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Thionville : un débat animé avant le second tour

Les quatre candidats au second tour des municipales se sont affrontés au cours d’un débat organisé par le Républicain Lorrain le 17 mars 2026. La bétonisation de la ville a été évoquée.

Thionville : quatre candidats pour le second tour (DR)
Thionville : quatre candidats pour le second tour (DR)

Les sujets qui fâchent

Évidemment, le maire sortant était dans le collimateur des trois autres candidats d’abord parce qu’il est arrivé en tête du premier tour, ensuite parce qu’il doit répondre des réalisations effectuées lors du dernier mandat. Comme ces ponts inutiles à 75 M€ près de la gare, la vente de deux immeubles à vil prix, et le projet Rive droite (de la Moselle) où des immeubles vont pousser comme des champignons pour créer 1300 logements soit environ 2500 habitants supplémentaires. Bonjour la circulation et donc la pollution au centre-ville.
À propos de pollution, Lionel Bieder est revenu sur cette affaire de vente de deux parcelles enclavées dans un ensemble immobilier appartenant à la SCCV Eclat rue du Maréchal Joffre.

100.000 € l’are !!!

C’est sur ce bout de terrain que la SCCV Eclat projetait de construire un immeuble de quatre étages. Mais n’ayant pas réussi à pré-vendre ses appartements, la SCCV Eclat était en grosse difficulté financière. Pour sortir le fils d’un adjoint de ce mauvais pas, la mairie a acheté l’une des parcelles pour la somme astronomique de 500.000 €.
Lionel Bieder avait alors dénoncé cet achat à 100.000 € l’are ! Le maire lui répondu qu’il souhaitait créer un îlot végétalisé dans ce quartier.
Quelques années plus tard, la SCCV Eclat, vend l’autre partie de ce terrain d’une contenance de 5 ares 54 ca à un autre promoteur de la ville pour la somme de 150.000 € TTC… Trois fois moins pour la même contenance ou à peu près !
Lionel Bieder s’insurge de ces anomalies et regrette que la mairie ait renoncé, dans une lettre datée du 12 février 2024, à son droit de préemption.
Un îlot végétalisé plus vaste au cœur de Thionville n’aurait-il pas été le bienvenu ?

Une confrontation directe marquée par des divergences profondes sur les priorités locales et les moyens d’action.

Thionville, hôtel de ville (commons wikimedia)
Thionville, hôtel de ville (commons wikimedia)

Une quadrangulaire ouverte

Le premier tour du 15 mars a placé le maire sortant Pierre Cuny (DVC) largement en tête avec 41,22 % des suffrages. Il devance Lionel Bieder (DVD, 19,98 %), Yan Rutili (Divers, 13,63 %) et Brigitte Vaïsse (DVG, 11,37 %).
Comme en 2020, quatre listes se maintiennent, dessinant une quadrangulaire incertaine pour le scrutin du 22 mars. À droite, le duel entre Pierre Cuny et Lionel Bieder structure le paysage. À gauche, aucune alliance n’a été conclue : Yan Rutili évoque des rapprochements possibles tandis que Brigitte Vaïsse rejette toute coalition.

Sécurité : entre renforcement des effectifs et prévention

La question de la sécurité a révélé des approches contrastées.
Yan Rutili propose une montée en puissance progressive avec davantage de policiers municipaux, la création d’une brigade de gardes champêtres et une présence renforcée sur le terrain, sans hausse d’impôts.
Brigitte Vaïsse insiste sur la prévention et l’humain, notamment via des policières référentes et une attention particulière à la sécurité des femmes.
Lionel Bieder défend une ligne plus ferme, avec un doublement des effectifs et une politique de « tolérance zéro ».
Pierre Cuny, lui, relativise la situation locale : « Thionville n’est pas le Chicago des années 20 », affirme-t-il, tout en annonçant un renfort plus modéré des effectifs.
Logement : un désaccord frontal sur l’urbanisation

Le logement cristallise les oppositions

Yan Rutili souhaite freiner l’urbanisation et créer une foncière municipale pour favoriser l’accès des classes moyennes.
Brigitte Vaïsse alerte sur la crise du logement, rappelant les 5 000 demandes de logements sociaux et l’impact sur l’attractivité de la ville.
Lionel Bieder propose de geler les grands projets immobiliers pour en évaluer la cohérence et mise sur des solutions comme la cohabitation intergénérationnelle.
À l’inverse, Pierre Cuny défend son bilan et insiste sur la nécessité de construire entre 250 et 300 logements par an pour accompagner la croissance démographique.

