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Nobel de physique à Francis Halzen, l’homme qui écoute l’Univers depuis les glaces du pôle Sud

Avec IceCube, le physicien belgo-américain a transformé un kilomètre cube de glace antarctique en gigantesque observatoire. Une prouesse qui permet désormais de traquer les neutrinos les plus énergétiques de l’Univers et d’explorer des phénomènes cosmiques jusque-là invisibles.

Francis Halzen, rix Nobel de Physique (Ill. Niklas Elmehed © Nobel Prize Outreach )
Francis Halzen, rix Nobel de Physique (Ill. Niklas Elmehed © Nobel Prize Outreach )

Il fallait une idée presque folle : transformer la glace du pôle Sud en télescope. C’est pourtant le pari lancé en 1988 par le physicien américain Francis Halzen*, de l’Université du Wisconsin-Madison. Près de vingt-cinq ans plus tard, son projet devenait réalité avec l’achèvement d’IceCube, un observatoire enfoui sous la banquise antarctique.

L’enjeu est considérable. Car les neutrinos sont parmi les particules les plus insaisissables de l’Univers. Ils traversent la matière presque sans interagir avec elle. Des milliards d’entre eux traversent en permanence chaque centimètre carré de notre corps sans que nous les remarquions.

Et pourtant, ces particules fantomatiques pourraient détenir une partie des secrets les mieux gardés du cosmos.

Des milliards de particules qui traversent la Terre

Les neutrinos sont produits dans de nombreux phénomènes astrophysiques. Certains proviennent du Soleil, d’autres de réactions nucléaires ou d’explosions stellaires. Mais les plus énergétiques pourraient être associés aux environnements les plus violents de l’Univers : trous noirs, noyaux actifs de galaxies, explosions cosmiques ou autres gigantesques accélérateurs naturels de particules.

Ces accélérateurs cosmiques peuvent atteindre des énergies jusqu’à un million de fois supérieures à celles produites dans les accélérateurs terrestres.

Le problème est qu’il est extrêmement difficile de savoir précisément ce qui s’y passe.

Les particules chargées sont déviées par les champs magnétiques qu’elles rencontrent au cours de leur voyage. Les photons, eux, peuvent être absorbés ou dispersés.

Les neutrinos, au contraire, voyagent presque en ligne droite.

Ils peuvent donc constituer une véritable boussole cosmique : leur direction permet de remonter jusqu’à leur source et leur énergie renseigne sur les phénomènes qui les ont produits.

Un télescope sous la glace

C’est là que l’intuition de Francis Halzen prend toute sa dimension.

Lorsqu’un neutrino rencontre exceptionnellement un noyau atomique dans la glace, une interaction se produit et génère une faible quantité de lumière. Des milliers de capteurs extrêmement sensibles, répartis dans la glace antarctique, sont capables de détecter ces minuscules éclairs.

IceCube utilise ainsi un kilomètre cube de glace comme détecteur géant.

Le choix du pôle Sud n’est pas dû au hasard. La glace y est extrêmement profonde et transparente, tandis que l’environnement est particulièrement stable. Le détecteur bénéficie ainsi d’un immense volume de matière parfaitement adapté à la recherche de ces interactions rarissimes.

La construction d’IceCube s’est achevée en 2011.

Les premiers neutrinos venus de l’espace profond

Les premiers résultats n’ont pas tardé.

Les chercheurs ont détecté des neutrinos possédant des énergies extraordinairement élevées. Puis ils ont identifié des particules dont l’origine ne pouvait être attribuée à notre système solaire.

Une nouvelle astronomie venait de naître.

Jusque-là, l’essentiel de notre connaissance de l’Univers reposait sur l’observation de la lumière, sous ses différentes formes : lumière visible, rayons X, rayons gamma, ondes radio…

Avec les neutrinos, les astrophysiciens disposent désormais d’un nouveau messager cosmique.

L’Univers peut être observé autrement.

« Une nouvelle forme d’astronomie »

« Francis Halzen a dirigé une équipe internationale de chercheurs et d’ingénieurs qui nous a fourni un instrument extraordinaire. Sa ténacité et sa vision scientifique ont ouvert la voie à un nouveau type d’astronomie », souligne Mark Pearce, président du Comité Nobel de physique.

La formule résume l’importance de cette aventure scientifique.

Car IceCube ne se contente pas de confirmer l’existence de neutrinos cosmiques. L’observatoire permet de rechercher leurs sources et donc de mieux comprendre les mécanismes capables de produire les phénomènes les plus énergétiques de l’Univers.

Et si l’Univers nous réservait encore des surprises ?

Chaque neutrino détecté par IceCube est une pièce supplémentaire d’un immense puzzle cosmique.

Les chercheurs espèrent notamment identifier de nouvelles sources astrophysiques et comprendre comment certains objets célestes accélèrent les particules à des niveaux d’énergie inimaginables sur Terre.

Mais l’enjeu va plus loin.

Les neutrinos pourraient conduire les astronomes vers des phénomènes encore inconnus.

C’est toute la force de l’expérience imaginée par Francis Halzen : avoir compris que, pour regarder plus loin dans l’Univers, il ne fallait pas nécessairement construire un télescope toujours plus grand.

Il suffisait peut-être de regarder dans la glace.

Un kilomètre cube de glace pour écouter l’Univers

Avec IceCube, une partie de l’Antarctique est devenue l’un des observatoires astrophysiques les plus singuliers jamais construits. Sous la glace, des capteurs attendent silencieusement les collisions rarissimes de particules venues des profondeurs du cosmos.

Et chaque éclair détecté peut raconter l’histoire d’un événement qui s’est produit à des milliards d’années-lumière de la Terre.

*Francis Halzen
Prix Nobel de physique 2026 est né le 23 mars 1944 à Tirlemont, en Belgique.
Affiliation au moment de l’attribution du prix : Université du Wisconsin–Madison, Madison, WI, États-Unis

© Johan JarnestadThe Royal Swedish Academy of Sciences
© Johan JarnestadThe Royal Swedish Academy of Sciences
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