Les dernières données de l’OCDE sont sans appel : non seulement l’Union européenne investit beaucoup moins en recherche et développement que les États-Unis ou la Chine, mais ses dépenses stagnent, voire reculent dans ses deux premières économies.

Le rapport Draghi de 2024 avait tiré la sonnette d’alarme. Le prix Nobel d’économie Philippe Aghion avait, lui, été encore plus direct : « De manière évidente, il y a un décrochage technologique européen. Ce sont aujourd’hui les États-Unis et la Chine qui tiennent le haut du pavé en matière d’innovations de rupture. » Les chiffres fraîchement publiés par l’OCDE transforment cet avertissement en réalité chiffrée, froide et préoccupante.
« Il y a un décrochage technologique européen. Ce sont les États-Unis et la Chine qui tiennent le haut du pavé »selon Philippe Aghion, prix Nobel d’économie
Les dépenses mondiales en 2024
À l’échelle de l’ensemble des 38 pays membres de l’OCDE, les dépenses en R&D ont progressé de 2,6 % en 2024. Un chiffre de façade qui masque de profondes fractures : la croissance américaine s’établit à 3,4 %, tandis que l’Union européenne peine à afficher un maigre +0,4 %. Plus inquiétant encore, la première économie du bloc, l’Allemagne, recule de 0,4 %. La France, de son côté, avait déjà enregistré un repli de 0,5 % en 2023 selon le ministère de l’Enseignement supérieur.


La Chine, nouvelle puissance invisible de l’innovation
Non-membre de l’OCDE, la Chine publie ses propres statistiques. Et elles donnent le vertige : une croissance annuelle moyenne de 10,5 % entre 2021 et 2024, pour atteindre plus de 3 600 milliards de yuans de dépenses en R&D l’an dernier. En parité de pouvoir d’achat, Pékin a rattrapé — voire dépassé — Washington. Le stock de brevets chinois est désormais supérieur à celui de toutes les autres grandes économies mondiales, relevait le Haut-commissariat français à la stratégie et au plan en février dernier.
L’intensité R&D : qui fait vraiment l’effort ?
Rapportée au PIB, la dépense en R&D révèle qui consent réellement un effort national. L’UE stagne à 2,13 % depuis 2020, largement distancée par les États-Unis (3,44 %) et l’Allemagne elle-même (3,13 %). La France affiche 2,12 %. La Chine, à 2,69 %, a quant à elle déjà dépassé la moyenne européenne et talonne la moyenne OCDE (2,72 %).

Ce que cela signifie
L’OCDE est formelle : États-Unis et Chine ont consolidé leur position de leaders incontestés en 2024, creusant un écart qui sera difficile, voire impossible, à combler sans un sursaut politique majeur. À l’heure où les innovations de rupture (intelligence artificielle, quantique, biotechnologies) dessinent les équilibres de puissance du siècle, l’Europe semble avancer à contresens. Les belles déclarations d’intention ne manquent pas. Ce qui manque, ce sont les chèques.
Sources : OCDE (2024), Bureau d’État des statistiques de la République populaire de Chine, Ministère français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (nov. 2024), Haut-commissariat à la stratégie et au plan (fév. 2025).
Le décrochage technologique de l’Europe est officiel !
La croissance des dépenses R&D :
→ 🇨🇳 Chine : +8,9%
→ 🇰🇷 Corée du Sud : +5%
→ 🇯🇵 Japon : +5%
→ 🇹🇷 Turquie : +5%
→ 🇺🇸 États-Unis : +3,4%
→ 🇪🇺 UE: +0,4%
→ 🇩🇪 Allemagne : -0,4%
→ 🇫🇷 France : -0,5%Tout est dit… pic.twitter.com/7Mm9zbuiZb
— MoneyRadar (@MoneyRadar_FR) April 10, 2026