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La CADES vivra plus longtemps…

Point-de-vue. On en parle beaucoup en ce moment de la CADES. L’ancien secrétaire d’État au budget qui connaît bien le sujet fait le point sur cette Caisse.

Christian Eckert, ancien secrétaire d'Etat au Budget (DR)
Christian Eckert, ancien secrétaire d’État au Budget (DR)

Par Christian Eckert

Le Gouvernement annonce avec force vouloir transférer à la CADES (Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale dont j’ai souvent parlé ici) une masse importante de dettes : plus de 130 Milliards d’Euros !

Ce paquet est assez hétéroclite : il y aurait des dettes passées, présentes et futures. Curieux amalgame. Pour le passé, les 10 milliards de dettes des hôpitaux repris par l’État et les besoins de financement des caisses de l’ACOSS (Agence centrale des organismes de sécurité sociale). Pour le présent, la dette colossale de la Sécu prévue pour 2020 (plus de 40 milliards). Mais curieusement, on reporte même les futures dettes de la Sécu dont l’ampleur est pour le moins inconnue à ce stade ! Sont ainsi comptés à la louche les dettes de 2021 et de 2022….

Cette manipulation comptable n’a rien de condamnable pour autant. Il faut la prendre pour ce qu’elle est… Ni plus, ni moins : sanctuariser des dettes et par là même sanctuariser les dépenses servant à les rembourser. Isoler ces opérations dans un organisme doté de recettes (CRDS, un bout de CSG…) calibrées pour que tout soit soldé en… 2033 ! En matière budgétaire, il n’y a pas de miracle. Les déficits sont générateurs de dettes et quel que soit l’endroit où on les range, les dettes doivent se rembourser.

Pas de miracle

Sans cette nouvelle opération, les dettes du passé auraient été remboursées en 2024 et les recettes de la CADES (autour de 20 milliards en 2024) seraient devenues entièrement disponibles. Le virus est passé par là et le gouvernement se donne de l’air, au moins en apparence. En remodelant le planning ET le volume, il arrange la durée pour que les annuités libèrent 2 milliards de CSG pour les consacrer à la dépendance chaque année. Il n’y a pas là non plus de miracle, pas d’argent « frais », mais de l’argent rendu facile par un endettement augmenté considérablement et rallongé.

J’approuve bien entendu le fléchage de 2 milliards par an pour la dépendance. J’avais d’ailleurs pour ma part préconisé un petit allongement de la durée de vie de la CADES pour financer immédiatement les besoins recensés dans le rapport Libault.

Mais attention à ne pas se tromper d’analyse : mélanger passé, présent et avenir rend confus la manœuvre. Cette confusion est amplifiée par l’amalgame entre deux sujets distincts : les déficits engendrés par la crise sanitaire et les besoins liés au vieillissement et à la dépendance.

Sans doute une façon de décliner le « en même temps »…

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