Il y a de l’empathie et de la bienveillance dans ce film du cinéaste japonais Sho Miyake, « une comédie romantique sans amour » où l’amitié apaise les douleurs de la maladie et du mal-être.

« Quelle personne je veux être aux yeux des autres », se demande une jeune fille au début de « Jusqu’à l’aube », long-métrage réalisé par Sho Miyake (sortie le 14 janvier), « meilleur film japonais de l’année » passée. Misa Fujisawa (jouée par Mone Kamishiraishi) est certes « attentionnée et gentille », mais ne sait pas toujours bien comment se comporter, d’autant qu’elle est justement sujette à des écarts dûs à un syndrome prémenstruel. A l’approche de ses règles, elle ne contrôle plus ni son corps ni son esprit, et se laisse submerger par la colère.
Elle a beau faire du yoga, il lui arrive encore de s’emporter et s’énerver pour un rien mais, jeune adulte, Misa semble stabilisée. Elle a un appartement, où arrivent les colis encore envoyés par sa mère, et un emploi dans une petite entreprise, de microscopes et télescopes pour enfants, où ses collègues sont ravis des gâteaux qu’elle leurs offrent. Un nouvel employé vient d’arriver, Takatoshi Yamazoe (interprété par Hokuto Matsumura), qui lui aussi ne parait d’abord pas très sociable non plus. Lui aussi est malade en fait, faisant des crises d’angoisse, de panique.
Leurs maladies respectives n’ont pas les mêmes symptômes, mais elles perturbent leur quotidien et ont le même degré de souffrance. Fujisawa et Yamazoe, qui apparaissent aux autres un peu bizarres, étranges, vont se rapprocher, s’entraider, ont des attentions l’un pour l’autre. Alors qu’il ne peut ni prendre les transports en commun ni aller chez le coiffeur, elle lui prête un vélo et lui coupe les cheveux. Alors que ses sautes d’humeur la surprennent elle-même, il tente de comprendre les déclics de son malaise. Ensemble, ils étudient les étoiles et s’impliquent dans la présentation d’un planétarium.
« Le monde continue d’avancer »

Ces deux personnages sont attachants, dans leurs faiblesses comme dans leurs efforts pour essayer d’aller mieux, d’entrer dans le cadre social malgré leurs différences, de respecter les règles de la politesse japonaise. D’autant qu’ils ne sont pas les seuls à aller mal, d’autres personnages (patron, ancien patron…) vivent avec un traumatisme, la perte d’un être cher (un frère, une sœur…), qu’ils soulagent dans un groupe de parole.
Le film précédent de Sho Miyake, « La beauté du geste », était à l’image de son héroïne, une jeune boxeuse sourde luttant pour obtenir une victoire sur elle-même : bienveillant, discret et mélancolique. « Jusqu’à l’aube » possède ces mêmes qualités. Il y a aussi de l’empathie dans cette histoire d’amitié qui apaise les douleurs de la maladie et du mal-être. « Comédie romantique sans amour », c’est un récit lent, calme et apaisant où « le monde continue d’avancer », puisque après la nuit « une nouvelle aube se lèvera toujours ».
Patrick TARDIT
« Jusqu’à l’aube », un film de Sho Miyake, avec Mone Kamishiraishi et Hokuto Matsumura (sortie le 14 janvier).