Mobilité : transports en commun contre réaménagement urbain

Sur la mobilité, les visions divergent également.
Brigitte Vaïsse met l’accent sur les transports en commun, les mobilités douces et une navette électrique gratuite pour revitaliser le centre-ville.
Yan Rutili regrette certains choix d’investissement et plaide pour une meilleure offre de services publics.
Lionel Bieder privilégie la remise en état des voiries et la création de parkings relais.
Pierre Cuny défend les infrastructures réalisées, notamment les ponts et pistes cyclables, et assume ses choix d’aménagement.

Budget : promesses de stabilité fiscale et attaques politiques

Tous les candidats promettent de ne pas augmenter les impôts, mais divergent sur les moyens.
Brigitte Vaïsse appelle à des économies et critique la vente du patrimoine municipal.
Lionel Bieder dénonce un manque de transparence et propose un contrôle indépendant des projets.
Pierre Cuny rejette ces accusations et met en avant une gestion conforme aux règles, tout en pointant l’absence de son adversaire au conseil municipal.

Développement économique : l’ombre du Luxembourg

La proximité du Luxembourg domine les débats.
Yan Rutili veut renforcer l’artisanat local et proposer une fiscalité attractive.
Brigitte Vaïsse rappelle que la compétence relève surtout de l’agglomération et de l’État, plaidant pour des emplois non délocalisables.
Lionel Bieder propose une zone franche et une refonte du centre-ville commercial.
Pierre Cuny met en avant les résultats économiques du territoire, avec des créations d’entreprises et l’implantation de grandes activités.

Santé : un consensus sur les maisons de santé, des solutions divergentes

Tous s’accordent sur la nécessité de développer l’offre de soins.
Yan Rutili et Brigitte Vaïsse défendent les centres municipaux de santé avec des professionnels salariés.
Lionel Bieder propose des solutions mobiles, comme des « médicobus », pour desservir les quartiers.
Pierre Cuny insiste sur les investissements hospitaliers et les difficultés d’attractivité face au Luxembourg.

Culture : entre cohésion sociale et valorisation du patrimoine

Enfin, la culture apparaît comme un levier de cohésion.
Yan Rutili souhaite relancer des équipements et renforcer les liens intergénérationnels.
Brigitte Vaïsse met en avant la diversité culturelle et le rôle du vivre-ensemble.
Lionel Bieder propose une programmation ambitieuse avec festivals et événements locaux.
Pierre Cuny valorise l’offre existante et annonce de nouveaux projets, comme un conservatoire de danse.

Le second tour sous tension

Ce débat, rythmé par des échanges parfois vifs, confirme l’absence de rapprochement entre les listes et la forte polarisation du scrutin.
À quatre jours du vote, l’issue reste incertaine. La mobilisation des électeurs et la capacité de chaque candidat à élargir son socle seront déterminantes pour départager cette quadrangulaire.

En marge du débat

Lionel Bieder a du cœur

Lettre entre deux candidats à Thionville
Lettre entre deux candidats à Thionville

Nous avons évoqué cette pépite de la campagne des municipales à Thionville. Le candidat Lionel Bieder, tête de la liste « Thionville, le Renouveau par l’Audace », a eu la bonne idée de faire un détour par l’INPI (Institut national de la propriété intellectuelle). Et là, il a tranquillement déposé la marque « Thionville au Cœur, le Renouveau par l’Audace ». Autrement dit, le nom de la liste du maire sortant « Thionville au cœur » et candidat à sa réélection, appartient officiellement à… son adversaire. Lionel Bieder voulant ainsi démontrer que la politique, c’est aussi prévoir.
Mais pas de panique ! Avec beaucoup de malice, Bieder a adressé une lettre à son adversaire Cuny, le 17 mars 2026, pour lui rappeler que le nom « Thionville au cœur » avait fait l’objet d’un dépôt de marque qui couvre « les supports imprimés, la communication et l’organisation d’événements ». Et dans sa grande magnanimité, il lui donne « l’autorisation de l’exploiter jusqu’au dimanche 22 mars 2026 minuit ».
N’est-elle pas belle la politique entre frères ennemis ?

Thionville : petite leçon de politique (et de propriété intellectuelle)

 

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