Dans une contribution adressée aux commissaires enquêteurs, André Léonard, consultant et riverain, formule des critiques techniques détaillées et des contre-propositions visant à améliorer le projet d’autoroute A31 bis, tout en demandant la protection accordée aux lanceurs d’alerte.

Terville-Uckange-Florange
Le projet d’autoroute A31 bis, conçu pour désengorger la région frontalière entre la Moselle et le Luxembourg, est au cœur d’une vive controverse locale. André Léonard, habitant de Terville, a transmis une contribution détaillée aux commissaires enquêteurs dans laquelle il salue les bénéfices attendus du projet, notamment la fin du transit des frontaliers dans les centres-villes de la vallée de l’Orne, mais dénonce de nombreuses inégalités et erreurs de conception.
Terville : la grande oubliée du tunnel ?
Au cœur des griefs figure l’inégalité de traitement entre Florange et Terville. À Florange, face à la mobilisation des habitants, le porteur de projet a accepté de remplacer une simple tranchée par un tunnel profond. Terville, en revanche, devra se contenter d’un merlon végétalisé ou, faute de place, d’un mur antibruit de cinq mètres de haut, installé à une quinzaine de mètres des fenêtres des riverains. Pour André Léonard, cette disparité constitue une atteinte au principe constitutionnel d’égalité, au point d’envisager le dépôt d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC).
Par ailleurs, le choix de l’emplacement de la sortie nord du tunnel serait dicté non par des critères techniques, mais par la distance réglementaire imposée par une clôture classée appartenant au domaine de Bétange. Ce choix aurait engendré, selon lui, une série de surcoûts en cascade : destruction et reconstruction de la route D653, suppression de l’échangeur 42, construction d’un nouveau demi-échangeur empiétant sur la forêt, modification de la courbe de l’A31…
L’affaire de l’échangeur 42
La suppression silencieuse de cet échangeur, réduit à une simple bifurcation sans entrée ni sortie, aurait obligé les frontaliers de plusieurs communes à traverser Veymerange aux heures de pointe, créant un danger réel aux abords des crèches et écoles du village. Ce n’est qu’à la 7ᵉ réunion de concertation, six ans après le lancement du projet, que l’anomalie a été découverte, forçant le préfet à ordonner le rétablissement des fonctions de l’échangeur.
Une tranchée couverte moins chère qu’une tranchée ouverte ?
André Léonard avance une thèse centrale : les surcoûts générés par le passage en surface (tranchée ouverte) seraient si nombreux qu’ils rendraient au total ce choix plus coûteux qu’une tranchée couverte. Cette dernière permettrait en outre de choisir librement le point de sortie du tunnel, d’éviter les destructions-reconstructions inutiles, de préserver l’échangeur 42, de protéger la forêt et d’éloigner la pollution atmosphérique des zones habitées et des espaces de jeux fréquentés par les enfants.
Uckange et St Agathe en première ligne
La ville d’Uckange subirait quant à elle une augmentation de plus de 50 % du trafic de poids lourds sur l’A30, en raison de l’interdiction faite aux camions de transiter par l’A31 Thionville. Ces véhicules circuleraient sur une voie supplémentaire construite plus près des habitations et des établissements scolaires, exposant enfants et riverains à une hausse significative de la pollution atmosphérique. Le demi-échangeur 42 ne permettrait par ailleurs pas aux maires d’Uckange et Florange d’interdire le transit des camions dans leur centre-ville.
À St Agathe, le raccordement prévu entre l’A30 et le tunnel impliquerait l’expropriation de plus d’une quinzaine d’entreprises. Léonard propose deux variantes alternatives permettant de l’éviter, financées par les économies réalisées sur les expropriations, démolitions et frais de contentieux.
Une réunion publique entachée de fausse information ?
L’auteur dénonce également un incident survenu lors d’une réunion publique d’information à Terville le 4 octobre 2024. Le représentant de la DREAL aurait affirmé que les plans précis du tracé n’existaient pas encore, alors que ces mêmes documents avaient été présentés quelques semaines plus tôt à Florange. Léonard considère qu’il s’agit d’une diffusion de fausse information constitutive d’un délit, et demande qu’un signalement soit adressé au procureur de la République conformément à l’article 40 du Code de procédure pénale.
Un péage trop élevé, le Luxembourg absent du financement
Enfin, la question du péage est abordée : jugé trop élevé, il pénaliserait les frontaliers alors que le Luxembourg perçoit chaque année plusieurs centaines de millions d’euros de taxes sur les carburants achetés par des résidents et transporteurs étrangers. L’auteur plaide pour une participation financière luxembourgeoise, qui permettrait d’abaisser le péage et d’attirer davantage d’usagers sur l’autoroute, réduisant ainsi la pollution dans les villages traversés.
Lire ci-dessous la contribution transmise dans le cadre de l’enquête publique relative au projet A31 bis. Son auteur, André Léonard, revendique la protection accordée aux lanceurs d’alerte (loi du 9 décembre 2016, révisée en mars 2022).
Contribution 2 à l’enquête publique sur l’A 31 bis