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Exclusion d’Usag’ThiFensch : une fracture ouverte autour de la gouvernance des transports thionvillois

L’exclusion de l’association Usag’ThiFensch du Comité des partenaires de TeMo continue de susciter de vives réactions dans le Thionvillois. Au cœur de la controverse : une décision assumée et qualifiée d’« irrévocable » par le président de TeMo, Rémy Dick, qui accuse l’association d’avoir progressivement abandonné son rôle de représentation des usagers pour entrer dans une logique militante et politique.

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Usag’thiFensc (affiche)

Lors d’un entretien accordé à Yutz DEFY, l’élu Rémy Dick est revenu en détail sur les raisons de cette rupture, tandis que Vincent Schweitzer, président d’Usag’ThiFensch, dénonce de son côté une mise à l’écart injustifiée et politiquement motivée.

Rémy Dick justifie une rupture devenue « inévitable »

Selon le président de TeMo, les relations avec l’association étaient à l’origine constructives. Il reconnaît avoir utilisé plusieurs remontées du collectif pour améliorer le réseau et corriger certains dysfonctionnements. Mais à partir de 2025, le climat se serait fortement dégradé.

Rémy Dick reproche notamment à l’association :

  • la diffusion d’accusations jugées « juridiquement fausses » après l’accident mortel d’un bus à Boulange ;
    une instrumentalisation politique des difficultés rencontrées par les usagers ;
  • des prises de parole nationales où certains membres auraient revendiqué un rôle central dans la restructuration du réseau ;
  • et surtout un « double discours » lors d’un Comité des partenaires en janvier 2026, l’association ayant selon lui salué publiquement le travail de TeMo avant de diffuser un tract très critique quelques heures plus tard.

Le président de TeMo remet également en cause la légitimité institutionnelle d’Usag’ThiFensch, qu’il décrit comme un « collectif autoproclamé » proche de La France insoumise locale.

Pour lui, l’association ne représente pas l’ensemble des usagers et aurait progressivement transformé un travail de terrain en « combat militant pur et dur ».

Une exclusion assumée… mais pas une « chasse aux sorcières »

Rémy Dick confirme que l’association ne siégera plus au Comité des partenaires.

En revanche, il affirme vouloir ouvrir un futur « club des usagers » accessible à tous les citoyens afin d’élargir la représentation des voyageurs. Les membres d’Usag’ThiFensch pourront y participer individuellement.

Le président de l’association, Vincent Schweitzer, pourra également continuer à intervenir via la FNAUT, fédération nationale d’usagers des transports, à condition selon Rémy Dick que les échanges restent « sérieux et non politisés ».

Alerte sur un « problème démocratique »

Au cours de l’entretien, plusieurs réserves majeures ont été exprimées. Premier sujet d’inquiétude : le cadre démocratique du Comité des partenaires. Il est problématique que le président puisse choisir librement quelles associations sont admises ou exclues. Le média y voit un risque de dérive consistant à écarter toute organisation jugée trop critique.

L’exemple d’un syndicat exclu d’une entreprise parce qu’il serait « trop revendicatif » a été évoqué pour illustrer cette inquiétude.

« La politique est partout »

Yutz DEFY conteste également l’argument de la politisation.

Selon le média diffusé sur Facebook, il est illusoire de prétendre trouver une association totalement dépourvue d’engagements politiques individuels. Dans le monde associatif comme dans les collectivités, militantisme et convictions politiques coexistent fréquemment.  Cela ne saurait justifier à lui seul une exclusion.

Un futur « club des usagers » jugé fragile

Le projet de club citoyen voulu par TeMo suscite aussi des interrogations. On peut douter qu’un regroupement informel de particuliers puisse disposer, sur le long terme, du temps, de l’organisation et de l’expertise nécessaires pour défendre efficacement les intérêts des usagers. Un tel dispositif, conçu et encadré par TeMo lui-même, serait perçu comme trop dépendant de la direction politique du syndicat.

Le risque d’une opposition plus radicale

Autre crainte exprimée : en excluant totalement l’association du cadre institutionnel, TeMo transforme un partenaire critique en opposant frontal.

Selon Yutz DEFY, tant que le dialogue existait, même conflictuel, chacun restait dans un espace d’échange structuré. Une mise à l’écart pourrait au contraire durcir durablement les positions.

