Figure du cinéma indépendant américain, Kelly Reichardt dirige Josh O’Connor, « star montante britannique », dans une longue et lente cavale.

Fermier ruiné par les incendies dans « Rebuilding », musicien amoureux dans « Le Son des souvenirs », Josh O’Connor était à l’affiche de plusieurs films sélectionnés au Festival de Deauville. « Star montante britannique », l’acteur était aussi un menuisier apprenti braqueur dans « The Mastermind » (sortie le 4 février), film de Kelly Reichardt, figure du cinéma indépendant américain (« Old Joy », « Wendy and Lucy », « La Dernière piste »), primée à plusieurs reprises à Deauville (Grand Prix pour « Night Moves », Prix du Jury pour « First Cow »).
O’Connor joue ici Mooney, tranquille père de famille, mais chômeur dans un petite ville du Massachusetts ; lors d’une visite avec les enfants dans un musée local, il s’essaie au vol d’œuvres d’art, chipe une petite statuette, ni vu ni connu, piquée sur un jeu d’échecs en bois. Il repère quelques tableaux, à peine surveillés par un gardien assoupi, et imagine un plan établi avec ses complices dans le sous-sol de la maison familiale. Pour monter son coup, le « cerveau » de l’affaire et par ailleurs fils de juge doit aussi convaincre sa mère de lui prêter discrètement de l’argent.
Immergé dans les années 70

Le jour dit, premier imprévu : pas d’école, Mooney doit garder ses deux enfants, ça sent bien le plan foireux. Mais de façon incroyable, presque comme dans le vrai plan, le braquage se fait à l’ancienne et en plein jour. Butin de l’expédition de pieds-nickelés : quatre tableaux d’Arthur Dove, « le premier peintre abstrait américain » et peintre référé de la cinéaste, vraiment volés, puis cachés dans une porcherie. Forcément ce ne pouvait pas être si simple et tout part en vrille, suspecté par la police, Mooney est enlevé par des méchants, dépouillé, et contraint de s’enfuir.
C’est toujours une certaine Amérique que raconte le cinéma de Kelly Reichardt, et « The Mastermind » (également présenté en compétition au Festival de Cannes) est immergé dans les années 70, emballé dans une musique jazz, et raconté sur fond de guerre au Vietnam, un événement auquel son personnage est totalement insensible. La cinéaste tente de réinventer le film de « casse », réalisé rapidement dans la chronologie du film, pour se concentrer sur « l’après », les conséquences du braquage, la fuite du « cerveau », le voleur volé errant seul, comme en-dehors de la vie.
Avec désenchantement et mélancolie, le film évoque les choix d’un homme qui essaye d’aller de l’avant, même si pour cela il faut être malhonnête, « un homme assez intelligent pour se mettre dans les ennuis, mais pas assez intelligent pour s’en sortir ». Et c’est alors une trop longue cavale filmée par un cinéma de la lenteur.
Patrick TARDIT
« The Mastermind », un film de Kelly Reichardt, avec Josh O’Connor (sortie le 4 février).