Léon XIV rappelle les racines chrétiennes du projet européen.

Par Bernard Aubin
Lors de son discours à Metz, le pape Léon XIV a réaffirmé le lien étroit qui unit l’Europe à son héritage chrétien. Selon lui, il est impossible d’évoquer la construction européenne sans se référer au christianisme, qui a largement contribué à façonner la civilisation du continent.
Le souverain pontife a notamment rappelé le rôle de saint Benoît et du monachisme dans le développement de l’éducation, des hôpitaux, des sciences, du droit et de l’organisation de la société européenne. Pour lui, cet héritage constitue l’un des fondements historiques et culturels de l’Europe contemporaine.
Léon XIV s’est également inscrit dans la pensée de Robert Schuman, qu’il a cité à plusieurs reprises. Il a présenté l’Europe comme un projet de réconciliation destiné à faire prévaloir le dialogue sur la guerre et la coopération sur les affrontements. « L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes », a-t-il rappelé.
Dans cette même logique, le pape a plaidé pour une culture de paix et s’est montré critique à l’égard des dynamiques de réarmement. Il a appelé à développer des « efforts créatifs » en faveur de la paix plutôt qu’à s’inscrire dans une préparation permanente aux conflits.
Enfin, Léon XIV a défendu l’idée d’une Europe fondée sur la dignité humaine, les droits fondamentaux, la liberté, la démocratie, l’État de droit et le bien commun. Une vision qui soulève cependant une interrogation : l’Union européenne actuelle correspond-elle encore à cet idéal et aux principes défendus par Robert Schuman ?
Du rêve des fondateurs à la réalité européenne
Le 9 mai 1950, dans le salon de l’Horloge du Quai d’Orsay à Paris, Robert Schuman lançait ce qui allait devenir le premier jalon de la construction européenne. Son ambition était claire : instaurer une « solidarité de fait » entre les nations afin de rendre la guerre impossible et d’améliorer le niveau de vie des peuples européens.
Soixante-seize ans plus tard, certains observateurs estiment que cet idéal s’est progressivement éloigné de la réalité institutionnelle de l’Union européenne. Selon eux, l’Europe conçue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale aurait laissé place à une structure davantage orientée vers la gestion économique et technocratique, marquée par l’influence croissante des lobbies et par des évolutions jugées défavorables aux solidarités sociales.
Le marché au cœur du projet européen
Aux origines de la construction communautaire, Robert Schuman et Jean Monnet ne concevaient pas l’Europe comme un simple espace économique. La mise en commun du charbon et de l’acier répondait avant tout à un objectif politique : garantir une paix durable entre les anciennes puissances rivales. L’économie devait constituer un moyen au service de l’intérêt général.
Cette hiérarchie des priorités s’est inversée au fil du temps. Les traités de Maastricht puis de Lisbonne ont renforcé une logique de marché unique dans laquelle le principe de la « concurrence libre et non faussée » occupe une place centrale.
Les privatisations menées dans plusieurs secteurs, notamment l’énergie et les transports, la recherche constante de rentabilité financière, les reculs sociaux imposés au nom du dogme de la concurrence ont peu à peu remplacé une vision solidaire de la gestion des ressources. L’Europe des citoyens s’est ainsi transformée en une Europe davantage tournée vers les flux de capitaux.
Bruxelles et l’influence des groupes de pression
Le poids des groupes de pression dans le processus décisionnel grandit d’année en année.
Alors que Robert Schuman imaginait des instances guidées avant tout par l’intérêt général, Bruxelles est aujourd’hui l’un des principaux centres mondiaux du lobbying. Des milliers d’organisations y défendent les intérêts de secteurs variés : industrie, numérique, agrochimie, finance ou encore énergie.
Cette proximité entre décideurs et représentants d’intérêts privés contribue à alimenter un sentiment de distance entre les citoyens et les institutions européennes. Ils estiment que certaines politiques communautaires apparaissent davantage influencées par des considérations économiques que par les enjeux sociaux ou environnementaux. D’où un questionnement légitime sur ce qui pourrait paraître un blanc-seing offert par Léon à ce type de fonctionnement.
Quelle Europe Léon XIV défend-il ?
Dans ce contexte de débat sur l’avenir et l’identité du projet européen, la position du pape soulève une question centrale : de quelle Europe se réclame-t-il précisément ?
Incontestablement, Léon XIV a mis en avant une Europe inspirée de la fraternité, de la justice sociale et du bien commun, dans la continuité de la pensée de Robert Schuman. Cette vision est cependant éloignée du fonctionnement concret des institutions européennes actuelles, dominées par des logiques néolibérales et financières. Ce que le souverain pontife omet de décrier dans ses interventions.
Dès lors, une forme de décalage apparaît entre l’idéal européen défendu par le pape et la réalité actuelle. En soutenant le projet européen tout en dénonçant les excès de la logique du profit et de la dérégulation, Léon XIV semble cependant davantage se référer à l’esprit fondateur de la construction européenne qu’à son incarnation actuelle.
Le pape aurait cependant dû aller plus loin en rappelant avec davantage d’insistance les objectifs initiaux portés par Robert Schuman et en formulant une critique plus explicite des dérives libérales et antisociales de l’Union européenne contemporaine. Cette réserve n’empêche toutefois pas de discerner, dans son discours, une vision profondément humaniste de l’Europe, centrée sur la paix, la solidarité et la dignité de la personne humaine.
Le timing est intéressant : l’évocation par Macron des pères fondateurs de l’Europe en présence du pape à Metz donne à cet événement une dimension qui dépasse le simple cadre d’un discours politique. #Europe #France https://t.co/5HBAdc4FfR
— Aurélien Picard (@BarnabasReynol1) September 28, 2026