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Le déraillement du TER en Normandie : on est passé à deux doigts de la catastrophe

Vendredi vers 19h45, un TER assurant la liaison Rouen-Caen a déraillé entre les gares de Tourville et d’Elbeuf-Saint-Aubin, au niveau de la commune de Cléon (Seine-Maritime). Une jeune femme de 18 ans a été grièvement blessée, trois autres personnes ont été hospitalisées sans que leurs jours soient en danger, et d’autres blessés légers ont pu regagner leur domicile. Samedi soir, les craintes pour la vie de la victime principale avaient été écartées.

Accident ou sabotage? "photo UsagerSncf Le Havre Rouen Paris)
Accident ou sabotage? (photo UsagerSncf Le Havre Rouen Paris)

Toutes les causes qui peuvent provoquer le déraillement d’un train

  • Défaut de l’infrastructure : rail fissuré, usé, déformé, ou joint défectueux — un cas fréquent dans les rapports d’enquête officiels.
  • Défaillance du matériel roulant : rupture d’essieu, de roue ou de bogie, comme cela a pu être observé lors de certains accidents survenus au Canada.
  • Erreur ou défaillance humaine : mauvaise manœuvre, vitesse excessive à l’approche d’une zone sensible (aiguillage, courbe), non-respect de la signalisation.
  • Problème de maintenance : pièce oubliée ou mal évacuée après une opération d’entretien sur la voie.
  • Objet étranger sur la voie : obstacle, débris ou pièce métallique déposée, intentionnellement ou accidentellement.
  • Acte de malveillance ou sabotage : dégradation volontaire visant à perturber la circulation, sans intention homicide.
  • Acte criminel délibéré : dépôt intentionnel d’un obstacle dans le but de provoquer un accident grave, engageant une qualification pénale lourde.
  • Conditions climatiques ou géotechniques : affaissement de terrain, dilatation thermique des rails, intempéries.
  • Défaut de signalisation ou de communication : dysfonctionnement des systèmes de contrôle-commande.

La piste privilégiée à ce stade de l’enquête

Un morceau de rail retrouvé sur la voie pourrait être à l’origine de l’accident, mais les raisons de sa présence restent inconnues à ce stade. Le procureur de Rouen a indiqué que les investigations n’avaient apporté aucun élément nouveau permettant d’expliquer comment ce fragment s’était retrouvé là. La police technique et scientifique a terminé ses opérations sur place, plusieurs auditions ont eu lieu et d’autres sont prévues, et la « boîte noire » (ATESS) du train a été saisie pour analyse.
La piste de la malveillance a été maintes fois évoquée au cours de la journée d’hier, y compris par le ministre des Transports, Philippe Tabarot, avant que le procureur de la République ne tempère ces propos en début de soirée. Sébastien Gallois a ainsi précisé : « Je rappelle en conséquence qu’à ce stade, aucun élément ne permet d’évoquer un acte de « malveillance » commis avec l’intention délibérée de faire dérailler le train, et donc encore moins un « attentat ». »

De nombreuses interrogations

Bernard Aubin (DR)
Bernard Aubin (DR)

Appelé à s’exprimer sur cet accident dans les médias, Bernard Aubin, ancien ingénieur transport à la SNCF, a d’abord insisté sur la nécessité d’éviter toute conclusion hâtive : « Aucune piste ne doit être négligée, même si l’une d’entre elles semble privilégiée à ce stade. Les faits sont connus : le TER a déraillé, des passagers ont été blessés, un morceau de rail a été découvert au milieu de la voie. Le reste relève essentiellement de l’interprétation. A-t-il été déposé là volontairement ou accidentellement ? Dans le but de faire dérailler le train ? Sa présence est-elle la cause ou la conséquence du déraillement ? Même les hypothèses les plus improbables doivent être examinées. »
L’ancien syndicaliste s’interroge aussi sur le modus operandi : si ce rail a été volontairement déposé pour faire dérailler le TER, cette pièce, compte tenu de son poids, ne devait pas se trouver loin de la zone où l’accident s’est produit. Peut-être s’agissait-il d’un ancien tronçon de rail défectueux qui avait été déposé sur place. Mais encore fallait-il connaître son emplacement, planifier sa mise en place entre le passage de deux trains sur la ligne, et disposer des personnes et des outils nécessaires pour déplacer près de 300 kg d’acier — ce qui interpelle. D’autant que les moyens qui auraient été mis en œuvre pour faire dérailler le train paraissent totalement disproportionnés.

On est passé à deux doigts de la catastrophe !

Le bilan de cet accident aurait pu être bien plus lourd, souligne Bernard Aubin. « La technologie mise en œuvre dans la construction des nouvelles rames repose sur l’articulation des voitures. En cas de déraillement, le risque de renversement ou de superposition est limité. Ainsi, la plus grande partie de la rame est restée debout, même une fois sortie de la voie. » En revanche, le bilan aurait pu être bien pire si la rame s’était complètement désarticulée et si un grand nombre de voitures s’étaient renversées. Les passagers ont eu beaucoup de chance dans leur malheur.
L’expert ferroviaire rappelle un déraillement survenu en Espagne au début de l’année 2026 : « En janvier, les voitures de queue d’un train à grande vitesse qui avait déraillé ont ensuite été percutées par un autre train à grande vitesse arrivant en sens inverse sur la contre-voie. Bilan : 46 morts et plus de 150 blessés. » Que serait-il advenu si, au moment du déraillement du TER, un autre train était arrivé sur la voie contiguë ? Tout en précisant qu’il ne faut pas céder à la psychose — le train demeurant l’un des modes de transport les plus sûrs —, l’ancien cheminot invite à prendre la mesure de la gravité de l’accident.

Acte de malveillance ou intervention criminelle ?

« S’il est finalement établi que l’obstacle a été délibérément placé sur la voie pour faire dérailler le train, il ne s’agirait pas d’un simple acte de malveillance mais d’une intervention criminelle, voire pire », martèle l’ancien cheminot, qui rappelle que le plan Vigipirate est actuellement en vigilance renforcée. Il insiste toutefois sur le fait qu’à ce stade, aucune piste ne peut être confirmée.
Quatre enquêtes devraient permettre d’en savoir davantage : l’enquête interne de la SNCF, celle de la CSSCT (Commission santé, sécurité et conditions de travail, qui remplace le CHSCT), l’enquête judiciaire, et celle du BEA-TT (Bureau d’enquête sur les accidents de transport terrestre).
A suivre…

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