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La Chine face au risque d’un conflit USA-Iran

Alors que les tensions persistent au Moyen-Orient, Pékin tente de préserver ses intérêts tout en évitant l’escalade militaire. Mais plusieurs avions-cargos chinois auraient atterri discrètement en Iran…

    No machine-readable author provided. Aris Katsaris assumed (based on copyright claims)., CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Aris Katsaris assumed (based on copyright claims)., CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Depuis l’Accord de Pékin de mars 2023, qui a permis le rapprochement historique entre l’Iran et l’Arabie saoudite après sept années de rupture, la Chine s’est imposée comme un acteur incontournable de la diplomatie régionale. Mais cette position d’influence pourrait être mise à rude épreuve en cas de conflit ouvert entre Washington et Téhéran.

Un partenariat stratégique consolidé

Les relations sino-iraniennes demeurent solides sur le plan économique et diplomatique. La Chine continue d’acheter une part significative du pétrole iranien et a intégré le pays dans certains projets des Nouvelles Routes de la Soie. Les échanges entre hauts responsables se sont multipliés en 2025, et Pékin se prépare à célébrer en 2026 le 55ᵉ anniversaire de ses relations diplomatiques avec Téhéran.
Le 9 décembre 2025, la troisième réunion du comité trilatéral Chine-Iran-Arabie saoudite s’est tenue à Téhéran, réaffirmant l’engagement de Pékin dans la normalisation des relations entre les deux rivaux régionaux. Ce rôle de médiateur illustre l’ambition chinoise de façonner l’ordre régional sans recourir à la force.

Une diplomatie de la désescalade

Face aux tensions croissantes entre Israël et l’Iran, Pékin a multiplié les appels à la retenue. La Chine a mis en garde contre des « conséquences graves » après des frappes israéliennes sur le territoire iranien, soulignant son opposition à toute violation de l’intégrité territoriale.
Sur le plan des droits humains, la position chinoise reste cohérente avec sa doctrine de non-ingérence : Pékin a voté contre une résolution du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU condamnant la répression en Iran lors des manifestations récentes, tout en rejetant toute intervention étrangère dans les affaires intérieures des États.
Quant aux rumeurs sur les réseaux sociaux évoquant l’envoi d’avions militaires chinois transportant du matériel vers l’Iran, elles restent plus que probables.

Le détroit d’Ormuz : une épée de Damoclès économique

En cas de conflit USA-Iran, c’est paradoxalement la Chine, premier importateur mondial de pétrole, qui risquerait de payer le prix fort. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 à 25 % du pétrole mondial, constitue une artère vitale pour l’économie chinoise.
Les analystes prévoient que toute escalade militaire ferait grimper le baril entre 120 et 180 dollars, déclenchant une inflation importée et un ralentissement de la croissance mondiale. L’Europe, l’Inde, le Japon et les pays africains importateurs seraient également gravement affectés, tandis que les producteurs comme l’Arabie saoudite, la Russie et les États-Unis pourraient en tirer profit.

Vers une fragmentation de l’ordre économique mondial

Un conflit prolongé accélérerait la division du monde en blocs économiques concurrents. D’un côté, l’Occident avec le dollar, SWIFT et l’OTAN ; de l’autre, un axe sino-russo-iranien privilégiant le yuan, le troc et les accords bilatéraux.
Pékin pourrait saisir cette opportunité pour renforcer les circuits financiers alternatifs, promouvoir le yuan comme monnaie énergétique et se positionner comme le champion d’un ordre multipolaire face à la domination américaine. Les chaînes d’approvisionnement mondiales subiraient des perturbations majeures, avec une hausse des coûts d’assurance maritime et des retards massifs affectant l’électronique, l’automobile et l’agriculture.

Un calcul stratégique complexe

Pour Pékin, l’équation est délicate. À court terme, un conflit signifierait une énergie plus chère, une croissance ralentie et une instabilité régionale. Mais à moyen terme, la Chine pourrait en tirer des avantages stratégiques : renforcer sa position dans le Sud global, affaiblir la crédibilité de l’ordre occidental et s’imposer comme médiateur responsable.
C’est pourquoi les experts s’accordent à dire que la Chine privilégierait un conflit court et limité, sans escalade totale. Sa stratégie reposerait sur le renforcement des liens économiques avec l’Iran, la diplomatie pour apparaître comme un acteur de stabilité, et la contestation de l’influence américaine — tout en évitant à tout prix une confrontation militaire directe avec Washington.
Dans un monde de plus en plus polarisé, la crise iranienne pourrait devenir le test ultime de la capacité de Pékin à concilier ses ambitions de puissance mondiale avec la préservation de ses intérêts économiques vitaux.

 

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