France
Partager
S'abonner
Ajoutez IDJ à vos Favoris Google News

Bruit des éoliennes : inaudibles mais non inoffensifs

La conférence Unheard but not Harmless* organisée au Parlement européen le mardi 24 mars 2026 a été un succès. L’Europe est appelée à définir les normes de mesure du bruit éolien.

un parc éolien à Aumelas (34) photo Simon Popy)2
Parc éolien d’Aumelas (34) -photo Simon Popy-

La conférence Unheard but not Harmless (« Inaudibles, mais non inoffensifs »), organisée au Parlement européen, a réuni chercheurs, représentants de la Commission européenne et acteurs de l’industrie éolienne autour d’un constat alarmant : les méthodes actuelles de mesure du bruit des éoliennes sont insuffisantes, et les populations riveraines insuffisamment protégées.

Des infrasons sous-estimés, des outils de mesure dépassés

Le Professeur Ken Mattsson, de l’Université d’Uppsala (Suède), et la Docteure Ursula Maria Bellut-Staeck, de l’Université d’Halifax (Canada), ont présenté leurs travaux devant un parterre d’experts et d’élus. Leurs conclusions sont sans appel.
Les modèles numériques utilisés aujourd’hui pour évaluer les infrasons éoliens — ces sons de très basses fréquences, imperceptibles à l’oreille humaine — reposent sur une physique simplifiée qui ne correspond pas à la réalité. Ces ondes se propagent sur de longues distances, traversent aisément les matériaux et créent des résonances dans les structures comme dans les corps vivants. Résultat : les méthodes en vigueur sous-estiment systématiquement l’amplitude réelle de ces signaux.
Autre distinction fondamentale : si les infrasons naturels — ceux produits par les vagues, par exemple — sont réguliers et prévisibles, ceux générés par les éoliennes sont irréguliers, pulsés et variables. C’est précisément cette structure temporelle qui les rend potentiellement nuisibles pour les organismes vivants, et non leur seule intensité.
Enfin, contrairement au bruit audible, les infrasons ne s’atténuent pas rapidement avec la distance, ce qui signifie qu’ils peuvent affecter des personnes et des animaux bien au-delà des périmètres réglementaires actuels.

Des effets biologiques documentés

Sur le plan médical, les travaux présentés mettent en cause un mécanisme fondamental du vivant : la mécanotransduction, par lequel les organismes convertissent des forces physiques en signaux biologiques. Les basses fréquences persistantes ou impulsives émises par les grandes éoliennes industrielles interféreraient avec ce mécanisme, avec des répercussions documentées sur la pression artérielle, la fonction cardiaque et la fertilité — avec une variabilité selon la sensibilité des individus, qu’il s’agisse d’êtres humains, de faune sauvage ou de biomasse.
Ces conclusions appellent, selon les chercheurs, à une réévaluation complète des impacts médicaux des éoliennes à la lumière de ces nouvelles données.

La France, un vide réglementaire préoccupant

Si les normes nationales en vigueur dans les autres États membres de l’Union européenne sont jugées insuffisantes, la situation française apparaît singulièrement problématique. En France, il n’existe à ce jour aucune norme réglementaire homologuée pour mesurer le bruit des éoliennes.
Les études acoustiques préalables aux autorisations préfectorales s’appuient sur des références hétérogènes et non opposables : la norme générale NFS 31-010, un projet de norme NFS 31-114 jamais homologué, et des protocoles annulés par le Conseil d’État en 2024. Les contrôles acoustiques reposent eux-mêmes sur ce projet de norme sans valeur juridique.
Cette situation a conduit le ministère à recommander, dans une fiche Aïda du 14 octobre 2024, de présenter les résultats de mesures selon deux méthodes différentes — aveu implicite d’une absence de base juridique solide. Une incohérence qui fragilise la légalité des autorisations délivrées et prive les riverains de toute garantie effective.

Un appel au Parlement européen

La conférence s’est tenue en lien direct avec la Pétition bruit éolien N°0482/2021, approuvée à l’unanimité par la Commission PETI du Parlement européen le 25 septembre 2025. Les débats, ouverts et contradictoires, n’ont pas donné lieu à de contestation sérieuse sur le fond : les méthodes actuelles ne protègent pas suffisamment les populations.
La conclusion politique est claire. Face à l’inaction de la Commission européenne, les participants appellent le Parlement à s’emparer du dossier par tous les moyens législatifs disponibles : mission d’enquête, résolution, rapport d’initiative. L’objectif : aboutir à une norme de mesure européenne homologuée, qui permette notamment à la France de disposer enfin d’un cadre juridique solide — tel que celui proposé à la Commission mixte du Conseil national du Bruit le 12 septembre 2024.
Le titre de la conférence résume à lui seul l’enjeu : les infrasons éoliens sont inaudibles — mais ils ne sont pas inoffensifs. Et le silence politique qui les entoure non plus.

Pour en savoir plus, le dossier de Vent de Colère

 

Europe France