Mardis noirs dans les prisons

Grosse mobilisation des surveillants de prison qui engagent un bras de fer avec la ministre de la justice. Plusieurs établissements seront bloqués ce mardi 12 février dont le Centre de détention de Toul.

Manifestations des surveillants de prison devant le centre de détention de Toul en 2018 (DR)
Manifestations des surveillants de prison devant le centre de détention de Toul en 2018 (DR)

« Face au mutisme de la ministre, nous avons décidé de durcir le ton. » Franck Rassel, secrétaire régional de FO-Pénitentiaire pour la Lorraine, annonce la couleur : ce sera noir, tous les mardis, jusqu’à obtenir satisfaction.
L’entente syndicale des personnels de Surveillance (SNP-FO, CGT Pénitentiaire, CFDT-Interco, Horizon Justice) appelle en effet ses adhérents à mener des actions devant les établissements pénitentiaires de France pour l’ouverture de « véritables négociations avec la garde des Sceaux ».
Que réclament les quelque 28.000 surveillants de prison des 188 établissements où sont enfermés environ 80.000 détenus ? « Nous demandons depuis des années le passage en catégorie B qui implique une évolution statutaire et indemnitaire, explique Franck Rassel. Nous demandons aussi la classification des établissements selon la dangerosité des détenus. »

Agressions quotidiennes

Il est vrai que les agressions physiques contre les surveillants sont de plus en plus nombreuses et parfois très graves. Le 25 janvier 2019, un détenu de 24 ans a donné un coup de lame de rasoir à la gorge d’un surveillant à la prison d’Angers. Le 16 janvier c’est une surveillante du centre de détention de Tarascon qui a été agressée, gratuitement, par un détenu. « Ce ne sont que des exemples récents mais les agressions physiques sont quotidiennes, souligne Franck Rassel. On en compte 570 en 2018. Et déjà une bonne soixantaine depuis le début de l’année 2019. »
Ajoutons à cela la faible rémunération des agents de la pénitentiaire et on comprend mieux pourquoi « le métier n’attire plus les jeunes » comme le rappelle Cédric Naudin, secrétaire FO-Pénitentiaire du Centre de Détention Ney de Toul (54).

L’opinion et les pouvoirs publics

Les surveillants de prison réclament donc une amélioration de leur statut, de leur rémunération, de leur sécurité au sein des établissements, ce qui suppose une augmentation des effectifs. Autant de points sur lesquels ils ne sont pas entendus. D’où les actions qui, tous les mardis, vont être menées devant les établissements pour alerter l’opinion et les pouvoirs publics. L’opération est baptisée « mardis noirs ».
« Mardi 12 février, nous bloquons le CD Ney de Toul (460 détenus), rappellent les deux syndicalistes de FO. » Concrètement, des surveillants de Toul, Ecrouves, Nancy, Bar-le-Duc et Châlons-en-Champagne empêcheront les camions de rentrer et de sortir. Les extractions médicales seront bloquées (sauf les urgences).
La même opération sera menée à Mulhouse et Sarreguemines pour la direction interrégionale du Grand Est. Mais des actions similaires viseront aussi les prisons de Beauvais, Liancourt, Laon, Alençon, Rennes, Toulouse, Toul, Aix-Luynes, Borgo, Villepinte, Bordeaux ou encore Lyon et Villeneuve-lès-Maguelone.
« Nous recommencerons tous les mardis jusqu’à ce que nous obtenions satisfaction » affirment Franck Rassel et Cédric Naudin.

Prisons : état des lieux

En décembre 2018:   82 052 personnes étaient placées sous écrou, dont 11 344 faisant l’objet d’un placement sous surveillance électronique ou d’un placement à l’extérieur

Avec plus de 70 700 détenus pour 60 000 places opérationnelles, la densité carcérale s’établit à 117,6 % dans les prisons françaises, qui souffrent d’une surpopulation chronique. Elle atteint désormais près de 140 % dans les maisons d’arrêt, ces établissements pénitentiaires qui accueillent les courtes peines ou les personnes en attente de jugement (20 554 prévenus dans les prisons françaises, soit 29,1 % de la population carcérale).

PLATE FORME REVENDICATIVE DE L’ENTENTE SYNDICALE

L’Entente Syndicale réunissant le SNP-FO Personnels de Surveillance, La CGT Pénitentiaire, la Cfdt-INTERCO Justice, le SNEPAP-FSU, la CFTC-Syndicat Libre Justice et Horizon Justice :

– Accession à la catégorie B pour tous les personnels du Corps d’Encadrement et d’Application, avec le maintien de la sur-indiciation et le paiement des heures supplémentaires,
– Augmentation de l’Indemnité pour Charges Pénitentiaires, à la hauteur de 300 € bruts mensuel, incluse dans le calcul de la pension civile,

– Classification des établissements pénitentiaires,

– La fusion des grades de Surveillants avec celui de Brigadier dès le 6 ème échelon, et du
grade de Premier Surveillant/Major,
– L’augmentation de la Prime de Sujétion Spéciale de 2% sur deux ans, afin d’arriver à 30% au 1 er janvier 2021 (accélération du processus engagé en 2018) pour l’ensemble de tous les corps de l’Administration Pénitentiaire,
– Création d’une 3 ème voie de recrutement, avec la prise en compte du parcours professionnel antérieur,
– Passage d’une bonification au 1/4 ème en lieu et place du 1/5 ème , sans plafonnement de
temps,
– Abolition du projet du plan de requalification de la chaine de commandement,
– Accession à la catégorie A pour tous les personnels du Corps de Commandement,
– La fusion des grades de Lieutenant/Capitaine