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Municipales 2026 : après la secousse du premier tour, la fièvre des alliances

Après un premier tour marqué par le dynamisme du Rassemblement national et la percée de La France insoumise, les partis s’apprêtent à affiner leur stratégie pour un second tour, dimanche 22 mars, qui s’annonce chaud brûlant. Les listes ont jusqu’à mardi 18h pour déposer leurs candidatures. C’est peu. C’est beaucoup trop pour les amours propres.

Municipales à Paris, premier tour (capture Public Sénat)
Municipales à Paris, premier tour (capture Public Sénat)

Le taux de participation s’est établi à 58,5% ce dimanche, en forte baisse par rapport aux 63,55% enregistrés lors du premier tour de 2014, mais en nette hausse par rapport au scrutin de 2020, marqué par la pandémie de Covid-19.

La carte du pays redessinée

À l’échelle nationale, le scrutin confirme deux tendances de fond. La France insoumise a enregistré une percée remarquée, tant dans certaines communes de banlieue — à Saint-Denis ou Roubaix — que dans les grandes villes, où ses scores à deux chiffres en font un faiseur de roi parfois incontournable à gauche. De l’autre côté, le Rassemblement national est en ballottage favorable à Nice et Toulon, plusieurs de ses maires sortants ont été réélus dès le premier tour. Pendant ce temps, LR réalise une série de prises dans les petites et moyennes villes, reconduisant un nombre important de sortants dès le premier tour, mais réalise des scores décevants à Paris et Marseille.

Paris : une quinquangulaire sous haute tension

La capitale est le théâtre le plus scruté de ce scrutin. Le socialiste Emmanuel Grégoire, qui a réuni la gauche à l’exception de La France insoumise, est arrivé en tête au premier tour avec 37,9% des suffrages. Sa rivale Rachida Dati, soutenue par LR et le MoDem, obtient 25,5% des voix.
Mais c’est dans le ventre mou du classement que se joue l’essentiel. Troisième avec 12%, la tête de liste insoumise Sophia Chikirou a déclaré « attendre l’appel » de son adversaire socialiste pour « faire un front antifasciste » au second tour — c’est-à-dire une fusion — faute de quoi elle maintiendra ses listes dans la capitale. Le candidat Horizons-Renaissance Pierre-Yves Bournazel est également qualifié pour le second tour avec 11,7%.
Le secrétaire général du PS Pierre Jouvet a confirmé ce lundi qu’Emmanuel Grégoire ne fera pas alliance avec Sophia Chikirou, appelant LFI à « prendre ses responsabilités ». Un refus qui laisse la gauche exposée à une fragmentation dangereuse.
Du côté droit, la situation n’est guère plus simple. Sarah Knafo (Reconquête !) s’est finalement qualifiée pour le second tour. Elle a appelé Rachida Dati à accepter sa « main tendue » sans passer par un « accord d’appareil ». Bournazel doit lui aussi décider s’il répond à l’appel au « rassemblement » lancé par la candidate LR. Une éventuelle quinquangulaire à Paris serait une première historique — et un casse-tête arithmétique pour tous les camps.

Marseille : la deuxième ville de France au bord du basculement

Le basculement à gauche de la deuxième ville de France, après 25 années de règne de Jean-Claude Gaudin, avait constitué un des chocs des municipales de 2020. Son éventuelle conquête par l’extrême droite serait un coup de tonnerre, à un an de la présidentielle.
Le scénario est désormais crédible. Le maire sortant Benoît Payan obtient 36,70% des voix, devant le candidat RN Franck Allisio (35,02%), Martine Vassal (LR, 12,41%) et Sébastien Delogu (LFI, 11,94%). Quatre listes qualifiées, deux blocs irréconciliables, et une ville suspendue à des négociations qui ne disent pas leur nom.
LFI appelle à « une fusion technique » entre le maire sortant socialiste et son candidat Sébastien Delogu. Benoît Payan, lui, a fermé la porte : il affirme qu’il « n’est pas question de faire la moindre tambouille avec qui que ce soit ». Une posture de principe qui pourrait lui coûter la mairie.
À droite, le vice-président du RN Sébastien Chenu a appelé la candidate Martine Vassal à se retirer pour le second tour, affirmant « nous sommes le vote utile ». Le RN juge que ses 35% au premier tour lui confèrent une légitimité suffisante pour prétendre gouverner la cité phocéenne sans partage.

Lyon : le duel suspendu à LFI

Dans la capitale des Gaules, le suspense est presque mathématique. Le maire sortant Grégory Doucet (Les Écologistes), à la tête d’une large coalition de gauche hors LFI, a engrangé 37,36% des voix, contre 36,78% pour Jean-Michel Aulas, adoubé par la droite et le centre — soit à peine plus de 1 200 voix d’avance.
L’insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi passe la barre des 10% qui lui donne la possibilité de se maintenir au second tour. Elle a immédiatement fait savoir qu’elle était prête à discuter d’une « fusion technique » avec la liste de Grégory Doucet « pour garder la ville à gauche ».
Pour le maire sortant, l’équation est cruelle : accepter la fusion avec LFI, c’est risquer de perdre des électeurs du centre ; la refuser, c’est risquer de perdre Lyon. Le candidat UDR-RN Alexandre Dupalais (7,07%) ne passe pas la barre, ce qui simplifie légèrement le tableau. Dimanche, tout se jouera dans un mouchoir de poche.

La présidentielle en filigrane

Ces municipales ne sont pas seulement un scrutin local. S’il s’agit avant tout d’une élection locale, les enjeux n’ont peut-être jamais été aussi nationaux pour des municipales, à un an de la présidentielle de 2027.
Le RN et LFI, les deux partis qui ont fait de ces municipales un test en vue de la présidentielle, sortent confortés du premier tour. Jordan Bardella a affirmé que le RN « tend la main aux listes de droite sincères, aux listes indépendantes et à tous ceux qui refusent à la fois le désordre de l’extrême gauche et la dilution dans le macronisme ». Manuel Bompard, lui, appelle « d’ores et déjà » aux alliances afin de faire barrage à l’extrême droite lors du second tour.
D’ici mardi 18h, la France politique va devoir choisir entre ses convictions et ses calculs. Paris, Lyon, Marseille : trois villes, trois casse-têtes, un seul verdict possible le 22 mars.

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