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Mercosur : Colère agricole et tensions politiques après la décision surprise de Bruxelles

La décision de la Commission européenne d’appliquer provisoirement l’accord de libre-échange avec le Mercosur provoque une onde de choc en France. Entre manifestations au Salon de l’agriculture et réaction ferme d’Emmanuel Macron, la séquence illustre les fractures persistantes autour de ce traité controversé.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commision européenn (wikipédia)
Ursula von der Leyen, présidente de la Commision européenn (wikipédia)

Une annonce qui met le feu aux poudres

C’est une initiative d’Ursula von der Leyen qui a mis le feu aux poudres. La présidente de la Commission européenne a annoncé l’application provisoire de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, regroupant plusieurs grandes économies d’Amérique du Sud.

Une annonce jugée précipitée par de nombreux acteurs politiques et agricoles, d’autant qu’elle intervient avant la décision de la Cour de justice de l’Union européenne sur la validité juridique de l’accord et sans vote préalable du Parlement européen.

Manifestation tendue au Salon de l’agriculture

La réaction ne s’est pas fait attendre. Ce vendredi 27 février, une cinquantaine d’agriculteurs issus de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs ont manifesté au Salon international de l’agriculture à Paris.

Rassemblés devant le stand de l’Union européenne dans le hall 1, les manifestants ont exprimé leur colère par des actions symboliques et bruyantes : pétards, chaises renversées, mobilier déplacé. Pour Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, la méthode employée par Bruxelles relève d’un véritable « déni de démocratie. »

Les syndicats dénoncent un passage en force, alors même que les inquiétudes du monde agricole restent vives face à la concurrence potentielle des productions sud-américaines.

Macron dénonce une « mauvaise surprise »

Présent à Paris aux côtés du Premier ministre slovène Robert Golob, Emmanuel Macron a fait semblant d’être mécontent. Le chef de l’État a qualifié la décision de Bruxelles de :

  • « mauvaise surprise » pour la France
  • « mauvaise manière » à l’égard du Parlement européen

Selon lui, la Commission a pris une initiative lourde de conséquences. « La Commission européenne a fait le choix unilatéral d’appliquer provisoirement l’accord avec le Mercosur, alors même que le Parlement européen ne l’a pas voté. Elle assume ainsi une très lourde responsabilité. »

Une inquiétude persistante dans le monde agricole

Le président français a insisté sur l’impact politique et social de cette décision. Elle constitue, selon lui, une responsabilité vis-à-vis des agriculteurs européens, elle est source d’incertitude supplémentaire pour un secteur déjà fragilisé, elle exprime un manque de respect envers les représentants démocratiques européens.
Dans un contexte où les normes environnementales et sanitaires imposées aux producteurs européens se sont durcies ces dernières années, Emmanuel Macron a réaffirmé une ligne rouge : « Je ne défendrai jamais un accord qui est laxiste à l’égard de ce qu’on importe et dur à l’égard de ce qu’on produit chez nous. »
L’ennui c’est qu’il a changé plusieurs fois d’idée à propos du Mercosur.

Enjeu : la souveraineté agricole européenne

Au-delà du bras de fer institutionnel, l’exécutif français entend désormais peser sur la suite du processus. Paris promet d’être « intraitable » sur le respect des règles encadrant les échanges agricoles avec le Mercosur.
En filigrane, c’est la question de la souveraineté alimentaire européenne qui ressurgit — un thème devenu central dans le débat politique depuis les crises agricoles successives.
L’accord UE-Mercosur, négocié depuis plus de vingt ans, apparaît plus que jamais comme un test politique majeur pour l’équilibre entre ouverture commerciale et protection des modèles agricoles européens.

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