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L’exécution d’Éric Robic, jeudi, à Neuilly-sur-Seine

Le 16 avril 2026, un homme est abattu en pleine rue dans l’une des communes les plus sûres de France. Derrière ce fait-divers brutal se cache une affaire diplomatique et judiciaire vieille de quinze ans, qui n’a jamais vraiment trouvé sa conclusion.

Police
Photo d’illustration (DR)

Une exécution au cœur de la banlieue chic

Vers 9h30 ce jeudi matin, la procureure de la République de Paris Laure Beccuau confirmait qu’Éric Robic avait été assassiné sur la voie publique à Neuilly-sur-Seine, les premiers témoignages évoquant plusieurs tirs à l’arme de poing portés par deux hommes sur un scooter qui avaient immédiatement pris la fuite. Deux tireurs casqués, un scooter TMAX, quelques secondes : une exécution.
Les tirs ont résonné vers 9h30 devant le 49 boulevard Victor Hugo. Les suspects ont ensuite pris la fuite, tandis qu’Éric Robic, pris en charge par les secours, a succombé à ses blessures peu après 10 heures. La JIRS de Paris — juridiction inter-régionale spécialisée — s’est saisie du dossier initié par le parquet de Nanterre. À ce stade, aucun suspect n’a été interpellé.

Retour aux origines : la nuit du 16 septembre 2011 à Tel-Aviv

Pour comprendre ce qui s’est passé boulevard Victor-Hugo, il faut remonter à une nuit de septembre 2011, à plus de 3 000 kilomètres de là.
Lee Zeitouni, professeure de gymnastique et de yoga âgée de 25 ans, traversait à un passage piéton lorsqu’elle a été percutée à vive allure par une BMW X6 conduite par Éric Robic, qui sortait de boîte de nuit avec son ami Claude Khayat. La jeune femme, projetée à plusieurs mètres, est morte sur le coup. Le véhicule roulait à près de 100 km/h dans une zone limitée à 50 km/h. Le conducteur était ivre et ne possédait pas le permis de conduire.
Ce qui a transformé un accident en scandale diplomatique, c’est ce qui a suivi immédiatement : les deux hommes ne se sont pas arrêtés. Quelques heures plus tard, ils quittaient Israël pour la Suisse, puis la France. Dans les heures qui ont suivi la tragédie, Éric Robic s’est rasé la tête, probablement pour passer inaperçu aux yeux des caméras de surveillance de l’aéroport de Tel Aviv.

Le mur juridique franco-israélien

La fuite des deux hommes a immédiatement soulevé une question cruciale : pouvaient-ils être renvoyés en Israël pour y être jugés ?
L’extradition des deux Français, également visés par un mandat d’arrêt international, a été demandée mais s’est heurtée aux conventions internationales : depuis 2004, la France n’extrade pas ses propres ressortissants vers un pays n’appartenant pas à l’Union européenne.
L’émotion provoquée par cette affaire a été telle qu’en décembre 2011, Carla Bruni, l’épouse du président Sarkozy, avait écrit à la famille de la jeune Israélienne pour lui assurer que la France faisait le maximum pour que justice soit faite. Le président de la République lui-même avait évoqué l’affaire lors du dîner annuel du Crif, en février 2012.
En Israël, l’impossibilité de juger les deux hommes suscitait l’indignation. Le président d’une commission parlementaire, Danny Danon, avait remis à l’ambassadeur de France en Israël une lettre pour Nicolas Sarkozy, lui demandant de « remettre les meurtriers aux mains de la justice israélienne ».
Finalement, en décembre 2014, Robic avait été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à cinq ans de prison ferme pour avoir renversé Lee Zeitouni à Tel-Aviv. Le passager du véhicule, Claude Khayat, avait quant à lui écopé d’une peine de 15 mois ferme.
Pour la famille Zeitouni, ce jugement rendu à Paris, dans un pays étranger, sur la base de règles étrangères, n’a jamais constitué une véritable clôture.

Un homme au lourd passé judiciaire

Éric Robic était défavorablement connu de la police pour outrages, rébellion, escroqueries, association de malfaiteurs, coups et blessures volontaires et involontaires. En janvier 2025, il avait encore été condamné à 18 mois de prison pour une fraude à la vente de voitures de luxe portant sur un million d’euros. Ces malversations concernaient la vente de voitures, de faux encarts publicitaires et de faux virements. L’argent généré aurait transité via la Pologne et la Chine.
Quinze ans plus tard : un cercle qui se referme
La mort violente d’Éric Robic a suscité des réactions sobres mais chargées de sens en Israël. « Ce matin, j’ai appris la mort d’Éric Robic en France, et pour moi, c’est comme si un cycle se refermait », a déclaré à l’AFP l’ex-fiancé de Lee Zeitouni, Roy Peled. Le père de Lee Zeitouni a pour sa part déclaré : « C’est un cercle qui se ferme et qui criait justice. »

Des questions qui restent ouvertes

L’enquête en est à ses débuts, et les mobiles officiellement retenus par les enquêteurs restent inconnus. L’hypothèse d’un assassinat organisé en représailles contre Éric Robic peut être envisagée en raison du passé du quinquagénaire, mais rien ne permet à ce stade d’écarter d’autres pistes liées à ses nombreuses affaires d’escroqueries.
En avril 2026, au lendemain de l’exécution de Robic, aucune réaction officielle israélienne n’a été rapportée. Ce silence constitue en soi une zone d’ombre : la famille de Lee Zeitouni a-t-elle été informée ? Les autorités israéliennes considèrent-elles que justice a été rendue, ou que l’affaire n’a jamais été véritablement close ?
Ce qui est certain, c’est que l’affaire Lee Zeitouni, qui n’avait jamais vraiment disparu de la mémoire collective israélienne, vient de connaître un épilogue aussi brutal qu’inattendu, dans une rue tranquille de Neuilly-sur-Seine, un matin d’avril.

 

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