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L’Iran s’attaque au cœur du GNL mondial

En représailles aux frappes israélo-américaines sur ses installations gazières, l’Iran a visé ce soir la zone industrielle de Ras Laffan, au Qatar, le plus grand terminal de gaz naturel liquéfié de la planète. Une escalade sans précédent qui embrase un peu plus le Golfe et fait trembler les marchés de l’énergie mondiaux.

La raffinerie de Ras Laffan au Qatar en feu (capture X)
La raffinerie de Ras Laffan au Qatar en feu (capture X)

Un missile passe, quatre sont abattus

La zone industrielle de Ras Laffan a été touchée par un missile iranien, après que quatre autres ont été interceptés par les défenses qataries. Selon les premières informations, il s’agirait d’un missile balistique. Les forces de la protection civile ont été immédiatement déployées pour combattre l’incendie qui s’est déclaré à la suite de l’attaque. À 20 h 30, le ministère de l’Intérieur a annoncé que le feu était maîtrisé.

Aucune victime n’est à déplorer pour l’instant

QatarEnergy, le géant pétrolier d’État, a confirmé des « dégâts considérables » causés par les tirs de missiles, ajoutant que des équipes d’intervention d’urgence avaient été déployées pour contenir les incendies et que l’ensemble du personnel avait pu être localisé.

Le site le plus stratégique du monde énergétique

Le complexe de Ras Laffan, situé à 80 kilomètres au nord-est de Doha, est la plus grande installation de production de GNL au monde et assure environ 20 % de l’approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié, jouant un rôle central dans l’équilibre des marchés asiatiques et européens.
Ce n’est pas la première attaque contre ce site vital. Le Qatar avait déjà suspendu sa production de GNL le 2 mars dernier, à la suite de frappes iraniennes par drones sur Ras Laffan et la ville industrielle de Mesaieed. Ce soir, c’est la frappe la plus directe et la plus dévastatrice à ce jour.

La réponse annoncée, l’avertissement ignoré

L’attaque n’a surpris personne à Doha — du moins pas dans sa forme. Dans la journée, après qu’une installation iranienne du champ gazier de South Pars avait été frappée par ce que Téhéran attribue à « l’ennemi américano-sioniste », l’Iran avait émis des avis d’évacuation pour cinq installations pétrolières dans le Golfe. Les médias d’État iraniens avaient explicitement mentionné Ras Laffan et le complexe pétrochimique de Mesaieed au Qatar parmi les cibles à venir.
Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait averti dans un message publié sur X qu’après les attaques contre les installations énergétiques iraniennes, « une logique de loi du talion est désormais en vigueur et un nouveau niveau de confrontation a commencé ».

Doha riposte diplomatiquement

La réaction qatarie ne s’est pas fait attendre. Le Qatar a ordonné à deux diplomates iraniens et à leurs équipes de quitter le territoire dans un délai de 24 heures. Les deux attachés militaires et de sécurité de l’ambassade iranienne ont été déclarés personæ non gratta.
Le ministère des Affaires étrangères qatari a qualifié l’attaque d’« escalade dangereuse, de violation flagrante de la souveraineté de l’État et de menace directe pour sa sécurité nationale et la stabilité régionale », se réservant le droit de répondre conformément au droit international.

Les marchés s’affolent

Les conséquences économiques sont immédiates et brutales. Le prix du Brent, référence internationale du pétrole, a bondi de plus de 7 % pour atteindre 111,23 dollars le baril. Le WTI américain progressait quant à lui d’environ 4 % à 100,04 dollars.
Une analyste du think tank Center for a New American Security a toutefois nuancé le choc à court terme : la suspension préalable de la production à Ras Laffan signifie qu’il n’y aura pas de nouveau choc d’approvisionnement immédiat. Mais la pression sur les capacités énergétiques régionales pourrait s’intensifier.

Le Golfe sous tension maximale

Cette frappe s’inscrit dans une spirale d’escalade depuis le déclenchement du conflit le 28 février. Les attaques iraniennes contre des pétroliers dans le détroit d’Ormuz ont déjà fait chuter drastiquement le trafic maritime, alors qu’environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole transitent normalement par ce point de passage névralgique.
Du côté saoudien, le ministère de la Défense a annoncé l’interception et la destruction de cinq drones qui tentaient de s’approcher d’une installation énergétique dans la région orientale du royaume.
Ce soir, alors que les flammes de Ras Laffan sont maîtrisées, c’est l’ensemble du système énergétique du Golfe qui vacille — et avec lui, une part significative de la sécurité énergétique mondiale.

 

 

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