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« Love on trial », l’idole amoureuse

Le cinéaste Kôji Fukada évoque le patriarcat de la société japonaise, et une forme d’oppression imposée aux jeunes artistes pop, des poupées manipulées dont l’image est contrôlée et auxquelles est interdit toute relation amoureuse.

Kyoko Saito, qui faisait partie d’un groupe de pop adolescente, incarne Mai, jeune chanteuse et danseuse de Happy Fanfare.

« Etre idole, ce n’est pas être employée de bureau », dit une ancienne idole, désormais chargée de former les nouvelles et jeunes artistes, dans « Love on trial » réalisé par Kôji Fukada (sortie le 25 mars). Le cinéaste japonais (« Harmonium », « L’infirmière », « Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis », « Love life »…) y évoque d’abord l’univers de ces groupes de jeunes filles, chanteuses et danseuses de pop adolescente dans des shows bien réglés. Mai (incarnée par Kyoko Saito, qui faisait justement partie d’un tel groupe) est ainsi l’une des membres de Happy Fanfare, de jeunes stars adulées.

Dans leurs robes multicolores, ce ne sont en fait que des poupées manipulées, dont l‘image et la vie sont contrôlées par une industrie à l’organisation méthodique. Accessibles aux fans (essentiellement masculins) et followers lors de rencontres monnayées et chronométrées, elles incarnent un fantasme idéalisé. Ces jeunes demoiselles qui travaillent dur sont censées rester « pures et innocentes » ; soumises à des règles strictes, une clause de célibat est incluse dans leur contrat, elles n’ont pas le droit de sortir seule avec un garçon, et encore moins d’avoir une relation amoureuse, alors que leur répertoire est essentiellement composé de chansons d’amour.

Une prison dorée

Dans leurs robes multicolores, les jeunes demoiselles travaillent dur et sont soumises à des règles strictes.

Mai croise pourtant un ancien camarade de collège, Kei (Yuki Kura), désormais artiste de rue, magicien, jongleur, mime… qui apporte de la poésie dans ce monde clinquant. Dans une jolie séquence, le mime fait semblant d’être coincé derrière une porte imaginaire tandis que Mai fait une vidéo à ses fans. Kei habite dans sa voiture, mais il est autonome, libre, tandis que tout de la carrière de Mai est décidé par producteurs. Mais un soir elle s’échappe de sa prison dorée, pour rejoindre son désormais amoureux.

On les retrouve des mois plus tard, au tribunal, lors d’un procès intenté par l’agence artistique de Happy Fanfare, qui leur réclame des millions d’indemnités. Plusieurs idoles japonaises ont ainsi été poursuivies en justice pour avoir violé la fameuse clause de « non-relation », l’une d’elle a même été condamnée à payer des dommages-intérêts. Avec « Love on trial », sélectionné l’an dernier au Festival de Cannes, Kôji Fukada montre cette forme d’idolâtrie moderne de la pop culture, où célébrité rime forcément avec rentabilité. Il évoque aussi le patriarcat de la société japonaise, et cette forme d’oppression imposée aux jeunes artistes, une défense d’aimer, liberté pourtant fondamentale. Mai a choisi de se battre pour cette liberté et peut, au final, aller admirer un beau lever de soleil sur l’océan.

Patrick TARDIT

« Love on trial », un film de Kôji Fukada (sortie le 25 mars).

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