On dit souvent que « gouverner, c’est prévoir ». À Thionville, on vient peut-être d’ajouter une nouvelle variante : « gouverner, c’est aussi penser à protéger le nom de sa liste ».

C’est l’un des épisodes les plus savoureux de cette campagne municipale. Le maire sortant, candidat à un troisième mandat, a baptisé sa liste « Thionville au Cœur ». Un nom plein de sentiments, de chaleur et, on l’imagine, de bons sentiments électoraux. Petit détail cependant : ce nom appartient… à quelqu’un d’autre.
Car dès le 15 octobre 2025, le candidat Lionel Bieder, à la tête de la liste « Thionville, le Renouveau par l’Audace », a eu la bonne idée de faire un détour par l’INPI (Institut national de la propriété intellectuelle). Et là, il a tranquillement déposé la marque « Thionville au Cœur, le Renouveau par l’Audace ».
Traduction : officiellement, le nom de la liste du maire… appartient à son adversaire.
Comme on dit dans le jargon politique : c’est ballot.
« Ce n’est pas très pro »
Lionel Bieder explique la situation avec un calme presque pédagogique : « Dans mon travail, j’ai l’habitude de protéger les marques. Je l’ai donc fait quand je me suis engagé dans cette campagne. Je ne comprends pas que Pierre Cuny ne l’ait pas fait. Ce n’est pas très pro. »
En résumé : quand on gère une ville dont le budget de fonctionnement est de 62 M€, on pense à tout… même aux détails.
Lionel Bieder évoque les deux ponts du BHNS où deux bus ne peuvent pas se croiser, ou encore le parking-silo près de la gare, qui reste désespérément vide alors que des centaines de voitures sont éparpillées aux alentours.
« Tout cela est mal évalué, mal pensé et coûte cher aux contribuables thionvillois », ajoute-t-il, pointant ce qu’il décrit comme une succession d’annonces spectaculaires, mais parfois un peu moins efficaces dans la vraie vie.
Et maintenant, on fait quoi ?
D’un point de vue juridique, la situation devient presque digne d’un épisode de série administrative : si la marque est protégée, le maire et ses colistiers ne devraient théoriquement pas pouvoir utiliser « Thionville au Cœur ». Ni sur les tracts, ni sur les affiches, ni sur internet, ni même sur les bulletins de vote.
Si Lionel Bieder décidait d’appliquer strictement le droit de la propriété intellectuelle… faudrait-il refaire les élections ? Pour l’instant, personne ne sait.
Mais une chose est sûre : à Thionville, la campagne municipale vient de prouver qu’en politique, il faut avoir du cœur, mais aussi le sens des réalités.
