Transition énergétique et enseignement supérieur : un séminaire riche en idées

L’événement Energy Clustering Event

Une conférence passionnante (photo Université de Lorraine)
Une conférence passionnante (photo Université de Lorraine)

L’European University Association – EUA (l’équivalent de la Conférence des Présidents d’Université à l’échelle européenne) à travers sa Plateforme sur l`Energie et l`Environnement (EUA-EPUE) et en collaboration avec l’Université de Lorraine, la Conférence des présidents d’université et InnoEnergy, a organisé les 21 et 22 mars l’événement « Universités européennes pour un avenir énergétique propre : éducation interdisciplinaire, formation et recherche », qui a rassemblé 28 intervenants qui ont délivré leur point de vue, leur vision et débattu des évolutions et changements de paradigme dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche sur l’énergie avec la perspective de la transition. On comptait parmi eux :
• des intervenants du monde académique de divers horizons, issus des sciences physiques et technologiques ou des sciences humaines et sociales ;
• la KIC (Knowledge and Innovation Community ) InnoEnergy , qui forme des étudiants de master et des doctorants à l’entreprenariat et l’innovation dans le domaine de l’énergie, qui a témoigné d’un fort investissement tourné vers l’humain, basé sur le principe qu’une entreprise recrute une personne et non un diplôme ;
• des intervenants de l’Université de Lorraine ont démontré que le défi « Energies du futur » est réellement interdisciplinaire ;
• des intervenants industriels (Total et Arcelor Mittal) qui ont permis de souligner les besoins de formation et de recherche, notamment dans la capture, le stockage et la réutilisation du carbone, ainsi que dans la récupération et la valorisation de la chaleur fatale.

Des recherches et des formations avec davantage de pluridisciplinarité
L’ensemble des interventions a très clairement montré la nécessité d’accroitre la pluridisciplinarité des étudiants en master (et ingénieur pour le système français) et des doctorants. Un véritable programme de formation pluridisciplinaire à destinations des doctorants dans le domaine de l’énergie permettrait d’accroitre leur employabilité et leur niveau d’emploi.
Le rapport édité par l’EUA dans le cadre du projet UNISET, intitulé Energy Transition and the Future of Energy Research, Innovation and Education: An Action Agenda for European Universities, fruit de la collaboration d’une quarantaine d’universités européennes, donne les grandes lignes de ces nouveaux concepts ainsi que les compétences jugées nécessaires dans différents domaines de l’énergie, selon un référentiel technique, économique, social et politique.

Un questionnement sur le rôle de l’éducateur

Le rôle de l’éducateur au sens classique (cours, TD, TP en présence des étudiants) a été largement questionné, ainsi que la façon même d’enseigner.
Une vision systémique doit impérativement être conférée aux étudiants. Par exemple, le sujet des énergies renouvelables joui d’un fort engouement mais il ne suffit pas de former aux technologies (éoliennes, solaires, biomasse, géothermie, etc.). Encore faut-il le considérer dans un contexte plus global et former en même temps aux problèmes liés à leur intégration dans le mix énergétique, le réseau électrique en particulier, au stockage de l’énergie, aux marchés de l’énergie et à la l’insertion de ces ressources dans les territoires, sans oublier les problématiques de confiance des citoyens en ces nouvelles sources d’énergie.
Pour accroitre cette vision systémique et la motivation des étudiants (et apprendre à utiliser des connaissances disponibles par ailleurs), certaines universités n’hésitent pas à introduire dans la formation (en master en particulier) des études de cas réels ou encore des défis (problèmes larges dont la solution n’est pas connue à priori) qui incluent de multiples dimensions (scientifiques, technologiques et sociétales), en collaboration avec l’industrie ou d’autres organes de la société civile, quitte à les agrémenter de cours sous forme digitale, de séminaires ou de conférences. Certaines d’entre elles, comme aux Pays Bas, poussent le curseur très loin en ne basant leurs masters que sur des études de cas et des défis, sans oublier l’importance de la formation tout au long de la vie dans un domaine comme l’énergie qui subit une forte évolution.

Une coopération indispensable entre l’université et d’autres parties prenantes

L’implication directe de l’industrie dans la définition des formations, la fourniture d’études de cas et la participation aux défis énergétiques du futur semblent susciter une forte adhésion, de même que le développement de relations entre l’université, les étudiants et la société civile. Par exemple, une collectivité pourrait vouloir relever le défi de réduire de 20% de ses émissions d’ici 5 ans…
De même, l’utilisation des campus comme lieu d’expérimentation de la transition énergétique, impliquant enseignants et étudiants, semble une idée répandue et très développée en Europe : c’est même très souvent une volonté des instances de gouvernance des universités.

Une identification des barrières à vaincre et des opportunités pour les universités

Certaines lignes sont difficiles à faire bouger. Le financement des périodes de transition peut être difficile à mettre en œuvre. La reconnaissance de la pluridisciplinarité pour les enseignants-chercheurs, l’acculturation de nouveaux modes pédagogiques ou encore les difficultés liées à l’accréditation des formations sont encore en pleine évolution.

Cependant, la coopération européenne entre universités est une véritable opportunité, que nous devons continuer à encourager.



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