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Énergie : l’Europe sous pression

La Commission européenne dévoile un plan d’urgence face à la flambée des prix de l’énergie. Comme un confinement énergétique?

Ursula von der Leye, Préside
Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne

Quarante-quatre jours. C’est le temps qu’il aura fallu au conflit en Iran pour alourdir la facture énergétique de l’Union européenne de 22 milliards d’euros. Lundi 13 avril, les commissaires européens se sont réunis en session extraordinaire pour esquisser une réponse à cette crise que le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, qualifie déjà de « plus grave que celles de 1973, 1979 et 2022 réunies ». À l’issue de la réunion, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a présenté les grandes lignes d’un plan articulé autour de deux axes : des mesures d’urgence immédiates et une refonte structurelle du modèle énergétique européen.

« Nous payons le prix fort de notre dépendance »

Le ton était grave au Berlaymont. « Nous payons le prix fort de notre dépendance excessive aux énergies fossiles. Et la triste réalité pour notre continent est la suivante : l’énergie fossile restera l’option la plus coûteuse dans les années à venir », a martelé Ursula von der Leyen devant la presse. Une déclaration qui résume le paradoxe européen : une Union dotée d’un Green Deal ambitieux mais encore structurellement dépendante des importations d’hydrocarbures, dont le principal corridor de transit — le détroit d’Ormuz — est aujourd’hui directement menacé par le conflit iranien.
Les mesures annoncées seront soumises aux chefs d’État et de gouvernement lors du Conseil européen informel de Chypre, le 24 avril prochain.

Des mesures d’urgence ciblées pour protéger les plus vulnérables

Dans l’immédiat, la Commission mise sur des dispositifs temporaires et ciblés afin de protéger les ménages et les secteurs les plus exposés à la hausse des prix. Pour ce faire, l’exécutif européen compte assouplir ses règles en matière d’aides d’État, ouvrant la voie à des interventions nationales plus rapides et plus flexibles. Ce cadre temporaire d’aides d’État devrait être adopté avant la fin du mois d’avril.
Parallèlement, la Commission appelle à une coordination renforcée entre les Vingt-Sept. Ursula von der Leyen a rappelé l’efficacité du mécanisme d’achats groupés de gaz mis en place lors de la crise de 2022, qui avait permis d’acquérir 90 milliards de mètres cubes à des conditions plus avantageuses. « L’union fait notre force. Nous l’avons démontré lors de la crise énergétique de 2022 », a-t-elle souligné, tout en assurant que « l’UE peut encore faire davantage ».
Sur le plan des stocks, Bruxelles entend également coordonner le remplissage des réserves de gaz des États membres pour éviter toute surenchère entre capitales, et envisage une libération concertée des stocks pétroliers stratégiques.
La réduction de la demande énergétique constitue un autre levier prioritaire. Des mesures spécifiques aux secteurs du bâtiment et de l’industrie seront présentées dès la semaine prochaine. « L’énergie la moins chère est l’énergie qui n’est pas consommée », a rappelé la présidente, résumant d’une formule la philosophie de sobriété qui sous-tend cette partie du plan.

Électrification et renouvelables : le cap structurel

Au-delà de l’urgence, la Commission entend saisir la crise comme un accélérateur de la transition énergétique. « La seule solution durable pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles est de réorienter la production d’électricité vers les énergies renouvelables et le nucléaire, et d’électrifier l’économie aussi rapidement que possible », a insisté Ursula von der Leyen, pointant le retard de l’Europe face aux États-Unis et à la Chine.
Une stratégie d’électrification sera présentée avant l’été, avec pour objectif de lever les obstacles réglementaires qui ralentissent encore les déploiements. Malgré les progrès accomplis — les renouvelables et le nucléaire représentent aujourd’hui plus de 70 % de la production électrique en Europe —, la Commission estime que d’importants gisements restent inexploités. « Aujourd’hui encore, de grandes quantités d’électricité propre restent inutilisées ou gaspillées », a déploré la présidente.
Le renforcement des interconnexions électriques entre les États membres figure également à l’agenda : l’adoption d’un plan présenté en décembre dernier est attendue avant l’été.

Investissements, fiscalité et carbone : les chantiers législatifs à venir

Pour financer cette transition accélérée, la Commission appelle les États membres à mieux mobiliser les fonds européens existants, notamment les fonds de cohésion. Une conférence sur l’investissement sera prochainement organisée pour drainer les capitaux privés vers les infrastructures énergétiques.
Sur le plan fiscal, une proposition législative sur les taxes sur l’électricité et les frais de réseau est annoncée pour mai. Enfin, concernant le marché carbone européen, la révision du système ETS est prévue pour juillet, avec notamment à l’étude une possible extension des quotas gratuits d’émission au-delà de 2034 — une mesure qui, si elle était confirmée, représenterait un assouplissement notable du calendrier de décarbonation initialement prévu.

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