Le média de Bernard Aubin regrette enfin qu’aucune solution intermédiaire n’ait été recherchée, comme l’élargissement de la représentation à d’autres collectifs sans exclure Usag’ThiFensch.

Vincent Schweitzer dénonce une décision « absurde »

« Nous sommes une association déclarée » Interrogé à son tour, Vincent Schweitzer rejette l’ensemble des accusations formulées contre son association.

Concernant l’accident de Boulange, il conteste avoir attribué le drame à une négligence de Keolis : « On avait parlé de sécurité, cela ne veut pas dire que cet accident était dû aux employés de Keolis. »

Il réfute également l’idée d’un collectif sans légitimité : « Il y a écrit dans nos statuts que nous sommes là pour défendre les usagers des transports en commun. »

Le président d’Usag’ThiFensch rappelle que l’association est officiellement déclarée et membre de la FNAUT.

Une association politisée ? « Oui, comme beaucoup d’autres »

Vincent Schweitzer reconnaît que plusieurs membres ont eu des engagements politiques variés, y compris à gauche, mais refuse l’étiquette de « bras armé » d’un parti.
Il affirme que les décisions sont prises collectivement et souligne que des sensibilités politiques différentes coexistent au sein du collectif.

Selon lui, la critique de Rémy Dick est paradoxale :

« On a un homme politique qui dit qu’il ne veut pas parler avec des gens qui parlent politique. » Il assume également que la défense des transports publics porte nécessairement une dimension politique.

« Une manière d’avouer une faiblesse »

Pour Vincent Schweitzer, les raisons officielles masqueraient surtout les difficultés persistantes du réseau de transport et les retards du projet BHNS.

Il estime que l’exclusion pourrait traduire une volonté de marginaliser une association devenue trop dérangeante au moment où plusieurs dossiers sensibles restent ouverts.

Usag’ThiFensch entend désormais poursuivre son action en dehors du Comité des partenaires, notamment à travers la FNAUT et des actions de terrain centrées sur les usagers.

Projet BHNS : TeMo prépare la bataille judiciaire

Des malfaçons au cœur des procédures

Au-delà de la polémique institutionnelle, le dossier du BHNS continue de produire de fortes tensions.

Rémy Dick affirme désormais vouloir aller « jusqu’au bout » des procédures administratives engagées après l’audit du projet.

L’enquête interne avait mis en lumière plusieurs anomalies :

  • conduites d’assainissement jugées inutiles ;
  • équipements installés à l’envers ;
  • incohérences techniques sur certaines portions de voirie ;
  • difficultés de circulation entre véhicules.

Selon le président de TeMo, ces dysfonctionnements traduisent des défaillances à plusieurs niveaux : conception, exécution et contrôle du chantier.

Une procédure administrative, pas pénale

Rémy Dick précise que le parquet n’a pas donné suite sur le plan pénal.

Le contentieux se jouera donc devant le tribunal administratif afin de déterminer les responsabilités financières éventuelles entre les différents acteurs :

  • l’ancien SMiTU, prédécesseur de TeMo ;
  • l’assistant à maîtrise d’ouvrage ;
  • le maître d’œuvre ;
  • les entreprises ayant réalisé les travaux ;
  • ainsi que certaines collectivités impliquées dans le projet.
  • Des archives disparues et une « amnésie générale »

Autre élément sensible : la disparition d’une partie des archives du SMiTU.

Rémy Dick évoque une « amnésie générale » ayant compliqué la reconstitution de la chaîne de décisions et des validations techniques. Selon lui, cette situation fragilise la position de TeMo mais ne doit pas empêcher la transparence sur les responsabilités éventuelles.

Le président de TeMo affirme préférer une clarification complète des responsabilités, même si cela devait conduire son propre syndicat à être condamné financièrement.

Il rappelle avoir transmis un signalement au procureur après la publication de l’audit et assure vouloir laisser la justice administrative établir les responsabilités de chacun.

Les premières échéances judiciaires sont attendues dans les prochaines semaines.

L’exclusion de l’association Usag’ThiFensch du Comité des partenaires de TeMo continue de susciter de vives réactions dans le Thionvillois.

 

 

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