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« La Poupée » libérée

Conte des temps modernes, le premier film de Sophie Beaulieu est une comédie artificielle sur l’émancipation féminine, avec Cécile de France, Zoé Marchal et Vincent Macaigne.

Vendeur de faux gazon, Rémi (joué par Vincent Macaigne) craque pour sa nouvelle collègue (incarnée par Cécile de France).

« Ma femme est une poupée » : ce n’est pas facile à dire à ses collègues de bureau, il vaut mieux leur faire croire qu’elle fait du parapente. C’est ainsi que s’en sort Rémi (joué par Vincent Macaigne), commercial chez « Gazonzon », personnage du premier long-métrage de Sophie Beaulieu, « La Poupée » (sortie le 22 avril). Lorsqu’il rentre dans son chalet, où l’attend sa femme/poupée, Rémi dîne d’un plat au micro-ondes puis s’endort dans le canapé devant un documentaire historique, aux côtés d’Audrey, sa compagne en silicone au corps moulé à l’effigie de  Zoé Marchal.

« Je n’ai pas fait du tout un film d’anticipation, c’est une poupée qui revient à la vie, qui devient organique, c’est une fée en fait », confiait la réalisatrice Sophie Beaulieu aux Rencontres du Cinéma de Gérardmer, où son film était présenté en avant-première. Si elle s’est inspirée d’un reportage consacré à ces hommes vivant avec une poupée à taille humaine, la cinéaste voulait donner la parole à celle-ci, cette créature devenue soudainement très vivante lorsque son Rémi est troublé par une nouvelle collègue aux cheveux bouclés, Patricia, jouée par Cécile de France.

« Patricia est une femme libre, elle ne juge pas et n’a pas peur du jugement. J’aimais bien son côté décalé, sa tenue anticonformiste, elle a quelque chose d’une femme authentique, cash », disait Cécile de France à Gérardmer. Audrey la poupée qui, sans prévenir, s’éveille à l’existence humaine a, elle, tout à découvrir. Dépassé par cette libération imprévue, Rémi recherche d’abord le manuel d’utilisation d’Audrey dans le tiroir, avec celui de l’aspirateur ; la rapporte à l’usine puis la garde auprès de lui lorsqu’il la retrouve allongée sur son vrai gazon. C’est exactement la même qu’avant mais en vrai, et toujours « programmée pour l’aimer ».

« La comédie permet de ne pas juger »

Rémi a le coeur qui balance entre sa « poupée » (Zoé Marchal) et l’humaine Patricia (Photo Renaud Konopnicki).

« Au contact d’Audrey et de Patricia, Rémi évolue, il a envie que sa poupée s’émancipe », précise Sophie Beaulieu, qui a conçu un personnage masculin finalement plutôt fragile, vulnérable. Tandis qu’Audrey la virtuelle s’humanise, l’humaine Patricia fait la poupée, s’habille chic et se maquille pour plaire à des clients, et la mère de Rémi (Marianne Basler) a elle aussi tout de la poupée refaite par son mari chirurgien esthétique (Gilbert Melki). « Les femmes ont aussi une responsabilité dans ce rapport aux hommes, à la séduction, nous avons tous et toutes à évoluer », estime Sophie Beaulieu. « Ce n’est pas facile de se libérer, on est imprégnées, libérons-nous ensemble », ajoute Cécile de France.

« La comédie permet de ne pas juger, j’aime bien l’idée de ne pas être cynique », assure la réalisatrice qui a tourné ce conte des temps modernes dans le Jura, avec la volonté de « désamorcer » le fantasme de la femme-objet. Mais si elle a créé un univers artificiel, la poupée, le faux gazon, le silicone et le synthétique, la comédie est tout aussi artificielle et ne fera pas avancer le débat sur les rapports hommes-femmes.

Patrick TARDIT

« La Poupée », un film de Sophie Beaulieu, avec Cécile de France, Zoé Marchal, et Vincent Macaigne (sortie le 22 avril).

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