« Je suis obsédé par cette période », confie Christophe Barratier, qui donne une petite leçon d’histoire avec « Les Enfants de la Résistance », film familial tiré d’une série de bande dessinée.

C’est l’été 1939, dans un village paisible au bord d’un canal, Pontain-L’Ecluse, où le curé fait aussi arbitre pendant un match de foot des gosses. Ainsi commence « Les Enfants de la Résistance », film de Christophe Barratier (sortie le 11 février), adapté des premiers tomes d’une série de bande dessinée à succès (2,5 millions d’albums vendus) créée par Vincent Dugomier et Benoît Ers. « C’est de là que tout est parti, c’est une bédé très documentée dans beaucoup de collèges et d’écoles. Elle remet des choses dans l’ordre, on sait que l’Occupation a révélé le meilleur et le pire de ce que nous sommes », confiait le cinéaste des « Choristes », lors des Rencontres du Cinéma de Bretagne à Guingamp, où son film était présenté en avant-première.
Après l’entrée en guerre puis une rapide débâcle, c’est l’inquiétude à Pontain-L’Ecluse (en fait tourné à Mailly-le-Château, en Bourgogne). « La population française est dans la sidération de cette défaite que personne n’attendait », constate Christophe Barratier, qui fait jouer Gérard Jugnot en curé, Pierre Deladonchamps en maire du village, et Artus en paysan rescapé de 14-18. Pas rancunier le réalisateur, puisqu’avec son « P’tit truc en plus », Artus a battu le record d’entrées pour un premier film français (plus de 10 millions) détenu jusqu’alors par « Les Choristes » (8,5 millions).
« Je n’ai jamais cessé de tourner autour »

Dans ce bourg de la France profonde, les habitants ont assisté au départ des recrues qui s’imaginaient « dans un mois à Berlin », à l’arrivée de réfugiés venus du Nord du pays, puis à celle de l’armée allemande. Si les adultes ne semblent pas réagir, un trio de gosses décide d’agir, les copains François et Eusèbe (Lucas Hector et Octave Gerbi), et Lisa (Nina Filbrandt-Spalony) blondinette qui a perdu sa famille lors d’un bombardement sur la route de l’exode.
« Les enfants, on les choisit pour leur nature », assure Barratier, qui a souvent fait jouer des mômes dans ses films et considère que « diriger un enfant, c’est d’abord bien le choisir ». Les mini-Résistants créent une mystérieuse « organisation terroriste », le Lynx, détournent les affiches de propagande, impriment des tracts sur du papier peint, sabotent le canal, et finalement incitent les adultes à agir à leur tour.
« Je suis obsédé par cette période », confie Barratier, dont plusieurs films se déroulent pendant les années 30-40, « Faubourg 36 », « Les Choristes », « La nouvelle guerre des boutons ». « Je n’ai jamais cessé de tourner autour », assure le cinéaste né dans une famille de comédiens, neveu de Jacques Perrin (avec qui il a travaillé) : « Mes parents étaient toujours sur les planches, ma grand-mère me racontait beaucoup de choses de cette période ».
« Une légèreté souriante sans édulcorer »

Avec « des couleurs désaturées pour donner un style, un aspect légèrement dramatisé », les spectateurs retrouveront l’esthétique de ses films d’époque ; et dans le propos, « une légèreté souriante sans édulcorer ». S’il s’adresse à toutes les générations, ce film familial est plus particulièrement destiné aux enfants, lecteurs on non de la bédé. Sur un scénario coécrit avec l’historien Stéphane Keller, « Les Enfants de la Résistance » est ainsi une façon de leur raconter une petite leçon d’Histoire de France. Un récit pédagogique en forme de « devoir de mémoire », même s’il est parfois caricatural avec ses personnages bien typés, les « méchants » de la gestapo, le cafetier vichyste et collabo, et même l’instituteur républicain.
Cependant, un bel exemple de désobéissance civile est mis en scène dans une émouvante séquence dans l’église du village : alors que les cérémonies du 11 novembre ont été interdites par les autorités allemandes, le jeune François énumère les noms des victimes de 14-18, gravés sur le monument aux morts détruit par un char.
Patrick TARDIT
« Les Enfants de la Résistance », un film de Christophe Barratier (sortie le 11 février).