellement sans cesse repoussés.
Selon les chiffres avancés par la collectivité, plus de la moitié des chaussées ont dépassé leur âge de renouvellement et 12 % des ouvrages d’art nécessitent un entretien lourd. Une couche de roulement, qui devrait être refaite tous les 8 à 12 ans selon le trafic, ne l’était en moyenne que tous les 15 ans avant 2025, voire tous les 20 ans sur certaines sections. Dès la reprise du réseau, la Région dit avoir consacré 43,2 millions d’euros supplémentaires à l’entretien, soit plus du double des crédits annuels que mobilisait auparavant l’État.
« Faire contribuer ceux qui traversent, protéger ceux qui produisent ici et réinvestir dans nos territoires, voilà le cap que nous tenons. »
Franck Leroy, président de la Région Grand Est

La région Grand Est gère 525 km de routes (care Région Grand Est)
La région Grand Est gère 525 km de routes (care Région Grand Est)

Où irait l’argent ?

La Région chiffre à 2,114 milliards d’euros les besoins d’entretien, de sécurisation et de modernisation du réseau d’ici 2035. Elle détaille plusieurs postes pour le réseau existant :

S’y ajoutent de grands projets d’aménagement sur la RN4, la RN44, la RN52 et l’A31. Parmi les opérations cartographiées dans le dossier figurent l’aménagement à 2×3 voies de l’A31bis entre Frouard et Augny (400 M€), l’achèvement du contournement de Vitry-le-François sur la RN4 (250 M€) et l’aménagement de la section courante de l’A31bis Sud (200 M€).
La Région prévoit aussi de traiter environ 90 km de chaussées par an jusqu’en 2031, avant de stabiliser l’effort autour de 70 km par an, et d’étendre la supervision du trafic, notamment sur la RN4 qui en est dépourvue.
Pour illustrer le coût de l’inaction, le dossier cite deux ouvrages hydrauliques : sur la RN4 à Perthes, une limitation de tonnage imposerait aux poids lourds 5 km de détour et 14 minutes supplémentaires entre Vitry-le-François et Saint-Dizier, pour un coût économique évalué à 6,3 millions d’euros par an ; sur l’A31 à Lesménils, elle entraînerait 7 km et 15 minutes de plus entre Nancy et Metz, pour un coût estimé à 13,4 millions d’euros par an.

L’ECPL : qui paie, combien et où ?

L’écocontribution sera due à partir du 2 avril 2027 sur les 525 km du réseau régional. Elle concerne les poids lourds de plus de 3,5 tonnes transportant des marchandises, français comme étrangers. Elle est calculée au kilomètre parcouru, selon le poids et les performances environnementales du véhicule, avec un tarif moyen de 0,15 € par kilomètre. Voitures, camionnettes, engins agricoles et transports en commun en sont exclus.
Le paiement pourra être automatisé grâce à un boîtier embarqué compatible avec le système européen de télépéage. Les transporteurs abonnés qui empruntent le réseau au moins 12 jours par mois bénéficieront d’une réduction de 13 % sur la part du tarif liée à l’infrastructure. Côté géographie, l’A31 sera concernée de la frontière luxembourgeoise jusqu’au sud de Toul, et la RN4 depuis la limite de l’Île-de-France jusqu’à Phalsbourg.
La Région justifie son choix par la situation frontalière du Grand Est : quatre pays voisins appliquent déjà une contribution aux poids lourds, à des tarifs qu’elle juge largement supérieurs, et 70 % du trafic poids lourds de la région serait aujourd’hui étranger. Les recettes iront exclusivement à un budget annexe dédié aux routes, sans alimenter le budget général : « l’argent de la route revient à la route », résume la collectivité.

Exonérations et aides pour les professionnels

Des exonérations sont prévues pour certains transports liés à l’agriculture et à la forêt, les artisans utilisant leur véhicule comme outil de travail, les services publics et d’urgence, ainsi que les forains ou les centres équestres. La Région annonce en outre plusieurs dispositifs d’accompagnement :

  • Agriculture, viticulture, forêt : prise en charge pouvant aller jusqu’à 100 % de l’ECPL éligible, dans les limites réglementaires, à partir de 350 € de dépenses présentées. La demande est possible jusqu’au 31 mars de l’année suivant les transports.
  • Industrie et artisanat : aide aux TPE et PME de production du Grand Est qui ne peuvent répercuter le surcoût sur leur client final, à partir d’un surcoût annuel de 3 000 € (moins de 10 salariés), 10 000 € (10 à 50 salariés) ou 30 000 € (51 à 250 salariés).
  • Transporteurs : prise en charge de 80 % des frais d’installation du boîtier embarqué, dans la limite de 450 € par équipement, pour les installations réalisées entre le 1er juin 2026 et le 30 avril 2027.

Accompagner la transition du transport de marchandises

Au-delà de la taxe, la Région met en avant un volet de soutien à la décarbonation. Pour les dépenses réalisées à partir du 1er novembre 2026, la subvention à l’achat d’un poids lourd zéro émission pourra atteindre 100 000 € (60 % du coût pour les plus petites entreprises), avec des taux moindres pour un véhicule à faible émission ou un rétrofit, et un prêt à taux zéro pouvant aller jusqu’à 150 000 € par véhicule zéro émission. Des aides sont également annoncées pour les bornes de recharge et jusqu’à 100 000 € pour une station d’avitaillement en biocarburants.
Un « chèque transition TRM » financera, à compter du 2 avril 2027, 50 % des investissements réduisant la consommation de carburant (aérodynamisme, pneumatiques, aides à la conduite…), dans la limite de 10 000 € par bénéficiaire et pour les structures de 20 salariés au maximum. Enfin, 101 M€ de travaux sont identifiés d’ici 2035 pour maintenir et développer les lignes ferroviaires capillaires fret, avec une participation régionale prévisionnelle d’environ 33,85 M€, et 20 M€ pour raccorder davantage d’entreprises au rail.

Suivi et calendrier

La Région annonce un observatoire des trafics, destiné à mesurer les effets de l’ECPL et à repérer d’éventuels reports de circulation vers le réseau secondaire, un comité de suivi associant les filières économiques et un bilan annuel de l’écotaxe. Le calendrier présenté : reprise du réseau le 1er janvier 2025, vote en séance plénière le 15 octobre 2026, mise en service de l’ECPL le 2 avril 2027.

Une mesure contestée

Le dispositif ne fait pas l’unanimité. Fin août, un collectif de la filière agroalimentaire, réunissant interprofessions, fédérations industrielles et syndicats agricoles, a demandé la suspension de l’écocontribution jusqu’aux élections régionales de 2028, la jugeant, selon ses termes rapportés par la presse spécialisée, une « fausse bonne idée ». Les chiffres et les engagements cités ici émanent de la Région Grand Est et n’ont pas fait l’objet d’une vérification indépendante.

L’ECPL en bref

  • Entrée en vigueur : 2 avril 2027
  • Réseau : 525 km (A30, A31, A33, A313, RN4, RN44, RN52, RN431)
  • Véhicules concernés : poids lourds de plus de 3,5 t de transport de marchandises, français ou étrangers
  • Tarif : moyen de 0,15 €/km, selon le poids et les caractéristiques environnementales
  • Non concernés : voitures, camionnettes, engins agricoles, transports en commun
  • Investissements : 2,1 Md€ d’ici 2035, dont 1 Md€ financé par l’ECPL
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