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Benoît Cohen : « Je rêve d’une France solidaire »

« Je supporte mal que la patrie soit confisquée par certains », confie le cinéaste, qui raconte comment sa mère a accueilli chez elle un réfugié afghan dans son film « Ma France à moi ».

Dans le quartier de la Bastille, France (jouée par Fanny Ardant) sera le bon génie de Reza, un jeune réfugié afghan.

C’est deux jours après la Journée internationale des migrants (ce lundi 18 décembre) que sortira « Ma France à moi », un film de Benoît Cohen (sortie le 20 décembre). Une histoire qu’il a déjà racontée dans un livre, « Mohammad, ma mère et moi », ou comment sa mère Marie-France avait accueilli un réfugié afghan dans son bel appartement parisien. « J’avais besoin que cette histoire soit vue par un maximum de gens », disait-il lors d’une avant-première au Ciné Breiz à Paimpol, pas si loin de Callac (Côtes d’Armor), où la famille Cohen avait eu un projet d’installation de réfugiés, projet abandonné par la mairie après la mobilisation de l’extrême-droite.

Dans son livre, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, « Ce qu’est un peu mon film », convient le romancier et cinéaste, qui avait notamment réalisé « Nos enfants chéris », décliné ensuite en série télé. C’est à Fanny Ardant qu’il a confié le rôle de sa mère, bourgeoise parisienne, veuve depuis un an, prénommée France dans le film : « Fanny Ardant m’avait dit qu’elle voulait faire le film avant de lire le scénario, je ne pouvais plus ne pas le faire », sourit Benoît Cohen.

« La France est une terre d’accueil, mais à mon goût pas assez »

Par l’intermédiaire de l’association « J’accueille », France décide d’héberger un réfugié chez elle, ce sera Reza, un jeune réfugié afghan joué par un acteur débutant, Nawid Elham. « Nawid est réfugié, il habitait Kaboul, il est parti à treize ans, il est resté cinq ans en Autriche puis il est venu en France. Quand je l’ai rencontré, il travaillait dans une pâtisserie », précise le réalisateur. La cohabitation est d’abord un peu compliquée entre la vieille dame un peu fantasque, mais encore dans son deuil, et le jeune homme épuisé dont toutes les affaires tiennent dans un sac à dos. Elle lui trouve un job de serveur dans le restaurant d’une amie, alors qu’il rêve de faire des études, de passer le concours de Sciences-Po.

Reza est joué par un acteur débutant, Nawid Elham. « Quand je l’ai rencontré, il travaillait dans une pâtisserie », précise le réalisateur.

Dans le quartier de la Bastille, France sera le bon génie de Reza, faisant fi de l’inquiétude de ses proches, de l’incompréhension de son fils (Pierre Deladonchamps), financier à New York. « Ne sois pas si bourgeois », lui dit-elle, alors qu’elle a choisi sa façon de réduire un peu la misère du monde. Le titre du film, « Ma France à moi », est bien sûr un jeu de mots : « Evidemment, j’ai envie de dire que c’est cette France-là dont je rêve, une France solidaire, qui ouvre ses portes, je supporte mal que la patrie soit confisquée par certains », affirme Benoît Cohen, « La France est une terre d’accueil, mais à mon goût pas assez ».

Une « presque trop jolie histoire »

Image soignée, film chic avec un personnage chic, une actrice chic, le réalisateur assume son côté « conte de fées », « positif », une « presque trop jolie histoire », avec des gens généreux, de l’empathie, de l’humanité, de la solidarité, mais qui évoque aussi la peur de l’autre, de l’étranger, la douleur de l’exil. « Passer de la charité à l’échange, c’est la clé de tout », estime-t-il, « Dans 95% des cas, ce genre d’histoires se passe très bien, ce ne sont pas des gens fortunés qui accueillent des migrants ».

« J’ai envie que ce film ouvre le débat, j’avais envie d’amener un message positif, pas anxiogène », ajoute Benoît Cohen, qui a monté un partenariat avec l’association « J’accueille », pour laquelle travaille désormais le vrai Mohammad Ewaz, que l’on voit à la fin du film. « On va essayer de sensibiliser les gens, on peut aider de plein de manières différentes », estime le réalisateur, « Les gouvernements ne feront pas plus aujourd’hui, ce ne sont pas eux qui vont changer les choses, c’est à nous de le faire ».

Patrick TARDIT

« Ma France à moi », un film de Benoît Cohen, avec Fanny Ardant et Nawid Elham (sortie le 20 décembre).

Contact : www.jaccueille.fr

Pierre Deladonchamps incarne le fils de France, financier à New York et inquiet de la décision de sa mère.
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