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Dermatose : Vaccination de masse, abattage des cheptels et alternatives sanitaires

La Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) est une maladie virale strictement animale, à faible mortalité (généralement 1%), mais à fort impact économique. L’abattage systématique est une mesure scientifiquement incohérente et disproportionnée.

Jean-Marc Sabatier (DR)
Jean-Marc Sabatier, Docteur en biologie cellulaire et microbiologie, HDR en biochimie, directeur de recherche au CNRS. Il s’exprime ici en son nom propre.

Par Jean-Marc Sabatier

La Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) est une maladie virale strictement animale, à faible mortalité (généralement 1%), mais à fort impact économique. La transmission de la maladie est majoritairement vectorielle (dépendante des insectes hématophages), ce qui la distingue fondamentalement des maladies hautement contagieuses par contact direct. Toute stratégie sanitaire doit donc intégrer la biologie du virus (ici un capripoxvirus), le rôle des vecteurs (moustiques, taons, mouches piqueuses, et tiques) et la saisonnalité, aux risques de mesures disproportionnées.

Quels sont les limites et les risques d’une vaccination massive des troupeaux avec le vaccin Bovilis Lumpyvax-E (Merck Animal Health) utilisé de nos jours pour les bovins en France ?
Pour rappel, ce vaccin contre la DNC repose sur un virus (Capripoxvirus) vivant atténué de la souche « Neethling ». Ce choix technologique pose plusieurs problèmes : (i) la possibilité d’une réplication virale post-vaccinale, (ii) l’apparition de symptômes cliniques similaires à la DNC, (iii) une interférence avec le diagnostic différentiel, (iv) un risque potentiel de recombinaison ou de réversion partielle (déjà documenté dans des articles scientifiques sur les capripoxvirus).
Ainsi, la vaccination n’est pas biologiquement neutre, notamment à l’échelle de troupeaux entiers.

Responsabilité sanitaire et scientifique

Parallèlement, le cadre réglementaire de ce vaccin vétérinaire est fragile avec une utilisation sous ATU (autorisation temporaire d’utilisation), en absence d’AMM (autorisation de mise sur le marché) et de données de pharmacovigilance solides en conditions réelles.
Cela pose un problème majeur de responsabilité sanitaire et scientifique, notamment lorsque la vaccination est imposée.

La vaccination contre la DNC ne conduit pas à une absence d’abattage (dans les faits, des animaux vaccinés sont néanmoins abattus). Ainsi, la vaccination ne protège pas contre les mesures de police sanitaire, et correspond à un acte sans bénéfice garanti pour l’éleveur. Cette incohérence sape, à juste titre, la confiance des éleveurs et la rationalité de la stratégie.
L’abattage systématique est une mesure scientifiquement incohérente et disproportionnée.

Risque d’un effondrement économique des exploitations

Il est notable que l’abattage total des cheptels repose sur des modèles anciens d’éradication « adaptés » à des maladies infectieuses à forte mortalité, à transmission directe rapide, et à risque zoonotique. La DNC ne remplit aucun de ces critères.
Les conséquences majeures (et irréversibles) de cette politique sanitaire inadaptée sont la destruction de cheptels génétiquement sélectionnés, un effondrement économique des exploitations, un stress animal (et des éleveurs) massif, ainsi qu’une perte de la souveraineté alimentaire/agricole.

Une stratégie appropriée serait une mise en quarantaine des animaux infectés, un traitement de ces derniers (ivermectine et anti-inflammatoires non stéroïdiens, contrôle vectoriel, traitement antibiotiques évitant de potentielles surinfections microbiennes, supplémentation en vitamines et minéraux, soins cutanés, etc.). La quarantaine ciblée est scientifiquement logique compte tenu de la transmission vectorielle (insectes hématophages), de l’incubation relativement longue (4 à 14 jours, jusqu’à 28 jours), de la faible contagiosité directe (via les lésions cutanées).
Ainsi, l’isolement et le traitement des animaux symptomatiques, combiné au contrôle des mouvements, serait une stratégie sanitaire scientifiquement rationnelle et proportionnée.

Changer de paradigme sanitaire

Une telle stratégie mériterait une évaluation clinique, en substitution d’une interdiction idéologique par les autorités sanitaires.

En conclusion, il est urgent de changer de paradigme sanitaire. La gestion actuelle de la DNC est inadaptée, car elle repose sur la peur d’une maladie non contagieuse et à faible mortalité (de plus non transmissible à l’homme), ainsi que sur des méthodes inappropriées, avec la vaccination massive et les abattages totaux de cheptels.
Une approche réellement scientifique devrait intégrer la biologie du virus, privilégier la proportionnalité, protéger les animaux (autant que les éleveurs), et ouvrir la voie à des protocoles alternatifs efficaces.
La science ne progresse pas par l’obligation et l’interdiction du débat, mais par l’évaluation rigoureuse des alternatives.

Colère paysanne (image CR)
Colère paysanne (image Coordination Rurale)
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