Pour une fois, Omar Sy tient un rôle de salaud dans ce tragique récit sur l’immigration, Prix du Public au Festival de Deauville. « Hollywood pense que vous ne voulez pas voir de film sur les réfugiés », estime le réalisateur Brandt Andersen.

Bouleversé par ce tragique récit sur l’immigration, le Public du Festival du Cinéma Américain de Deauville avait décerné son Prix à « The Stranger’s Case » de Brandt Andersen, en 2024. « Le problème avec ce genre de film, c’est qu’ils sont difficiles à faire. Hollywood pense que vous ne voulez pas voir de film sur les réfugiés », disait le réalisateur au soir du palmarès. Son long-métrage n’avait alors pas encore de distributeur en France et c’est sous le titre « Le Passage » qu’il sort presque deux ans plus tard (sortie le 8 juillet), finalement distribué par Nour Films.
Prix de la Paix au Festival de Berlin, soutenu par Amnesty International, « The Stranger’s case » alias « Le Passage » s’ouvre avec une citation de Shakespeare, sur cette « cause de l’étranger », le cycle éternel de celui qui est contraint de fuir son pays. « Je me suis rendu compte qu’il n’y a rien de nouveau, ça ne s’arrête jamais », constatait Brandt Andersen à Deauville, « Il y a une dizaine d’années, je suis allé en Turquie, en Grèce, en Jordanie, en Syrie, j’ai été touché, bouleversé par toutes ces histoires humaines ». Le réalisateur et activiste humanitaire en avait tiré un court-métrage, « Refugee », avant d’aller tourner ce long-métrage en Jordanie et en Turquie.
De la tension et de la nervosité

« Je voulais vraiment être honnête dans le récit, qu’on ressente vraiment cette expérience, la réalité », confiait Brandt Andersen qui a construit ce récit shakespearien en croisant les histoires de cinq personnages, comme reliés par des fils invisibles. Une médecin qui doit quitter la Syrie, un soldat, un poète, le capitaine d’un bateau grec, un passeur, interprétés par une actrice libanaise (Yasmine Al Massri), des acteurs syrien (Yahya Mahyni), palestinien (Ziad Bakri), grec (Constantine Markoulakis), et français. Pour une fois, Omar Sy tient le rôle d’un salaud, un passeur sans foi ni loi qui recrute sa « clientèle » dans un camp de réfugiés.
C’est avec tension et nervosité (et une musique trop appuyée) que Brandt Andersen évoque un monde en guerre, le drame d’une crise humanitaire. « Le Passage » vers la liberté est pavé de multiples dangers, terrible est la traversée, avec des migrants terrorisés, les vagues, la pluie, les pleurs, les cris, et le sauvetage est tout aussi dangereux.
Le cinéaste laisse des ellipses dans son récit éclaté, évoque les épilogues en quelques images, mais c’est de l’humanité qui subsiste : la préoccupation première du passeur est son fils, le militaire syrien désobéit aux ordres… « C’est important de faire naître l’empathie avec une fiction », estime Brandt Andersen, qui fut « un enfant en colère » et a choisi d’être optimiste : « Nous devons garder espoir, on peut tous changer. Ce que nous avons contribué à perpétrer, nous pouvons aussi l’arrêter ».
Patrick TARDIT
« Le Passage », un film de Brandt Andersen, avec Omar Sy (sortie le 8 juillet).