Depuis l’ouverture de la « boîte de Pandore » Epstein le 30 janvier 2026, des millions de pages inondent la presse mondiale. En Afrique, les révélations ne pointent pas vers des crimes sexuels, mais vers quelque chose de peut-être plus insidieux encore : des réseaux d’influence, des contrats de surveillance et des chasses aux trésors pétroliers orchestrés dans l’ombre par une élite mondialisée comme le révèle Mondafrique.

I. La nausée mondialisée : portrait d’une élite intouchable
Né en 1953 à New York dans un milieu modeste, Jeffrey Epstein a bâti une fortune et une réputation en gérant les avoirs des ultra-riches, dans des conditions jamais pleinement élucidées. Condamné dès 2008 en Floride pour proxénétisme de mineures, il bénéficie d’un accord de plaidoyer particulièrement clément et continue, malgré tout, de fréquenter les cercles les plus fermés du pouvoir mondial. Il meurt en 2019 en détention provisoire, dans des circonstances que beaucoup jugent troublantes.
Sa complice, Ghislaine Maxwell — fille du magnat de la presse Robert Maxwell — reste, elle, incarcérée. Ensemble, ils ont tissé un réseau d’une ampleur stupéfiante : Bill Clinton, le prince Andrew, des Rothschild, des universitaires, des figures du showbiz… Le scandale pose une question lancinante : comment un homme déjà condamné pour de tels faits a-t-il pu maintenir si longtemps un accès privilégié aux élites mondiales ?
La réponse tient en partie à ses liens supposés avec le renseignement israélien. Plusieurs anciens responsables, dont Ari Ben Menashe, évoquent des connexions entre Epstein, Maxwell et le Mossad depuis les années 1980. Ces liens expliqueraient l’étendue de leurs contacts sur tous les continents — et notamment en Afrique, où le versant criminel de l’affaire est quasi absent, mais où d’autres formes d’influence ont opéré sans relâche.
II. Côte d’Ivoire : quand la surveillance devient un outil de pouvoir
Dans les millions de pages rendues publiques, la Côte d’Ivoire n’apparaît que de façon marginale — principalement entre 2012 et 2014. Mais ce qui s’y joue est révélateur d’une mécanique bien huilée. À la suite d’une tentative de coup d’État en 2012, le président Alassane Ouattara cherche à sécuriser son pouvoir. C’est dans ce contexte qu’interviennent Jeffrey Epstein et l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, en qualité d’intermédiaires.
Les documents décrivent une mise en relation méthodique avec des proches du président — dont sa nièce Nina Keïta et son ancien chef de cabinet Sidi Tiémoko Touré — pour l’acquisition de systèmes d’interception des communications et de cyber-surveillance. À partir de 2013-2014, l’État ivoirien renforce significativement ses capacités dans ce domaine. Officiellement au nom de la lutte antiterroriste. Dans les faits, ces outils ont aussi servi à surveiller opposants, mobilisations sociales et voix critiques, comme l’ont illustré les élections de 2025.
Israël sort grand gagnant de l’opération : des contrats lucratifs pour ses entreprises de sécurité et, en prime, un accès à des renseignements sur l’importante communauté libanaise présente en Côte d’Ivoire. Epstein n’aura été ici qu’un facilitateur parmi d’autres — mais un facilitateur dont les connexions ont contribué à durcir durablement le contrôle politique sur le pays.
III. Libye : la chasse aux milliards dans le chaos
« Avec l’explosion des troubles civils en Ukraine, en Syrie, en Somalie et en Libye, n’est-ce pas parfait pour vous ? » Ainsi écrit Jeffrey Epstein à son ami Ehud Barak en février 2014. Le ton est donné : là où d’autres voient des tragédies humaines, ce réseau voit des opportunités financières.
L’intérêt d’Epstein pour la Libye est antérieur à la guerre de 2011. Des échanges de 2010, impliquant le banquier britannique Terence Allen et le prince Andrew, mentionnent déjà des discussions autour de prêts libyens en milliards de dollars transitant vers Dubaï. Après la chute de Kadhafi et le gel des avoirs libyens à l’étranger — estimés à plus de 80 milliards de dollars par le Conseil de sécurité de l’ONU —, l’appétit s’aiguise encore.
En juillet 2011, un associé d’Epstein, Greg Brown, lui adresse un courriel détaillant les « opportunités » liées au chaos libyen : identifier des actifs gelés qualifiés de « volés », les récupérer avec des commissions de 10 à 25 %, et devenir partenaire privilégié pour la reconstruction du pays — estimée à au moins 100 milliards de dollars. L’email évoque l’appui d’anciens agents du MI6 britannique et du Mossad pour tracer les fonds. Sidney Blumenthal, conseiller d’Hillary Clinton, serait également apparu dans des démarches similaires.
Quinze ans après l’intervention de l’OTAN, la Libye demeure fragmentée et exsangue. Et les milliards continuent de dormir dans des comptes étrangers, produisant des intérêts pour d’autres, tandis que le pays est dans l’incapacité d’en exiger la restitution. Le chaos, lui, arrange bien des intérêts.
Commentaire
L’Afrique n’est pas au cœur du volet criminel de l’affaire Epstein. Mais elle en révèle peut-être la dimension la plus structurelle : celle d’une élite mondialisée qui, pendant plus de trente ans, a utilisé argent, influence et connexions diplomatiques pour façonner à sa guise les équilibres politiques du continent — et d’ailleurs. Une élite prompte à donner des leçons de gouvernance, et que le scandale rattrape aujourd’hui.
Mondafrique — Série « Epstein-Afrique » (1, 2 & 3) | Synthèse éditoriale