Marchés, pétrole, inflation : Marc Touati dresse un bilan lucide et nuancé de la situation mondiale.

Alors que certains commentateurs annonçaient une catastrophe imminente après l’escalade militaire au Moyen-Orient, l’économiste Marc Touati appelle à garder la tête froide. Entre analyse des scénarios possibles, lecture des marchés et mise en garde sur la vulnérabilité de l’Europe — et de la France en particulier —, il livre un décryptage sans concession de la situation.
Trois scénarios, pas de catastrophisme
Face à l’embrasement régional, Marc Touati identifie trois scénarios possibles. Le premier, celui d’un conflit mondial généralisé, est écarté : ni la Chine ni la Russie ne semblent disposées à s’impliquer directement, réduisant considérablement le risque d’une troisième guerre mondiale. Le deuxième scénario, en cours, est celui d’un conflit régional temporaire, avec des conséquences économiques réelles mais limitées. Le troisième — et le plus optimiste — serait l’effondrement du régime des mollahs en Iran, ouvrant la voie à des accords de paix entre Israël, l’Iran, l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe. Une telle issue provoquerait une baisse marquée du prix du baril et relancerait la croissance mondiale.
Pour étayer sa prudence, l’économiste rappelle les nombreuses prévisions erronées des experts ces dernières années : l’élection de Donald Trump jugée impossible, l’invasion de l’Ukraine présentée comme improbable, ou encore la supposée intouchabilité du régime iranien. Un exercice d’humilité s’impose, résume-t-il, en citant Socrate : « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien. »
Le pétrole, thermomètre de la crise
La clé de lecture économique du conflit demeure le cours du pétrole. Le baril de Brent a atteint 84 à 85 dollars en quelques jours — une hausse notable, mais sans commune mesure avec les 130 dollars enregistrés au début de la guerre en Ukraine en mars 2022. Pour l’heure, aucun dérapage majeur n’est constaté. Si les prix venaient à flamber durablement, les conséquences seraient sévères : regain d’inflation, impossibilité pour les banques centrales de baisser leurs taux, ralentissement économique, voire récession mondiale.
Sur les marchés de changes, le dollar a joué son rôle traditionnel de valeur refuge, s’appréciant face à l’euro. L’or se maintient autour de 5 200 dollars l’once, tandis que le Bitcoin a connu une remontée à 71 000 dollars, dans un contexte très volatile que Marc Touati invite à surveiller avec prudence.
Les marchés boursiers : l’Europe, première victime
En trois jours, le CAC 40 a reculé de 6 %, l’EuroStoxx de 6,3 % et le DAX allemand de 5,9 %. À titre de comparaison, le S&P 500 américain n’a perdu que 1,3 %. Ce décalage illustre une réalité structurelle : l’Europe est beaucoup plus exposée que les États-Unis aux chocs économiques extérieurs.
Quatre facteurs expliquent cette vulnérabilité. Premièrement, la croissance structurelle de la zone euro plafonne à environ 1 %, contre 2,3 % aux États-Unis — un coussin trop mince pour amortir les chocs. Deuxièmement, le coût de l’énergie y reste structurellement élevé. Troisièmement, les tensions sociales et politiques internes fragilisent davantage le tissu économique européen. Enfin, le risque d’attentats en Europe — plus élevé qu’outre-Atlantique — constitue un facteur aggravant.
La France, maillon faible
Marc Touati ne mâche pas ses mots sur la situation française. La France était déjà en zone de quasi-récession avant même que le conflit n’éclate. Le chômage repart à la hausse, les taux d’intérêt sur la dette à 10 ans ont rapidement rebondi de 3,2 % à 3,4 %, et la marge de manœuvre budgétaire est quasi inexistante. Sans oublier l’affaiblissement diplomatique : le président Macron n’aurait même pas été informé à l’avance de l’offensive américaine, signe d’une France reléguée au second plan sur la scène internationale.
Dans ce contexte, l’économiste maintient une prévision de croissance de 0,6 % pour la France en 2026, un niveau insuffisant pour stabiliser la dette publique, qui continuera de se dégrader.
La bonne nouvelle de la semaine : le groupe SEB résiste
Présent dans 150 pays avec un chiffre d’affaires de 8,2 milliards d’euros et des marques emblématiques telles que Tefal, Calor ou Moulinex, le groupe SEB illustre la résilience possible de l’industrie française. Malgré la pression fiscale croissante, la concurrence déloyale des produits chinois et des réglementations jugées pénalisantes, le groupe a annoncé un plan de restructuration raisonné — 2 100 suppressions de postes dans le monde dont 500 en France, uniquement sur base de départs volontaires — tout en maintenant ses investissements dans l’innovation.
« Il suffit que les dirigeants politiques arrêtent d’augmenter les impôts et de tuer la France« , conclut Marc Touati, convaincu que des entreprises comme SEB pourraient redevenir des champions mondiaux dans un environnement fiscal et réglementaire plus favorable.
Citations de la semaine
- « Le mensonge n’est jamais innocent. Il finit toujours par tuer ce qu’il prétend protéger. » — Albert Camus
- « Parfois, les gens ne veulent pas entendre la vérité parce qu’ils ne veulent pas que leurs illusions soient détruites. » — Friedrich Nietzsche