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5 novembre 2026 : la convergence des colères reste à construire

Le 5 novembre 2026 restera comme une étape importante de la contestation sociale française, mais la convergence des lutte attendra encore un peu.

Manif du 5 novembre 2026 (image IA)
Manif du 5 novembre 2026 (image IA)

La journée nationale de grèves et de manifestations du jeudi 5 novembre marque une nouvelle étape dans la contestation sociale que traverse la France depuis la mi-octobre. Salariés du public et du privé, lycéens, étudiants, enseignants et anciens Gilets jaunes ont répondu à l’appel des organisations syndicales. Le pouvoir d’achat, les salaires, les services publics et les moyens de l’Éducation nationale constituent le socle de cette mobilisation. Si les cortèges ont été nombreux, les tensions observées dans plusieurs villes rappellent aussi la fragilité du climat social et politique.

Une mobilisation nationale qui change de dimension

Annoncée dès le 5 octobre par une intersyndicale, cette journée devait permettre de franchir une nouvelle étape après les manifestations des 17, 24 et 31 octobre.
L’enjeu était de faire converger des mouvements jusque-là relativement distincts : la contestation lycéenne, la mobilisation étudiante, les revendications salariales des travailleurs et la colère persistante d’une partie de la population confrontée à la vie chère.
L’appel a progressivement rassemblé huit organisations syndicales : CFDT, CGT, FO, FSU, UNSA, CFTC, Solidaires et CFE-CGC.
Les revendications sont multiples :

  • Revalorisation des salaires et du SMIC.
  • Défense du pouvoir d’achat face à l’inflation et à la hausse du coût de la vie
  • Sauvegarde des services publics et des emplois.
  • Défense de l’industrie et des activités économiques.
  • Davantage de moyens pour l’Éducation nationale.
  • Justice fiscale et taxation des patrimoines les plus importants.

La mobilisation a également pris une dimension politique, dans un contexte de défiance envers les institutions et d’interrogations sur la capacité du gouvernement de Sébastien Lecornu à répondre aux attentes sociales.

Plus de 270 000 manifestants recensés hors de Paris

Les premiers chiffres communiqués donnent une indication de l’ampleur du mouvement.
À 13 heures, la CGT annonçait déjà plus de 250 000 manifestants dans 73 villes. De son côté, le ministère de l‘Intérieur recensait 270 000 personnes dans 180 cortèges, hors Paris.
Ces chiffres, qui ne constituent pas encore un bilan définitif de la journée, témoignent néanmoins d’une mobilisation significative.
La manifestation de Tours a notamment rassemblé, selon les estimations, 16 200 personnes pour la police et plus de 20 000 selon les syndicats. À Sens, dans l’Yonne, quelque 400 personnes ont défilé. À Marseille, les organisations syndicales ont fait état d’une très forte affluence.
À Nantes, Bayonne, Chambéry, Clermont-Ferrand, Toulon, Caen ou encore Valenciennes, les images diffusées en cours de journée montrent des cortèges fournis, mêlant drapeaux syndicaux, pancartes et slogans revendicatifs.
À Paris, le rassemblement devait notamment matérialiser cette jonction entre les différentes composantes du mouvement social.

Des foyers de tension, mais des cortèges majoritairement pacifiques

La journée n’a toutefois pas été exempte d’incidents. Le gouvernement avait anticipé des risques de débordements et déployé un dispositif exceptionnel de sécurité : 70 000 policiers et gendarmes étaient mobilisés sur l’ensemble du territoire, selon le ministère de l’Intérieur.
Plusieurs villes ont connu des épisodes de tension :

  • Paris : des charges policières ont eu lieu boulevard Voltaire. Plusieurs jeunes ont été blessés, notamment à la tête, selon les journalistes présents sur place. Des cortèges sauvages ont également été dispersés.
  • Lyon : des groupes de personnes masquées, assimilées à des black-blocs, ont provoqué des tensions avec les forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes.
  • Rennes : la manifestation a été interrompue après des incidents impliquant des individus masqués. Des syndicalistes auraient notamment été agressés.
  • Toulouse : la manifestation a été marquée par des tensions et des difficultés à maintenir le parcours initial. La préfecture a estimé la participation à près de 22 000 personnes.
  • Pau et Orléans : des projectiles ont été lancés en direction de personnels d’établissements scolaires et des forces de l’ordre.

