Meurthe et Moselle
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Norroy-lès-Pont-à-Mousson (54) : le maire soupçonné de favoriser son entreprise familiale

L’association AC!! Anti-Corruption a déposé une plainte contre X auprès du procureur de la République de Nancy. Elle dénonce des marchés de travaux attribués à répétition à une entreprise familiale liée au maire, Gérard Villemet, ainsi que sa participation présumée à des décisions concernant cette société. Des soupçons de prise illégale d’intérêts et de favoritisme que la justice est désormais invitée à examiner.

Norroy-Les-PAM (Par Ske — Travail personnel, Domaine public)
Norroy-Les-PAM (Par Ske — Travail personnel, Domaine public)

Une affaire de marchés publics qui pourrait faire des vagues en Meurthe-et-Moselle. Dans une plainte datée du 9 octobre 2026 et adressée au procureur de la République de Nancy, l’association AC!! Anti-Corruption met en cause la gestion de plusieurs travaux réalisés pour la commune de Norroy-lès-Pont-à-Mousson. Au cœur du dossier : l’entreprise de maçonnerie VILLEMET Père et Fils, fondée en 2008 par Gérard Villemet, son fils Sébastien et sa fille Stéphanie.
Selon Roland Gatti, administrateur d’AC!! Anti-Corruption, cette société familiale aurait bénéficié, au fil des années, de nombreuses commandes de la municipalité, notamment pour des travaux de maçonnerie et la mise à disposition de camions. La plainte soulève également une question centrale : le maire aurait-il participé à des procédures de sélection et à des votes concernant une entreprise dans laquelle il détenait lui-même des intérêts ?
AC!! demande au parquet de faire la lumière sur ces pratiques présumées et d’en rechercher les éventuelles responsabilités pénales.

Une entreprise familiale au cœur des commandes municipales

Maire de Norroy-lès-Pont-à-Mousson depuis 2001, Gérard Villemet a créé en 2008 la société VILLEMET Père et Fils avec ses enfants. Son fils Sébastien en est le gérant. D’après la plainte, le maire a conservé des parts dans l’entreprise jusqu’au 16 décembre 2025, date à laquelle il les aurait cédées à son petit-fils.
Pour AC!!, cette proximité familiale aurait dû conduire à une vigilance particulière dans l’attribution des marchés communaux.
L’association relève que l’entreprise apparaît dans plusieurs publications municipales consacrées aux travaux réalisés dans la commune. Les éditions 2021 et 2023 du journal communal Les Échos de la Pierre au Jô comportent notamment des photographies sur lesquelles figureraient les camions de la société et des membres de la famille Villemet.
Plus récemment, en août 2026, L’Est Républicain a également publié une photographie faisant apparaître un camion-grue de l’entreprise lors d’une intervention sur l’accès au lotissement Aux Pères.
Ces éléments constituent, pour l’association AC !!, des indices de l’intervention régulière de la société dans les travaux communaux. Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d’établir les conditions contractuelles ou financières de chacune de ces interventions.

Deux délibérations municipales dans le collimaateur

La plainte attire particulièrement l’attention sur deux délibérations du conseil municipal.
La première remonte au 16 juillet 2021. Selon les documents cités par AC!!, le conseil municipal devait se prononcer sur le choix de l’entreprise VILLEMET Père et Fils pour des travaux concernant un local communal.
La seconde délibération date du 8 décembre 2025. Là encore, le choix de l’entreprise familiale aurait été présenté par le maire, quelques jours seulement avant la cession de ses parts.
L’association s’interroge sur les conditions dans lesquelles les offres concurrentes ont été examinées. Elle estime que les documents disponibles ne permettent pas de connaître précisément les entreprises consultées, les caractéristiques techniques et financières des propositions reçues ni les raisons ayant conduit à retenir la société familiale.
La plainte relève également que les procès-verbaux ne permettraient pas toujours d’identifier clairement les élus ayant participé aux votes.
Pour AC!!, ces lacunes documentaires justifient des investigations afin de déterminer si les procédures de sélection ont respecté les règles applicables à la commande publique.

Des travaux récurrents, mais des montants encore inconnus

Le dossier recense plusieurs interventions attribuées ou susceptibles d’être liées à l’entreprise entre 2021 et 2026 :

  • en juillet 2021, la réfection d’un local communal ;
  • en août 2021, le retrait d’arbres après une tempête ;
  • en 2021, des travaux sur un chemin communal et, éventuellement, sur le terrain de football ;
  • en mars 2023, la création de deux parkings dans le lotissement Les Pins et des travaux rue du Ruisseau ;
  • en décembre 2025, la rénovation d’un local technique ;
  • en août 2026, une intervention sur l’accès au lotissement Aux Pères.

Cette liste n’est pas exhaustive, selon l’association.
AC!! s’interroge notamment sur les modalités financières de la mise à disposition des camions de l’entreprise, parfois accompagnés de leurs chauffeurs, alors que certaines interventions sont présentées dans le journal communal comme ayant été réalisées « en interne ».
Combien la commune a-t-elle versé à l’entreprise familiale depuis sa création ? C’est l’une des principales questions auxquelles la plainte souhaite obtenir une réponse. En l’absence des factures et des documents détaillant les commandes, le montant total des prestations ne peut pas être établi à ce stade.

