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« Ceux qui comptent » pour les autres

Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin sont complices dans ce film de Jean-Baptiste Leonetti, au titre à double sens. Une comédie sociale bien écrite, emplie d’humanité et de générosité.

Le titre du film évoque à la fois ceux qui sont obligés de compter leurs sous, et ceux qui comptent sentimentalement les uns pour les autres.

Une fois son caddie rempli à l’hypermarché, une ménagère d’environ cinquante ans jette des bombes fumigènes dans le magasin, espérant en sortir discrètement. C’est raté, mais un inconnu prend sa défense face aux vigiles. C’est l’excellente scène d’ouverture de « Ceux qui comptent » (sortie le 25 mars), film de Jean-Baptiste Leonetti, présenté en avant-première aux Rencontres du Cinéma de Bretagne, à Guingamp.

Pierre Lottin y joue le sauveur d’un jour, Jean, et Sandrine Kiberlain est cette cliente fauchée, Rose, prête à n’importe quelle manigance pour nourrir ses trois enfants, dont deux ados qui passent leur temps à s’engueuler et une petite qui ne quitte pas un casque de moto enfilé sur la tête. Rose et ses gosses habitent un hôtel abandonné, sans chauffage ni électricité, aux nombreuses chambres vides flanquées d’un papier peint à migraine, façon années 70. Après avoir malencontreusement incendié la camionnette dans laquelle vivait Jean, garée sur un parking désaffecté, Rose propose d’héberger dans son hôtel le désormais sans domicile.

Inventrice de mensonges et bobards

Sandrine Kiberlain est une Rose peu fofolle et maladroite et Pierre Lottin un taiseux solitaire, à la fois ours et nounours.

En santiags et doudoune, Sandrine Kiberlain est dans son registre fantaisiste et joyeux avec ce personnage un peu fofolle et maladroite. Bonne cuisinière mais restauratrice ruinée, Rose a une façon guillerette de fuir la réalité et la précarité familiale. Grande inventrice de mensonges, bobards, et petits arrangements, elle convainc même Jean de se faire passer auprès d’une assistante sociale à la fois pour son époux et pour un pilote d’Air France ! Pierre Lottin, qui a par ailleurs écrit la musique de fin du film, incarne un taiseux solitaire, à la fois ours et nounours, qui n’aspire qu’à la tranquillité mais essaie quand même de se comporter comme il faut.

Tous les deux sont en fait « inadaptés à leur époque », des marginaux qui partagent la même générosité. Si « Ceux qui comptent » est d’abord une aimable comédie sociale, bien écrite et bien dialoguée, c’est ensuite une tragi-comédie emplie d’humanité. Le double sens du titre évoque à la fois ceux qui sont obligés de compter leurs sous, et ceux qui comptent sentimentalement les uns pour les autres, ce qui devient le cas pour cette petite tribu recomposée.

Patrick TARDIT

« Ceux qui comptent », un film de Jean-Baptiste Leonetti, avec Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin (sortie le 25 mars).

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