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Macron, Le Maire, Roux de Bézieux oseront-ils venir à Hambach ?

Point-de-vue– L’ancien secrétaire d’Etat au Budget constate les bonnes décisions prises par le chef de l’Etat pour freiner les conséquences de la crise économique provoquée par le Covid mais s’étonne de la baisse de certains impôts en faveur des entreprises qui ne jouent pas le jeu, comme Daimler, à Hambach, en Moselle.

Christian Eckert, ancien secrétaire d'Etat au Budget (DR)
Christian Eckert, ancien secrétaire d’Etat au Budget (DR)

par Christian Eckert

La crise sanitaire a plongé notre pays (comme le reste du monde) dans une crise économique profonde. Les scientifique et les historiens se déchireront pour dire s’il fallait ou non confiner, s’il fallait le faire partout, s’il fallait le faire plus tôt ou plus longtemps…. Je n’ai pas la prétention de participer à ce débat.
Ce qui est incontestable, c’est que la crise sanitaire a entrainé une crise économique et donc une crise sociale majeure. Tout le monde comprend qu’il faut la combattre, en particulier pour éviter que les plus fragiles n’en subissent les effets. Et c’est donc tout de suite qu’il faut agir. Car cet été est très dur pour l’économie, et il n’est pas sûr que l’automne soit plus clément. Si le virus était éradiqué, l’année 2021 devrait retrouver des niveaux d’activités bien meilleurs.

Soutiens immédiats et massifs

Ce long préambule pour affirmer que les soutiens à l’économie doivent être immédiats et massifs. Peu enclin à approuver la présidence Macron, j’ose pour une fois (je promets de ne pas abuser) constater que de bons leviers ont été utilisés : chômage partiel, garanties d’emprunts, reports de cotisations ou d’impôts… On pourrait pinailler sur tel ou tel point. Mais l’urgence a commandé des mesures massives à effet rapide. Leur durée et leur ampleur devront coller à l’évolution mesurée sur le terrain.
Le coût (énorme) de ces dispositions de crise sera opportunément cantonné dans une « CADES » élargie pour en permettre l’étalement et ne pas fausser l’analyse de nos comptes publics. Soit. Il sera temps de reparler de son financement.

Diarrhée de milliards

Mais dans la diarrhée de milliards qui vient combler les trous béants causés par le tout petit virus, il faut distinguer les mesures d’urgence dont j’ai salué la pertinence et les mesures pérennes qui ne sauraient être présentées comme une réponse à la crise. Les premières seront amorties dans le temps… Les secondes devront tous les ans être remplacées ou généreront encore plus de désengagement de services publics.

Le dernier « coup » des impôts de production dont le MEDEF fait un totem depuis des années est à ce stade révélateur. Le ministre Le Maire annonce une baisse de 10 milliards PAR AN des impôts de type CVA (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises). Outre que l’effet ne se mesurera au mieux que dans un an, ce type de décision ne devrait pas se prendre dans un amalgame malsain. Pour ne pas dire en catimini. 10 milliards par an, c’est plus que les conséquences du Ségur de la santé présenté comme une révolution !

L’exemple d’Hambach

Je suis à ce propos interpellé par l’exemple de l’usine Daimler à Hambach (en Lorraine), site de production de la petite voiture SMART : Les salariés y ont consenti d’importants efforts pour garantir la compétitivité de leur usine. En octobre 2016, après des mois de négociation, ils avaient accepté -sous la contrainte – de travailler sur un rythme de 39 heures payées 37 heures.
Fin 2018, les élus locaux ont consenti, pour favoriser l’extension de l’usine, de baisser de 30% le taux de la taxe foncière. L’entreprise économisait plus d’un million d’Euros PAR AN. Il y a quelques jours, Daimler annonçait froidement et brutalement renoncer à produire sa nouvelle SMART électrique à Hambach et mettre en vente l’usine.
Pendant ce temps, à la télévision, le Président déclarait le 14 juillet préférer des baisses de salaire à des licenciements. Son ministre annonçait une diminution de 10 milliards PAR AN des impôts de production (la taxe foncière en fait partie). Et à l’issue d’une rencontre avec les dirigeants de Daimler, le même Ministre déclarait hier « il sera difficile de faire changer d’avis à Daimler ».
Ce tout petit virus a bon dos. Et certains en profitent… Toujours les mêmes….

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