La mairie aurait refusé de communiquer plusieurs documents

Selon la plainte, la commune n’aurait pas donné suite aux demandes de communication de plusieurs pièces jugées essentielles à la compréhension du dossier.
Parmi les documents réclamés figurent le procès-verbal du conseil municipal du 5 juin 2020, les factures adressées par l’entreprise à la commune, ainsi que les rapports d’analyse des offres et les comptes rendus des commissions chargées de leur attribution.
L’association estime que ces archives permettraient de déterminer le nombre d’entreprises consultées, les offres reçues, les critères de sélection et les sommes effectivement engagées.
Elle suggère également que les investigations puissent porter sur les archives municipales et celles de la société, afin de reconstituer l’historique des commandes et d’évaluer leur importance depuis 2008.
Le refus allégué de communiquer ces pièces ne constitue pas, à lui seul, la preuve d’une infraction. Il renforce toutefois, selon les plaignants, la nécessité de disposer des documents originaux pour vérifier les conditions d’attribution des travaux.

Prise illégale d’intérêts et favoritisme : les qualifications visées

Dans sa plainte, AC!! demande que soient examinées deux qualifications pénales principales.
La première est la prise illégale d’intérêts, prévue par l’article 432-12 du Code pénal. L’association estime que la participation alléguée du maire aux décisions concernant une société dans laquelle il détenait des intérêts, ainsi que les liens familiaux avec ses dirigeants et salariés, justifient de vérifier si son impartialité a pu être compromise.
La seconde qualification est le favoritisme, prévu par l’article 432-14 du Code pénal. Cette infraction concerne notamment le fait de procurer ou de tenter de procurer à autrui un avantage injustifié par un acte contraire aux règles garantissant la liberté d’accès et l’égalité des candidats dans les marchés publics.
La plainte soutient que le recours récurrent à la même entreprise, alors que d’autres prestataires auraient pu répondre aux besoins de la commune, mérite d’être examiné au regard des règles de la commande publique.
Ces qualifications restent à établir. Elles supposent de vérifier les conditions précises des marchés, les responsabilités de chacun, les éventuels intérêts détenus au moment des décisions et les règles applicables à chaque contrat.

Une enquête nécessaire pour établir les responsabilités

Au-delà du maire, la plainte évoque plusieurs personnes susceptibles d’apporter des éclaircissements sur les procédures municipales, notamment des élus ayant participé aux commissions des finances, des travaux ou des appels d’offres.
L’association souhaite également que soient examinées les conditions dans lesquelles les décisions ont été préparées, les commandes passées et les prestations réglées.
L’enjeu est de déterminer si l’entreprise familiale a effectivement bénéficié d’un traitement privilégié, si les règles de prévention des conflits d’intérêts ont été respectées et si les deniers publics ont été engagés dans des conditions régulières.
À ce stade, la plainte d’AC!! constitue une dénonciation de faits présumés et une demande d’investigations, non une déclaration de culpabilité. Il appartiendra au parquet de Nancy d’apprécier les suites à donner au dossier et, le cas échéant, aux enquêteurs de vérifier les faits et les qualifications pénales susceptibles d’être retenues.

Précisions : Nous avons joint Gérard Villmet et lui avons envoyé en mairie, par mail, une synthèse des faits qui lui étaient reprochés dans la plainte de l’association AC !! Anti-Corruption.
Après en avoir pris connaissance, Gérard Villmet nous répond : « Honnêtement, je tombe des nues. J’ai toujours agi dans l’intérêt de la commune. Je ne sais pas de quoi il retourne. Je ne comprends pas. Je ne me sens coupable de rien du tout. Dans l’attribution des chantiers, il n’y a pas un quota des travaux qu’on peut donner en direct? J’avais entendu parler de 16.000 € par an je crois…
Quand c’est moi qui fais les interventions, c’est gratuit. Je prends le camion de l’entreprise pour faire les travaux pour la commune, ça n’a jamais été payé. Pour plein de choses, c’est du bénévolat. Il est vrai que lorsqu’il faisait travailler ses employés, il y avait naturellement une facture à la sortie. Mais j’ai pas tout, là. Reprendre toutes les archives, ça prend un peu de temps. Je n’ai pas tous les éléments. »
Question : Selon un PV du conseil municipal du 8 décembre 2025, l’entreprise Villemet Père et Fils est retenue pour la rénovation du local technique pour la somme de 28.337,50 € HT. Or, c’est vous qui montez le dossier et vous participez même au vote…
Réponse : « Oui, c’est dans le cadre du conseil municipal. Comment qu’il faut faire ? Moi, je sais pas. C’est des règlements que moi je ne connais pas. Il y a eu un appel à concurrence, il faut choisir. Comment il faut faire, faut m’expliquer… Je ne croyais pas que j’étais en défaut, voilà. »

Si Géard Villmet souhaite compléter sa réponse ou nous fournir de nouvelles explications, c’est avec plaisir que nous lui ouvrirons nos colonnes.

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