Maroc : la chasse aux journalistes est ouverte

La journaliste Hajar Raïssouni, vient d’être condamnée pour « avortement illégal ». Comme plusieurs de ses confrères, elle paie son indépendance. L’Association des travailleurs maghrébins de France organise un rassemblement le 12 octobre à Nancy.

Hajar Raïssouni, journaliste marocaine condamnée pour son indépendance (Photo DR)

 Sale temps pour les journalistes marocains qui ne sont pas obéissants. Pas de pitié pour ceux qui rêvent de liberté de la presse, qui défendent les minorités persécutées, qui s’écartent de la ligne politique du Palais. La journaliste Hajar Raïsssouni, 28 ans, employée au journal Akhbar Al Yaoum [Info du Jour] vient de faire les frais de cette répression d’un autre temps.
Hajar a été condamnée le 30 septembre 2019 à un an de prison ferme par un tribunal de Rabat. Motif : « avortement illégal » et « relations sexuelles hors mariage ». Relations avec qui ? Avec son fiancé !
Le 31 août 2019, Hajar est interpellée par la police alors qu’elle sort du cabinet de son gynéco. Elle est conduite de force au CHU de Rabat où elle subit, contre son gré, un examen médical en vue de démonter qu’elle vient d’avorter. Ce qui n’est pas le cas. Cette contre-expertise médicale d’une grande violence se fait en dehors de tout cadre légal.
En réalité, la jeune journaliste est poursuivie pour des raisons politiques. Elle a écrit des articles sur le Hirac, ce mouvement de contestation dans le Rif. Il s’agit aussi de punir son oncle, Soulaymane Raïssouni, militant des droits de l’Homme et également journaliste au quotidien Akhbar Al Yaoum.

A Nancy le 12 octobre 2019

De nombreux journalistes emprisonnés au Maroc (affiche)

Hajar Raïssouni n’est pas la seule à payer sa volonté d’indépendance. De lourdes peines ont été prononcées par les tribunaux marocains à l’encontre de journalistes considérés comme séditieux parce qu’ils travaillaient sur des mouvements sociaux dont le Palais ne veut pas entendre parler.
« Après le musèlement des mouvements sociaux pacifiques, nous voilà face à une police des mœurs et une justice aux ordres qui s’attaque aux libertés individuelles et au droit de la femme à disposer librement de son corps » constate Naoumi Abderrahim, président de l’Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) basée à Nancy.
« Face à cette grave dégradation des libertés, nous sommes plus que jamais déterminés à lutter pour que Hajar et ses co-accusés soient remis immédiatement en liberté ; pour que les articles 490, 129, 454 du code pénal soient abrogés (ils criminalisent l’avortement et les relations sexuelles hors mariage) ; pour l’ensemble des prisonniers politiques et d’opinion soient libérés. »
L’ATMF à laquelle s’associent un collectif (La France insoumise, le PCF, France-Syrie Entraide, l’UNEF de Lorraine, EELV Grand Nancy, l’ADEP, Association Khamsa, MRC Lorraine, Association Réponse) organisent un rassemblement samedi 12 octobre 2019 à 17 heures place Maginot à Nancy.