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Pourquoi le rugby n’a pas réussi à s’imposer en Allemagne ?

Factuel Le Mag « sport,cité, université » de l’Université de Lorraine s’est intéressé au rugby en Allemagne. Franz Kuhn, doctorant en Études germaniques en cotutelle au CEGIL et en Histoire à l’Université de la Sarre (Sarrebruck) a soutenu une thèse intitulée : « Le rugby-football – une histoire sociale et culturelle. »Synthèse.

Rugby :Allemagne contre Belgique
Allemagne contre Belgique (photo Factuel Le Mag « Sport, cité, université »)

Il peut paraître étonnant que l’Allemagne, dont la Mannschaft connue à l’échelle internationale pour ses exploits footballistiques, ne figure toujours pas parmi les grandes nations du rugby – un autre sport de ballon animé par le même esprit collectif. Les efforts financiers récemment déployés par Hans-Peter Wild, l’ancien mécène du rugby allemand et actuel propriétaire du club parisien Stade français ne semblent pas pouvoir inverser le cours des choses : le rugby reste un sport marginal outre-Rhin. L’une des hypothèses qui pourrait être émise à ce propos concerne la nature même du football qui, contrairement au rugby, est un sport en apparence plus facile à pratiquer, les règles étant moins complexes et une équipe ne comptant que onze joueurs contre quinze pour le rugby. Pour autant, le cas de la France, où le Top 14 figure parmi les meilleurs championnats au monde, tend à montrer qu’une cohabitation entre le football et le rugby est tout à fait possible.

Une stagnation dès les années 1890

Partant de cette dissymétrie, il s’avère particulièrement fructueux d’établir une comparaison entre la France et l’Allemagne car elle fournit plusieurs éléments d’interprétation : lorsqu’à la fin du XIXème siècle, les sports britanniques s’apprêtent à conquérir le continent européen, le rugby-football est d’abord pratiqué par des lycéens majoritairement issus de milieux bourgeois et urbains.
Suivant l’exemple de leurs homologues anglais, Allemands et Français créent alors les premiers clubs dans les années 1870/80 : à Heidelberg (1872/74), Hanovre (1878) et Francfort-sur-le-Main (1880) pour les premiers et à Paris (1882/83) ainsi qu’à Bordeaux (1889) pour les seconds.
En France, cette discipline sportive jouit rapidement d’une forte popularité : elle gagne les régions du Sud-Ouest tout en profitant d’un climat de rivalité affichée vis-à-vis des clubs parisiens. L’adoubement du rugby hexagonal a ensuite lieu lorsque le XV de France est appelé à affronter les grandes nations du rugby, telles que les All Blacks ou les sélections britanniques dans le cadre du tournoi des Cinq Nations.
Quant aux rugbymans allemands, ils n’ont jamais été conviés par les Britanniques à rencontrer les joueurs de ces pays. En effet, l’évolution du rugby allemand fait état d’une stagnation dès les années 1890. Il convient à ce propos de préciser que la communauté rugbystique doit faire face à davantage de préjugés et rencontre bien plus d’hostilité qu’en France.
Par ailleurs, les très influents gymnastes s’opposent farouchement à la pratique généralisée d’un sport qu’ils qualifient d’étranger et de dangereux. Durant les années 1920, la fédération allemande tente toujours de se défaire de l’image négative dont souffre le rugby en encourageant les clubs et les joueurs à pratiquer un jeu perçu comme plus esthétique et susceptible d’attirer plus de spectateurs. Toutefois, on note à ce niveau un paradoxe. De fait, les dirigeants continuent parallèlement à faire preuve de scepticisme lorsqu’il s’agit d’en faire un sport populaire à l’instar du football. Force est donc de constater qu’une véritable massification et une ouverture sociale de cette discipline sportive vers les milieux populaires n’a pu avoir lieu à cette époque.

Des échanges sportifs multipliés après la guerre

Les relations rugbystiques entre les deux pays s’intensifient pourtant par la suite. À partir de 1926 débute en effet une autre phase de leur histoire commune, qui est le résultat d’une configuration politique et sportive particulière durant l’entre-deux-guerres. Encouragées par « l’esprit de Locarno », c’est-à-dire par la politique de détente entre les ex-belligérants, les fédérations allemande et française s’accordent pour multiplier les échanges sportifs. L’exclusion de la France du tournoi des Cinq Nations en 1931 contribue en outre à cette situation. Ainsi, entre 1927 et 1938, les deux sélections s’affrontent au moins une fois par an. En 1934, l’Allemagne figure même parmi des pays fondateurs de la Fédération Internationale de Rugby Amateur (FIRA).
Toutefois, malgré cet épisode d’échanges plus nourris, qui donna l’occasion aux clubs allemands d’améliorer leur niveau de jeu, le rugby ne parvient toujours pas à mobiliser les masses. Ajoutons que la victoire de l’Allemagne lors de la Coupe du monde de football en 1954 ainsi que le succès populaire et économique de la Bundesliga n’ont certainement pas permis à ce sport de tradition de rattraper son retard outre-Rhin durant la seconde moitié du XXe siècle.

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