« Joel », gamin adopté et rejeté

C’est en Patagonie que le cinéaste argentin Carlos Sorin a tourné ce film d’une grande sensibilité.

Quasi-orphelin, le petit Joel est placé chez un couple bienveillant.

« Dans quoi on s’embarque ? », se demandent Cecilia et Diego, un couple qui vit loin de tout, dans une petite ville en Terre de Feu. Depuis longtemps, ils souhaitent adopter un enfant, et cette fois c’est presque fait : on leur propose de leur confier un garçon de neuf ans, d’abord pour plusieurs mois de garde pré-adoptive. Après « Rojo » de Benjamin Naishtat la semaine dernière, voici un nouvel exemple du cinéma argentin contemporain avec le film de Carlos Sorin, « Joel, une enfance en Patagonie » (sortie le 10 juillet), région où il avait déjà tourné notamment « Jours de pêche en Patagonie ».

En cette période de chaleur estivale, il est rafraichissant de se téléporter dans une Patagonie enneigée ; mais c’est le chaud et le froid qui soufflent alternativement sur Joel, à qui Cecilia et Diego ont préparé une chambre. Après un passage rapide devant le tribunal, le forestier et la prof de piano rentrent à la maison avec ce gamin quasi-orphelin, un môme ébouriffé, un peu têtu, renfermé, pas très bavard, mais qui « a l’air gentil » avec sa bonne tête de gosse égaré ; même s’il a beaucoup de choses à apprendre, à commencer par comment tenir une fourchette.

La brutalité des autres

Malgré l’arrivée de Joel, Cecilia sent bien qu’elle devrait être plus heureuse, et qu’il y a « un truc qui cloche ». L’inscription à l’école s’est bien passée, certes Joel a du retard scolaire, mais Cecilia le fera travailler à la maison. C’était sans compter avec le lourd passé du gamin, dans les bas-fonds de Buenos Aires, qu’il raconte aux copains à la récré. Après l’accueil chaleureux de ses parents adoptifs, voici la froideur des parents des autres élèves, qui craignent la « mauvaise influence » de Joel sur leurs rejetons. La douceur d’un couple aimant se heurte à la brutalité des autres, qui veulent exclure de l’école celui qui n’est pas, selon eux, « un élève normal ».

Lors d’une horrible réunion à l’école, Cecilia fait front ; c’est désormais une maman déterminée face à l’injustice, malgré elle en conflit contre toute la communauté. C’est d’ailleurs le point de vue de la mère que suit Carlos Sorin, et par « les gestes, les regards, les silences », sa douce présence, l’actrice  Victoria Almeida évoque ses angoisses, ses incertitudes, le non-dit. C’est avec une grande sensibilité que le cinéaste argentin raconte cette histoire, et avec ces parents-là, certes adoptifs, on souhaite alors à Joel de vivre quand même une belle « enfance en Patagonie ».

Patrick TARDIT

« Joel, une enfance en Patagonie », un film de Carlos Sorin (sortie le 10 juillet).

Le couple chaleureux fait de son mieux pour accueillir l’enfant, mais ils vont se heurter à la méfiance des autres à l’école.