Des incidents ont également été signalés aux abords de certains lycées, notamment à Strasbourg et Toulouse, où un établissement a été évacué après un incendie.
Il convient néanmoins de distinguer ces épisodes violents du déroulement général des manifestations. Dans de nombreuses villes, les cortèges se sont déroulés dans une ambiance revendicative et relativement sereine.

L’Éducation nationale particulièrement concernée

La mobilisation des personnels de l’Éducation nationale constitue un autre enseignement de cette journée. Selon les chiffres communiqués par le ministère, le taux de participation à la grève atteint 12,77 % pour l’ensemble des personnels et 15,81 % pour les enseignants.
Les chiffres sont plus élevés dans le premier degré, avec 19,14 % de grévistes, et parmi les personnels de vie scolaire, avec 25,65 %.
Les revendications des enseignants rejoignent celles des lycéens et des étudiants : davantage de moyens, des conditions d’apprentissage dignes, des effectifs adaptés et une remise en cause de certaines réformes, notamment celle du baccalauréat et de Parcoursup.
Ce rapprochement entre générations constitue l’une des caractéristiques de la mobilisation actuelle. Les lycéens, qui occupent le terrain depuis plusieurs semaines, ont trouvé dans les syndicats de salariés un relais qu’ils réclamaient.

Transports : une grève réelle, mais des perturbations limitées

Contrairement à certaines journées de mobilisation précédentes, les transports n’ont pas été totalement paralysés.
À la SNCF, les perturbations ont surtout concerné les TER, les Intercités et plusieurs lignes franciliennes. Neuf TGV sur dix ont circulé.
Le métro parisien et la majorité des lignes de la RATP ont fonctionné normalement, à l’exception de certaines perturbations sur le RER B.
La grève a également touché d’autres secteurs, notamment l’énergie. La production nucléaire a été réduite et les salariés des raffineries avaient été appelés à cesser le travail.
La fermeture de la tour Eiffel constitue l’un des effets les plus visibles de la journée dans la capitale.

Lecornu tente de reprendre la main avec une conférence sociale

La mobilisation a rapidement produit une première conséquence politique.
Peu avant 17 heures, les services du Premier ministre ont annoncé la convocation, lundi prochain, d’une conférence sociale réunissant les organisations syndicales et patronales.
L’objectif affiché par Sébastien Lecornu est d’apporter des réponses aux questions de pouvoir d’achat et de rémunérations.
Cette initiative intervient alors que les syndicats réclament depuis plusieurs semaines une véritable négociation sur les salaires. Le gouvernement a notamment évoqué la possibilité d’anticiper la revalorisation du SMIC prévue normalement au 1er janvier, éventuellement accompagnée d’un coup de pouce supplémentaire.
Reste à savoir si cette conférence débouchera sur des engagements concrets ou si elle sera perçue comme une simple tentative de désamorçage de la contestation.

Près de 600 000 manifestants : un signal politique important

Le chiffre le plus significatif de cette journée est celui communiqué peu avant 17 heures par le ministère de l’Intérieur : près de 600 000 manifestants dans toute la France, selon une estimation provisoire. À cette heure, les organisations syndicales n’avaient pas encore communiqué leur propre décompte national.
Ce niveau de mobilisation confirme que la contestation ne se limite plus aux revendications catégorielles. Elle traduit un mécontentement beaucoup plus large, qui touche aussi bien les salariés que les jeunes générations et une partie des classes populaires.
La question du pouvoir d’achat apparaît comme le principal dénominateur commun. Mais derrière les revendications salariales se dessine une crise de confiance plus profonde : sentiment de déclassement, inquiétude pour l’avenir, dégradation des services publics et impression de ne plus être entendu par les responsables politiques.

Et maintenant ? Le risque d’une prolongation du mouvement

La journée du 5 novembre ne constitue peut-être pas un aboutissement. Les organisations de Gilets jaunes et plusieurs collectifs appellent à poursuivre les actions dès le vendredi 6 novembre et à organiser un nouvel acte de mobilisation samedi 7 novembre.
Les syndicats, eux, attendent désormais des réponses concrètes de Matignon.
Deux scénarios se dessinent :

  1. Une reprise du dialogue social, avec des négociations susceptibles de déboucher sur des mesures salariales et des engagements concernant les services publics.
  2. Une radicalisation de la contestation si les annonces gouvernementales sont jugées insuffisantes, avec un risque de multiplication des grèves, blocages et manifestations.La conférence sociale annoncée par Sébastien Lecornu sera donc un premier test.

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