Edition du mardi 26 septembre 2017

Metz : dans le tourbillon des affaires (1)

En cette rentrée de septembre, trois dossiers chauds couvent sous la cendre : une embrouille immobilière, les frasques d’une entreprise de formation des élus, le bras de fer sur l’exploitation des salles de cinéma.

 Rififi place de la Comédie

Les relations aventureuses entre la politique et le monde des affaires, n’épargnent pas la bonne ville de Metz. Quelques dossiers chauds-bouillants risquent fort de pimenter cette rentrée automnale et de donner des sueurs froides à quelques élus et à leurs petits copains.

Place de la Comédie à Metz: un joyau architectural

Place de la Comédie à Metz: un joyau architectural

Le premier dossier concerne une étrange affaire immobilière qui n’aurait peut-être pas grand intérêt si le maire, Dominique Gros, n’avait pas cherché à vendre en catimini un très bel immeuble de la place de la Comédie. Et quand c’est flou, comme dirait Martine, c’est qu’il y a un loup.
L’affaire a été révélée par la presse locale au début de l’été. Un très bel immeuble situé place de la Comédie, près de l’Opéra-théâtre, est mis en vente en toute discrétion par la mairie. Un appel à projet est lancé par l’agence économique Metz-Métropole-Développement que préside Dominique Gros. Il prévoit que les 2.900 m2 du bâtiment, véritable joyau architectural de Metz, sont vendus « en vue de leur reconversion en projet économique ». En clair, pour créer un hôtel de standing qui manque sur Metz.
L’ennui, c’est que le conseil municipal n’a pas été informé de cette vente. Mieux : une liste de cession de 26 biens de la ville mis en vente a été communiquée aux élus en février 2017, à la demande d’un élu d’opposition, Jérémy Aldrin (LR), président de la commission des finances. Or, l’immeuble de la place de la Comédie n’y figure pas. « Pourquoi ? s’étonne Emmanuel Lebeau. »
Les choses se compliquent quand le journal de Metz révèle encore que le maire, Dominique Gros, a pris quelques participations dans une start-up luxembourgeoise créée en avril 2016 par son fils, Théophile Gros. Une Sarl baptisée Ellipsys Mosaïc spécialisée dans le traitement de données internet. A côté de Dominique et de Théophile Gros, d’autres associés : une SCI « Hand », dont le gérant s’appelle André Heintz, PD-G d’un groupe bien connu en Moselle qui va des transports à l’immobilier ; la SAS Facilities management service investment, présidée par Malik Belhamici, président de l’URM, filiale de l’usine d’électricité de Metz (UEM) qui appartient à 85% à la ville de Metz et lui rapporte chaque année 12,3 M€ de dividendes.

Remous en eaux troubles

Appel à projet de Metz-Métropole-Développement (Capture)

Appel à projet de Metz-Métropole-Développement (Capture)

Le plus gênant, c’est que l’un des associés, André Heintz, est aussi l’un des candidats au rachat de l’immeuble de la place de la Comédie. Et, selon des indiscrétions, la filiale « immobilière » du groupe s’intéresserait à cet immeuble depuis plus d’un an. De quoi faire jaser.
Le maire a aussitôt rejeté les soupçons de conflit d’intérêts en arguant que l’appel à projet était publié sur le site de Metz-Métropole-Développement depuis le 21 mai. De quelle année ? Et qu’il n’a pas l’intention d’intervenir dans ce dossier.
Reste que le maire de Metz s’appelle Dominique Gros et que le président de l’association Metz-Métropole-Développement n’est autre que… Gros Dominique ! « Il est juge et partie » constatent les élus.
Toutes ces cachoteries mises sur la voie publique par la presse, ont provoqué quelques remous. A tel point que la vente a été retardée de deux mois, du 15 juillet au 15 septembre. Et n’a pas calmé la colère de l’opposition. Le 6 juillet, lors d’un conseil municipal houleux, le maire a accepté la démission de Jérémy Aldrin de la présidence de la commission des finances. « La commission que je présidais avait voté pour que l’on sursoie à la vente de cet immeuble » explique l’intéressé.

Anticor saisit la haute autorité

Il faudra donc attendre le 15 septembre pour savoir lequel des quatre dossiers déposés pour ce projet de la place de la Comédie à la préférence de Metz-Métropole-Développement.
En attendant, l’association de lutte contre la corruption Anticor a saisi la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), le 25 juillet 2017, lui demandant de bien vouloir examiner la déclaration d’intérêts de Dominique Gros adressée et signée le 6 mai 2914.
L’association écrit : « En effet, à la faveur de la modification des statuts de la SARL Ellipsys Mosaïc, intervenue le 21 avril 2016, l’actuel maire de Metz, Dominique Gros, est devenu actionnaire de cette société luxembourgeoise… L’investissement de l’élu (comme des deux autres nouveaux actionnaires) s’est fait, non pas sur une valeur de l’action au nominal (125 €) ou un peu plus, mais sur une valeur de l’action de 4 545 €… c’est-à-dire une valorisation de l’entreprise de : 183 parts x 4 545 euros = 831 000 €. Or, la déclaration d’intérêts du maire de Metz ne porte aucune indication de cet investissement alors qu’il s’agit d’une modification substantielle qui aurait dû être signalée dans les deux mois.
Anticor souhaite que la HATVP examine ces faits susceptibles de révéler un manquement du maire à son obligation déclarative. »
Quand les ennuis commencent…

Marcel GAY
(à suivre)

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