« Ce n’est pas un film politique, je suis un ricaneur sociologique », assure Gérard Jugnot, qui tourne en dérision médias et réseaux sociaux dans sa nouvelle comédie. Un film « inspiré d’une histoire invraisemblable », celle de l’arrestation d’un faux Dupont de Ligonnès.

Il faut prendre au sérieux la date de sortie du nouveau film de Gérard Jugnot, « Mauvaise pioche », qui sera sur les écrans à partir du 1er avril. C’est effectivement une farce, une bonne farce, « inspirée d’une histoire invraisemblable » : l’arrestation en Ecosse en 2019 d’un inconnu, un certain Guy Joao, confondu avec « l’homme le plus recherché de France », Xavier Dupont de Ligonnès.
« C’est une comédie, avec toujours un mélange de genres. La comédie, c’est un drame qu’on trafique pour faire passer la pilule », confiait Jugnot aux Rencontres du Cinéma de Bretagne, à Guingamp, où son film était présenté en avant-première. Comme dans plusieurs de ses films (« Monsieur Batignole », « Une époque formidable », « Casque bleu »…), l’acteur-réalisateur incarne un héros involontaire, Serge Martin, un « monsieur tout-le-monde » arrêté à un aéroport, dénoncé par un appel anonyme, et confondu avec un certain Thierry Durand de Solilès (toute ressemblance avec…) recherché par Interpol, disparu après avoir massacré sa famille.
Erreur policière et bavure médiatique

« C’est une erreur », a beau clamer l’innocent, dont la vie explose avec une exposition médiatique sans pareille, accusé à tort, emprisonné, maltraité, moqué, viré, rejeté, cambriolé… « Qu’est-ce qu’il prend dans la tronche ce pauvre garçon ! Ce n’est pas une comédie pouet-pouet comme ça. Il fait un peu de peine ce personnage, c’est un type accusé par erreur qui va essayer de retrouver son honneur et de se venger », précise Gérard Jugnot, qui s’est entouré d’une joyeuse troupe, dont Thierry Lhermitte, Jean-Pierre Darroussin, Zabou Breitman, Michèle Laroque, François Morel, la bande à Fifi… « J’avais l’impression de faire une fête d’anniversaire, avec des copains qui venaient jouer avec moi », se réjouit-il.
Le jusqu’alors anonyme et paisible Serge Martin va essayer de retrouver sa vie, malgré la flagrante erreur policière et cette bavure médiatique dont il a été victime. « J’avais beaucoup été choqué, j’avais un petit compte à régler avec certaines chaînes d’information », assure Jugnot, qui tourne en dérision une police pas très finaude, des réseaux asociaux, et des chaînes d’info où « déontologie » est un gros mot, en boucle sur tout et n’importe quoi, surtout n’importe quoi. On se réjouira ainsi d’une parodie de journaliste télé incarnée par Reem Kherici, faisant fortement penser à Léa Salamé.
« Ce n’est pas un film politique, je suis un ricaneur sociologique », estime Gérard Jugnot, qui utilise le rire pour alléger le drame. « Mauvaise pioche » est ainsi une comédie assez cruelle et une gentille satire, une chronique de nos temps désespérément modernes, sauvés ici par une improbable tendresse.
Patrick TARDIT
« Mauvaise pioche », un film de et avec Gérard Jugnot (sortie le 1er avril).
