Les 30 membres de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public se retrouveront lundi 27 avril à l’Assemblée pour décider ou non de publier le rapport.

Par Célia Ferrent
Au terme de six mois de travaux et de près de 70 auditions, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, extrêmement médiatisée et marquée par plusieurs polémiques, touche à sa fin. Les membres de la commission se retrouveront lundi 27 avril à 14 h 30 pour décider ou non de publier le rapport.
La commission avait été réclamée par le parti d’Éric Ciotti dans la foulée d’une vidéo montrant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen en pleine discussion privée dans un restaurant avec des responsables du PS, dont le contenu a nourri des accusations de partialité en faveur de la gauche.
Si la commission a été présidée par le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, le rapport a été rédigé par le rapporteur Charles Alloncle (UDR, Union des droites pour la République).
Un rapport-choc d’environ 400 pages
Depuis jeudi 23 avril, les députés membres de la commission lisent dans une salle sécurisée de l’Assemblée nationale les quelque 400 pages du rapport. Le cadre est strict : un administrateur du Palais-Bourbon s’assure qu’on ne s’enfuit pas avec le document et qu’il n’y a pas de captation vidéo ou photographique. Seule la prise de notes manuscrite ou sur ordinateur est autorisée.
Le rapport comporte près de 80 mesures, dont les principales, révélées par des fuites, sont les suivantes :
Sur la structure des chaînes et radios
La suppression de France TV Slash et de la chaîne France 4, dédiées aux publics jeunes. France 5 et France 2 seraient fusionnées au profit d’une « grande chaîne généraliste », tandis que franceinfo et France 24 seraient aussi refondues dans une seule entité. Côté radio, Charles Alloncle suggère de supprimer Mouv’, l’antenne de Radio France dédiée au hip-hop, ainsi qu’un des deux orchestres de Radio France.
Sur les finances
Les mesures viseraient à dégager plus d’un milliard d’euros d’économies, soit un quart des crédits alloués par l’État à l’audiovisuel public. Charles Alloncle préconise d’utiliser ce milliard pour doubler le programme budgétaire consacré à l’entretien du patrimoine et pour le désendettement de l’État. Il souhaite également réduire de trois quarts le budget des jeux et divertissements de France Télévisions, et d’un tiers le budget des sports du groupe.
Sur la gouvernance
Il propose de revenir à une nomination des dirigeants de France Télévisions et Radio France par le président de la République, après avis du Parlement et avis « conforme » de l’Arcom, le régulateur.
Sur la neutralité
Un volet des mesures concerne « l’impartialité et la neutralité » des salariés de l’audiovisuel public. Il leur serait demandé des engagements en ce sens, dans leur expression publique, même en dehors de leurs fonctions. Les figures de premier plan devraient se soumettre à un « devoir de réserve renforcé ».
Un vote incertain et un rapport très contesté
Un vote négatif est rarissime, mais les tensions qui ont émaillé les travaux et les premières réactions des parlementaires aux conclusions écrites de Charles Alloncle rendent tout pronostic délicat. La députée PS Ayda Hadizadeh a annoncé qu’elle voterait contre, qualifiant le rapport de « tissu de mensonges, d’approximations et de diffamations« .
Certains élus sont en plein doute : « Ce rapport ne veut qu’une chose : fragiliser l’audiovisuel public pour le faire disparaître. C’est une attaque frontale. » Un député du bloc central a rétorqué que la proposition de retour à la nomination présidentielle des dirigeants équivaut à « un retour à l’ORTF », soit une mise sous tutelle gouvernementale de l’audiovisuel.
Le rapporteur a concentré les critiques pour ses méthodes qualifiées d' »inquisitoriales », mais il s’est taillé un franc succès auprès des pourfendeurs de l’audiovisuel public.
Que se passe-t-il si le rapport est rejeté ?
Seuls les rapports de commission ayant été adoptés sont numérisés puis mis en ligne sur le site de l’Assemblée nationale. Dans le cas contraire, ils sont archivés et ne font pas l’objet de débats plus larges. Il est par ailleurs interdit de parler du contenu pendant 25 ans : toute personne qui divulgue des informations relatives à des travaux parlementaires non-publics s’expose à une peine allant jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.
La Macronie, par l’intermédiaire de Yael Braun Pivet, s’en prend à l’excellent travail du rapporteur de la commission sur l’audiovisuel public Charles Alloncle !
Soutenons tous @CHAlloncle face au système ! ✊🏻👊🏼 pic.twitter.com/5SDZipqwA8
— Bleu Blanc Rouge ! 🇫🇷 (@LBleuBlancRouge) April 24, 2026
Charles Alloncle, le rapporteur de la commission sur l’audiovisuel public révèle que le président de la commission est un Macroniste qui a été jusqu’en 2024 administrateur de Radio France et actuellement administrateur de France Média Monde.
La question est posée :
Est-ce normal… pic.twitter.com/hlLDeUMMDK— Jon De Lorraine (@jon_delorraine) April 23, 2026