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Le baril à 120 dollars : l’Occident face au choc pétrolier du conflit irano-israélien

Au dixième jour d’un conflit qui embrase toute la région, les pays du G7 envisagent de recourir à leurs réserves stratégiques pour endiguer la flambée des prix du pétrole.

raffineries de pétrole en feu (capture X)
raffineries de pétrole en feu (capture X)

En dix jours, la guerre qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran a bouleversé l’équilibre énergétique mondial. Avec le blocage du détroit d’Ormuz et les frappes sur les infrastructures pétrolières du Golfe, le baril de brut a flirté lundi avec le seuil de 120 dollars. Gouvernements et marchés retiennent leur souffle.

Un choc pétrolier sans précédent depuis des décennies

Les marchés de l’énergie traversent leur pire crise depuis le choc pétrolier de 1973. Au dixième jour du conflit ouvert entre la coalition américano-israélienne et l’Iran, le baril de pétrole a dépassé lundi 9 mars la barre des 115 dollars, après avoir flambé de 30 % en quelques heures et tutoyé brièvement les 120 dollars.

Plusieurs facteurs exceptionnels

Au cœur de la tourmente énergétique, le détroit d’Ormuz, par où transite environ 20 % du pétrole mondial. L’Iran en revendique le contrôle, et le trafic de tankers s’est effondré, avec une chute d’environ 90 % des transits par rapport à la semaine précédente selon des données d’intelligence énergétique. Les armateurs, dont Maersk, ont suspendu ou redirigé leurs navires, aggravant la perturbation des flux de brut et de gaz naturel liquéfié.
Les infrastructures pétrolières du Golfe sont, elles aussi, dans le viseur des drones iraniens. À Bahreïn, une frappe a provoqué un incendie à la raffinerie Bapco de l’île de Sitra. En Arabie saoudite, le ministère de la Défense a annoncé avoir intercepté quatre drones se dirigeant vers le gisement de Shaybah, dans le sud-est du pays. Les Émirats arabes unis et le Koweït ont annoncé une réduction de leur production pétrolière en raison des tensions militaires.
“Cette augmentation des tarifs est un tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis et du monde” affirme Donald Trump, sur son réseau Truth Social, lundi 9 mars 2026

Le G7 convoque une réunion d’urgence

Face à l’emballement des marchés, les grandes puissances occidentales cherchent à reprendre la main. Le recours aux réserves stratégiques de pétrole est une « option envisagée » par le gouvernement français, a-t-on appris lundi auprès d’une source au sein de l’exécutif, confirmant une information du Financial Times. Cette question doit être discutée lors d’une réunion des ministres des Finances du G7 en visioconférence, organisée sous la présidence française.
La France dispose de stocks stratégiques représentant l’équivalent de trois mois de consommation, soit 17 millions de tonnes de pétrole brut, de gazole et d’essence. Les 32 membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) détiennent, eux, des réserves collectives conçues pour répondre aux crises d’approvisionnement. Leur mobilisation coordonnée, si elle était décidée, constituerait un signal fort envoyé aux marchés.

Près de 500 contrôles

En attendant, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé dimanche sur X « un plan exceptionnel de 500 contrôles » dans les stations-service « entre lundi et mercredi », pour éviter les « hausses abusives des prix à la pompe ». « Je n’ai jamais vu une augmentation aussi forte en si peu de temps », a confirmé le conseiller national de la Fédération française des combustibles.

L’Iran étend le conflit à toute la région

Sur le plan militaire, la situation continue de se détériorer. Depuis que Mojtaba Khamenei a succédé à son père Ali Khamenei — tué au premier jour du conflit — comme guide suprême de la République islamique, Téhéran a lancé ses premières salves de missiles et de drones vers Israël. L’armée israélienne a, de son côté, déclaré avoir frappé de nouvelles « infrastructures du régime » dans le centre de l’Iran.
La guerre s’étend bien au-delà du duo Iran-Israël. Bahreïn, Koweït, Qatar, Émirats arabes unis et Arabie saoudite sont tous touchés par des attaques de drones ou de missiles. À Bahreïn, un drone a blessé 32 civils, dont quatre gravement. Liban, Bekaa, banlieue de Beyrouth : les frappes israéliennes se poursuivent et ont causé de nouvelles victimes. Trois personnes ont été tuées et 15 blessées dans des raids sur la ville de Tayr Debba, près du port de Tyr.

Points clés de la journée

  • G7 Énergie. Réunion d’urgence en visioconférence des ministres des Finances ; le recours aux réserves stratégiques est « une option envisagée » par Paris.
  • Baril à 115-120 ¤. Le prix du pétrole a flamba de 30 % en quelques heures, au plus haut depuis des années, sur fond de blocage du détroit d’Ormuz.
  • Diplomatie française. Jean-Noël Barrot appelle à arrêter l’« escalade », dénonçant les « violences d’État » des autorités iraniennes.
  • Chypre-Nord militarisée. La Turquie y déploie six chasseurs F-16 et des systèmes de défense aérienne.
  • Le Charles de Gaulle en mer. La France a déployé son porte-avions en Méditerranée orientale pour protéger ses intérêts régionaux.

La diplomatie appelle à la désescalade

Dans ce contexte explosif, les capitales occidentales multiplient les appels à la retenue. Le ministre des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot a condamné les « actions déstabilisatrices et violences d’État » des autorités iraniennes. Il s’est étrangement abstenu de parler des violences d’État d’Israël et des États-Unis.
“Il faut que cette escalade s’arrête, car elle emporte plus de risques encore pour la sécurité, la stabilité de la région, qu’elle n’apporte des solutions” explique Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, sur France Inter
L’Arabie saoudite a pour sa part condamné les « agressions iraniennes injustifiables » contre le royaume et ses voisins du Golfe. La Chine, dont les besoins en hydrocarbures sont massivement assouvis par les pays du Golfe, appelle à la désescalade par la voix de son émissaire régional, tout en refusant de prendre parti militairement. La Russie, quant à elle, se contente de déclarations publiques, occupée en Ukraine et sans capacité réelle d’engagement supplémentaire.

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