Des millions de documents issus de l’enquête sur Jeffrey Epstein ont été rendues par la Justice américaine dans ce qui constitue l’un des plus importants dépôts de preuves jamais publiés dans une affaire criminelle à fort retentissement international.

Jeffrey Epstein, financier américain, fut au centre d’un vaste réseau de trafic sexuel d’enfants et d’abus sexuels sur mineures. Il avait cultivé des relations avec des personnalités politiques, économiques et culturelles de premier plan avant d’être arrêté en juillet 2019. Epstein est mort dans sa cellule fédérale, peu après son arrestation, dans des circonstances troubles, mais officiellement déclarées comme un suicide. Ce qui a alimenté des théories et controverses persistantes depuis lors.
Son associée proche, Ghislaine Maxwell, a été condamnée en 2021 pour des charges de trafic sexuel, d’abus et de complicité dans les actes de l’ancien financier.
Des pressions pour la transparence
Fin 2025, le Congrès américain a adopté l’Epstein Files Transparency Act, une loi exigeant la publication de tous les documents du gouvernement liés à l’affaire Epstein, dans un délai précis. L’administration américaine s’était engagée à rendre publics des millions de pages de documents, y compris des courriels, des photos, des vidéos et des procès-verbaux d’enquête.
Cependant, l’application de cette loi a fait l’objet de critiques bipartisanes, certains parlementaires accusant le ministère de la Justice de retarder et de restreindre la diffusion des informations.
Les documents déclassifiés : un dossier colossal
À la fin de janvier 2026, le département de la Justice a annoncé le déblocage d’un nouveau lot de documents totalisant plus de 3 millions de pages, ainsi que plus de 2 000 vidéos et 180 000 images — ce qui en fait la divulgation la plus massive à ce jour dans ce dossier.
Selon les responsables du ministère, ces fichiers comprennent des courriels, des carnets de vol, des listes de contacts et des enregistrements audio/vidéo issus des enquêtes menées depuis les années 2000. Une partie des contenus était jusqu’ici inédite ou seulement connue par des fuites partielles.
Des révélations sensibles, mais pas toujours incriminantes
Les documents montrent une large toile de relations sociales et professionnelles tissée par Epstein au fil des ans, allant de figures politiques à des chefs d’entreprise ou des célébrités. Des correspondances et images mettant en scène des personnalités comme Donald Trump ou Bill Gates ont été mentionnées dans les publications. Ces derniers ont réagi publiquement, certains niant fermement toute implication dans des activités criminelles ou impropres.
Le cas du prince Andrew
De nouvelles photos et documents impliquant Andrew Mountbatten-Windsor (ancien prince Andrew) ont été mis en circulation, montrant des scènes controversées à la résidence new-yorkaise d’Epstein. Ces images ont relancé des appels à coopération dans les enquêtes en cours, notamment de la part de dirigeants politiques au Royaume-Uni.
Les autorités ont déclaré qu’elles restent prêtes à envisager des poursuites contre d’autres personnes, si des preuves suffisantes émergent des documents rendus publics ou de futurs témoignages.
Critiques sur les limites de la divulgation
Malgré l’ampleur de la diffusion, des observateurs — y compris des représentants du Congrès — ont exprimé leur mécontentement face à certaines rédactions jugées excessives ou à l’absence de noms clés dans les sections rendues publiques. Les défenseurs des victimes réclament plus de transparence, arguant que certaines protections invoquées sont trop larges et masquent des éléments cruciaux.
Un fil encore loin d’être tiré
Même si des millions de pages ont été publiées, des millions d’autres documents potentiellement pertinents restent non accessibles au public ou retirés pour examen plus poussé, notamment pour des raisons de confidentialité ou d’enquête en cours. Les membres de la commission parlementaire demandent souvent à consulter des versions non-expurgées pour mieux évaluer l’ensemble du dossier.
Reste que les derniers documents déclassifiés renforcent l’idée que Jeffrey Epstein opérait avec un réseau d’influence étendu, mais jusqu’ici sans fournir de preuves suffisantes pour impliquer directement des dirigeants ou des célébrités dans des actes criminels. Le débat sur la transparence, la protection des victimes et la responsabilité des autorités américaines continue.
Personnalités les plus souvent mentionnées
- Ghislaine Maxwell – ancienne proche collaboratrice et condamnée pour trafic sexuel.
- Jean-Luc Brunel – ancien agent de mannequins français, associé d’Epstein, inculpé en France avant sa mort en prison.
- Sarah Kellen – assistante et coordonnatrice dans l’organisation d’Epstein, nommée co-conspiratrice non poursuivie.
Hommes d’affaires et figures du monde économique :
- Elon Musk – entrepreneur (nommé dans les communications d’Epstein).
- Bill Gates – co-fondateur de Microsoft (mention d’échanges, sans implications criminelles).
- Sergey Brin – co-fondateur de Google.
- Casey Wasserman – dirigeant médiatique.
- Howard Lutnick – dirigeant financier.
- Steve Tisch – co-propriétaire des New York Giants (échanges d’emails).
- Leslie Wexner – homme d’affaires associé à Epstein (mentionné dans fichiers précédents).
Personnalités politiques
- Prince Andrew (Andrew Mountbatten-Windsor) – membre de la famille royale britannique, présent dans plusieurs communications et documents.
- Miroslav Lajčák – diplomate slovaque mentionné dans échanges avec Epstein.
(Des noms de dirigeants américains tels que Bill Clinton, Donald Trump, etc. apparaissaient notamment dans des listes ou logs antérieurs, mais leurs présences ne sont pas des preuves d’actes répréhensibles – et certains documents qui mentionnaient ces noms peuvent ne pas faire partie des nouvelles publications de 2026.)
Important à savoir
👉 Être mentionné dans les fichiers ne veut pas dire être accusé, inculpé ou impliqué dans des crimes. Beaucoup apparaissent simplement comme contacts, échanges professionnels, ou dans des listes de vols personnels ou carnets d’adresses d’Epstein.
👉 La grande majorité des fichiers d’Epstein sont encore inaccessibles ou rédigés, et ce que l’on voit aujourd’hui ne constitue qu’une fraction des archives totales.