Edition du vendredi 17 novembre 2017

Quand la CIA espionnait les élections françaises de 2012

C’est une petite bombe que vient de lâcher WikiLeaks, le site fondé par le lanceur d’alertes Julian Assange. Trois documents secrets de la CIA attestent de l’espionnage des partis et des candidats à la présidentielle de 2012.

Voici ce qu’écrit le site lanceur d’alertes. La lettre de mission de la CIA pour l’élection présidentielle française de 2012

document révélé par WikiLeaks

document révélé par WikiLeaks

« Des services d’espionnage humain (HUMINT) et numérique (SIGINT) de la CIA ont tenté d’infiltrer tous les grands partis politiques français dans les sept mois précédant l’élection présidentielle de 2012. Ces révélations sont contenues dans trois ordres de mission publiés aujourd’hui par Wikileaks comme contexte aux prochaines séries « Vault 7 » de la CIA. Sont nommément ciblés le PS, le FN, l’UMP, François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn.

« Sarkozy l’Américain »

« La CIA pensait que l’UMP n’était pas assurée de la réélection de Nicolas Sarkozy. Des demandes spécifiques ont été faites au sujet de son parti, dont : l’obtention des “Plans stratégiques de l’élection” de l’UMP, les alliances et les ruptures en cours dans l’équipe dirigeante de l’UMP, les réactions de membres de l’UMP aux stratégies de campagne de Nicolas Sarkozy, les discussions au sein de l’UMP au sujet de toutes les “ce qui était perçu comme une possibilité de perdre le pouvoir” après l’élection, les tentatives de changement de la mission idéologique du parti et enfin les discussions à propos du soutien de Sarkozy à l’UMP et à “l’importance qu’il accorde au maintien de la domination du parti”. Des instructions spécifiques chargeaient les officiers de la CIA de découvrir dans des discussions privées de Sarkozy ce qu’il pensait “des autres candidats” ainsi que la manière dont il interagissait avec ses conseillers. Le fait que Sarkozy se soit lui-même nommé “Sarkozy l’américain ne l’a pas protégé de l’espionnage américain durant les élections de 2012 ou sa présidence.

Document révélé par WikiLeaks

Document révélé par WikiLeaks

« L’ordre de mission “Plan stratégique électoral des candidats et des partis politiques de l’opposition” qui a ciblé François Hollande, Marine Le Pen et d’autres membres de l’opposition nécessitait d’obtenir les stratégies électorales des partis d’opposition, d’obtenir des informations sur les dynamiques internes du parti et sur ses leaders en devenir, des efforts pour influencer et mettre en œuvre des décisions politiques, l’aide de hauts fonctionnaires, de figures du gouvernement ou d’hommes d’affaires, des vues sur les États-Unis, des efforts pour atteindre d’autres pays dont l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Libye, Israël, la Palestine, la Syrie et la Côte d’Ivoire, ainsi que des renseignements sur le financement du parti et du candidat.

Durant 10 mois

logo-wikiLeaks

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Deux parties de l’ordre de mission : “Quels politiques promeuvent-ils afin d’accélérer la croissance économique de la France” et “Quelles sont leurs opinions sur le modèle allemand d’amélioration de la balance extérieure” résonnent avec la consigne d’espionnage américain de la même année. Cette demande nécessitait d’obtenir des détails sur chaque contrat d’exportation de 200 millions de dollars ou plus. La lettre de mission demandait de déterminer l’attitude des candidats face à la crise économique européenne, à partir de leur position sur la crise de la dette grecque, et de la vulnérabilité de l’État français et des banques face à un défaut grec, et des “propositions et recommandations spécifiques” sur l’attitude à adopter face à la “crise de l’euro-zone”.

Les lettres de mission de la CIA publiées aujourd’hui sont classifiées et réservées à des yeux américains seulement (“NOFORN”) du fait de “sensibilités amicales”. Les ordres exigent que les informations collectées soient destinées à soutenir les activités de la CIA, de la section européenne de l’agence de renseignement de défense (DIA), ainsi que la section de recherche et de renseignement du ministère américain des affaires étrangères. L’Opération s’est déroulée durant 10 mois, du 21 novembre 2011 au 29 septembre 2012, notamment durant l’élection présidentielle française d’avril et mai 2012, et plusieurs mois après la formation du nouveau gouvernement. »

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