Le dollar américain traverse une zone de fortes turbulences. Ce mardi 27 janvier, le billet vert a touché son plus bas niveau depuis 2021 face à l’euro, illustrant une perte de confiance croissante des marchés envers la devise américaine.

Dans la journée, l’euro s’échangeait à 1,1939 dollar, selon La Tribune, après avoir même franchi brièvement le seuil symbolique des 1,20 dollar. Parallèlement, le dollar reculait de 0,75 % face à la livre sterling, à 1,3782 dollar, tandis que le yen enregistrait sa meilleure performance face au billet vert depuis avril 2025.
Le dollar en recul : un signal de la fin de l’hégémonie américaine ?
La chute du dollar observée fin janvier n’est pas un simple épisode de volatilité monétaire. En atteignant son plus bas niveau depuis 2021 face à l’euro, le billet vert révèle une fracture plus profonde : celle d’un ordre international fondé sur la domination financière des États-Unis, désormais contesté par un monde devenu multipolaire.
Alors que l’euro a franchi le seuil des 1,20 dollar et que le yen a signé sa meilleure performance depuis avril 2025, les marchés envoient un message clair : la confiance dans la monnaie américaine n’est plus automatique. Depuis le début de l’année, le dollar a déjà perdu plus de 9 % de sa valeur, une dégradation qui reflète autant des facteurs économiques que géopolitiques.
Une arme monétaire qui se retourne contre Washington
Depuis des décennies, le dollar constitue l’un des principaux leviers de puissance des États-Unis. Grâce à son statut de monnaie de réserve mondiale, Washington peut financer ses déficits, sanctionner ses adversaires et imposer ses normes financières. Mais cette arme monétaire, utilisée de plus en plus ouvertement, a fini par provoquer une réaction globale.
Sous l’impulsion de Donald Trump, revenu au pouvoir avec une diplomatie ouvertement coercitive, les États-Unis ont renforcé l’usage des droits de douane, des sanctions et des pressions financières comme outils géopolitiques. Les menaces lancées à l’encontre de pays européens lors du Forum de Davos, notamment autour du dossier du Groenland, ont illustré cette logique de contrainte. Résultat : même les alliés historiques commencent à se prémunir contre la dépendance au dollar.
La Chine et les BRICS accélèrent la dédollarisation
Face à cette imprévisibilité américaine, la Chine, la Russie et les pays des BRICS ont accéléré leurs stratégies de contournement du dollar. Pékin multiplie les accords commerciaux libellés en yuans, notamment avec les pays du Golfe, l’Afrique et l’Asie centrale. Moscou, déjà largement exclu du système financier occidental, a presque entièrement éliminé le dollar de ses échanges énergétiques avec ses partenaires.
Les BRICS élargis (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, mais aussi Iran, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte ou Éthiopie) construisent progressivement un écosystème financier parallèle : banques de développement alternatives, systèmes de paiement autonomes, échanges bilatéraux en monnaies locales. L’objectif n’est plus seulement économique, mais stratégique : réduire la vulnérabilité aux sanctions occidentales et s’affranchir de l’hégémonie du dollar.
L’Europe, prise entre deux blocs
Dans ce contexte, l’Europe se retrouve dans une position inconfortable. La montée de l’euro, si elle renforce symboliquement la monnaie unique, pénalise les exportations et menace la croissance. La Banque centrale européenne pourrait être contrainte d’assouplir sa politique monétaire, révélant la dépendance persistante du continent aux déséquilibres américains.
Mais au-delà de l’économie, le défi est politique : l’Union européenne reste alignée sur Washington tout en subissant les conséquences de ses choix stratégiques. La faiblesse du dollar, paradoxalement, pourrait renforcer la tentation européenne de développer une autonomie financière plus marquée, un projet longtemps évoqué, mais rarement concrétisé.
L’or, valeur refuge d’un monde fragmenté
La Ruée vers l’or et l’argent confirme cette recomposition. L’or a dépassé les 5 100 dollars l’once, tandis que l’argent frôle son record historique. Ces métaux ne sont plus seulement des protections contre l’inflation, mais des instruments de souveraineté monétaire. De nombreuses banques centrales, notamment en Asie et au Moyen-Orient, augmentent massivement leurs réserves d’or, anticipant un affaiblissement durable du système centré sur le dollar.
Vers un monde post-dollar ?
La chute actuelle du billet vert ne signe pas encore la fin du dollar comme monnaie dominante. Mais elle marque une rupture psychologique majeure. Pour la première fois depuis des décennies, la question n’est plus de savoir si le dollar dominera, mais combien de temps, il le pourra encore sans réforme profonde de la gouvernance américaine.
Dans un monde fragmenté, où la puissance se diffuse et où les alliances se recomposent, la monnaie devient un champ de bataille stratégique. Et le recul du dollar, bien plus qu’un phénomène financier, pourrait être l’un des premiers signes tangibles de l’entrée dans un nouvel ordre mondial.