Le département compte 35 établissements classés Seveso, dont plusieurs sont implantés à proximité immédiate du front de feu ou dans des communes évacuées.

Alors que le gigantesque incendie qui ravage l’ouest de la Gironde a déjà détruit plusieurs dizaines de milliers d’hectares de forêt, une autre menace mobilise discrètement les autorités : celle d’un accident industriel majeur. Le département compte 35 établissements classés Seveso, dont plusieurs sont implantés à proximité immédiate du front de feu ou dans des communes évacuées. Une situation qui révèle une vulnérabilité encore largement sous-estimée face aux effets du changement climatique.
Une crise qui dépasse le seul incendie de forêt
Depuis plusieurs jours, les images des Canadair, des milliers de pompiers mobilisés et des habitants évacués occupent le devant de la scène. Mais, en coulisses, une autre bataille se joue.
À mesure que les flammes progressent dans le massif forestier girondin, les services de l’État, les industriels et les militaires s’efforcent d’éviter un scénario catastrophe : qu’un incendie atteigne une installation Seveso stockant des produits inflammables, toxiques ou explosifs.
Le Premier ministre a d’ailleurs annoncé, dès le 24 juillet, le déploiement de dispositifs de protection spécifiques autour des sites industriels les plus sensibles.
Trente-cinq sites Seveso en Gironde
La Gironde abrite 35 établissements classés Seveso, répartis entre les catégories « seuil haut » et « seuil bas ». Ces installations manipulent des hydrocarbures, des gaz industriels, des solvants, des produits chimiques ou encore des explosifs.
Si la majorité d’entre elles sont concentrées dans la métropole bordelaise et sur les zones industrialo-portuaires d’Ambès et de Bassens, plusieurs sont implantées au contact direct du massif forestier.
Selon les informations disponibles, au moins sept sites se situent à moins de vingt kilomètres du front de feu ou dans des communes ayant fait l’objet d’évacuations.
Saint-Médard-en-Jalles, la poudrière stratégique
Le secteur de Saint-Médard-en-Jalles concentre les principales inquiétudes.
L’ancienne poudrerie nationale accueille aujourd’hui plusieurs installations stratégiques de la filière spatiale et de la défense.
On y trouve notamment :
- ArianeGroup, qui fabrique les propergols des lanceurs Ariane ainsi que ceux des missiles stratégiques ;
- Roxel (filiale de MBDA), spécialisé dans les moteurs de missiles ;
- des installations manipulant ou stockant du perchlorate d’ammonium, un puissant comburant utilisé dans les propulseurs.
À Sainte-Hélène, autre implantation d‘ArianeGroup, des produits explosifs sont entreposés dans une commune concernée par les mesures d’évacuation.
Les industriels assurent avoir sécurisé leurs installations en coopération avec les autorités, tandis que des moyens exceptionnels ont été déployés pour empêcher les flammes d’atteindre ces sites.
D’autres installations sensibles sous surveillance
Plusieurs autres établissements font également l’objet d’une vigilance renforcée :

À Ambès et Bassens, où sont implantés les principaux dépôts pétroliers du département, les installations ne sont pas directement menacées par le feu mais restent sous surveillance permanente.
Pourquoi un site Seveso peut-il devenir critique ?
Contrairement aux idées reçues, le danger ne vient pas uniquement du contact direct avec les flammes.
Une chaleur intense peut provoquer :
- la rupture de cuves d’hydrocarbures ;
- l’inflammation de solvants ou de gaz ;
- des réactions chimiques incontrôlées ;
- des explosions secondaires ;
- des dégagements de fumées toxiques ;
- la défaillance des systèmes électriques ou de refroidissement indispensables à la sécurité.
Chaque établissement Seveso dispose d’un Plan d’opération interne (POI), tandis que les préfectures élaborent un Plan particulier d’intervention (PPI) afin d’organiser la réponse des secours en cas d’accident majeur.
Un risque longtemps ignoré
L’exposition des sites industriels aux mégafeux est un sujet relativement récent.
Ce n’est qu‘après les incendies de 2022 qu’une étude de la société Callendar a mis en évidence que 316 sites Seveso français étaient suffisamment proches de massifs forestiers pour être menacés.
Les chercheurs estiment qu’avec le changement climatique, près des trois quarts de ces installations pourraient être exposées à un risque élevé d’ici 2050, contre environ un tiers au début des années 2000.
Cette étude a conduit le législateur à renforcer, en 2023, les obligations de débroussaillement autour des sites Seveso et à développer des exercices simulant des incendies de grande ampleur.
Des moyens exceptionnels pour éviter une catastrophe
Depuis le début de la crise, les opérations de lutte contre le feu ne visent donc pas seulement à protéger les populations.
Des travaux de terrassement ont été réalisés autour de plusieurs installations afin de créer des coupe-feux. Des matériels sensibles ont également été déplacés de manière préventive, notamment sur certains sites de l’industrie de défense. Les exploitants ont renforcé leurs dispositifs de surveillance et coordonnent leurs actions avec la préfecture, le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS), les forces armées et les services de l’État.
Une catastrophe évitée… pour l’instant
À ce stade, aucun des 35 établissements Seveso girondins n’a été touché par les flammes.
Mais cet épisode constitue un avertissement. Longtemps pensées pour résister aux accidents industriels classiques, ces installations doivent désormais intégrer un nouveau paramètre : les mégafeux, dont la fréquence et l’intensité ne cessent de croître.
Les incendies de l’été 2026 marquent peut-être un tournant. Ils rappellent que la protection civile ne consiste plus seulement à défendre les habitations ou les forêts, mais également des infrastructures stratégiques essentielles à l’approvisionnement énergétique, à l’industrie chimique, à la défense nationale et au programme spatial français.
L’incendie de Gironde met en évidence l’exposition des sites Seveso aux risques des feux de forêt https://t.co/Me6cS0OzSb
— Arnaud Mercier – #Entrepreneur #Versailles (@arnaudmercier) July 28, 2026
En #Gironde, l’incendie de #Saumos menace trois sites industriels avec des substances dangereuses dont des explosifs.
La progression de l’#incendie de Saumos menace trois sites classés #Seveso « haut », et présentant un risque d’accident majeur ⤵️ https://t.co/OlKYsYAT3F
— Hadrien Demeure (@HadrienDemeure) July 26, 2026
Entre les projets de parcs solaires, les sites SEVESO en Gironde et le fait que beaucoup d’habitants du coin de Biscarrosse savent qu’il existe depuis des décennies une base militaire sous le lac de Cazaux dans laquelle il y aurait une tête nucléaire, j’en viens à penser que tout… https://t.co/kdO4tNxwDE
— Emma (@EmmaDarles) July 28, 2026