Chronique familiale aux accents de thriller, le film de Kantemir Balagov reste très communautaire et ne suscite guère que l’indifférence.

Cinéaste russe originaire de Kabardie, Kantemir Balagov s’est fait remarquer à Cannes par ses deux premiers films (« Tesnota, une vie à l’étroit », « Une grande fille »). Contraint à l’exil aux Etats-Unis, à cause de son engagement contre la guerre en Ukraine, c’est donc en langue anglaise et avec des producteurs français qu’il a tourné « Butterfly Jam » (sortie le 7 octobre), sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes et au Festival du Cinéma Américain de Deauville.
C’est ainsi dans le New-Jersey, à Newark, au sein de la communauté tcherkesse de Kabardie, qu’il situe cette histoire qui s’ouvre par une partie de cartes nocturne entre amis. Il y a là notamment Azik, qui a beaucoup raté dans sa vie, et qui traîne toujours avec son meilleur copain, Marat (Harry Melling), looser aux plans foireux tel que voler un pélican et le planquer dans le garage. Fier de sa cuisine et de sa butterfly jam, soit disante confiture de papillon, Azik est joué par Barry Keogan, qui incarne Ringo Starr, le batteur des Beatles, dans les quatre films consacrés aux Fab Four, actuellement tournés par Sam Mendes.
« Fierté, héritage et masculinité »
Azik semble presque aussi jeune que son fils, Pyteh (Talha Akdogan), seize ans, jeune champion de lutte, bien plus battant que le paternel, cuisinier dans le restau familial tenu avec sa sœur Zalya (Riley Keough) très enceinte, qui se démène pour faire tenir la petite entreprise. Alors qu’il essaie de pousser son père à évoluer, Pyteh traite celui-ci de faible lorsqu’il refuse un emploi dans un futur restaurant pour rester auprès des siens.
La tonalité du film change avec la mort brutale du père, la chronique familiale prend alors des accents de thriller. Mêlant « fierté, héritage et masculinité », « Butterfly Jam » est ainsi un drame russe au New Jersey, le destin frappant lorsqu’on ne s’y attend pas. Mais le film reste très communautaire et n’a pas de vertu d’universalité, ne suscitant guère que l’indifférence, sinon que les pères sont des êtres humains comme les autres, et que la vie comme le cinéma sont parfois déceptifs.
Seule surprise, une légende familiale évoquant Monica Bellucci, qui apparait effectivement à la toute fin du film.
Patrick TARDIT
« Butterfly Jam », un film de Kantemir Balagov (sortie le 7 octobre).
