Edition du samedi 21 octobre 2017

Qui est Jean Rottner prochain président de la Région ?

Jean Rottner, maire de Mulhouse, sera élu président du Grand Est le 20 octobre prochain. Portrait d’un farouche partisan de l’Alsace qui « n’a pas vocation à être diluée dans un ensemble hétéroclite ».

 

Jean Rottner, sera président de la région Grand Est le 20 octobre 2017 (DR)

Jean Rottner, sera président de la région Grand Est le 20 octobre 2017 (DR)

Après la démission surprise de Philippe Richert du conseil régional Grand Est, samedi dernier, les élus de la majorité se sont réunis à huis clos, lundi soir à Strasbourg pour désigner son successeur. Un candidat a été désigné à l’unanimité : Jean Rottner, maire de Mulhouse, actuellement troisième vice-président de la Région. Sauf improbable coup de théâtre, il sera officiellement élu le 20 octobre à Metz. Un Alsacien succèdera donc à un autre Alsacien. Mais qui est Jean Rottner, 50 ans, peu connu en dehors de l’Alsace ?
Ce fils d’instituteur devenu médecin urgentiste s’est lancé en politique en 2002 comme suppléant de la députée Arlette Grosskost dans la cinquième circonscription du Haut-Rhin. Colistier d’Adrien Zeller (UMP) aux régionales de 2004, Rottner a été élu au conseil municipal de Mulhouse en 2008 et devient premier adjoint au maire, Jean-Marie Bockel. Le 17 mai 2010, Jean Rottner succède à Jean-Marie Bockel qui se consacre à ses fonctions gouvernementales. Il est réélu maire en mars 2014.

Perte de son ADN

Pendant le projet de loi sur la réforme territoriale, Jean Rottner, tout comme Philippe Richert, va prendre une position ouvertement hostile à cette grande région qui inclue l’Alsace. Il s’en explique sur son blog qui appelle les Alsaciens à s’opposer à ce projet.
On lit, le 23 juillet 2014, sous le titre : « Pourquoi l’Alsace souhaite prendre son destin en main » des propos surprenants. Exemple : « L’Alsace, c’est tout cela. Et cette région n’a pas vocation à être diluée dans un ensemble hétéroclite. Son intérêt, c’est le développement transfrontalier, c’est le retour d’une légitime fierté culturelle et linguistique, pour donner à ses enfants une réelle chance dans l’univers mondialisé de notre siècle. »
Un peu plus loin : « La perte de l’identité régionale serait un drame pour l’Alsace. Les résultats de notre pétition lancée il y a 48 heures sont là pour prouver que cet enjeu est au cœur des citoyens. 15 000 alsaciens se mobilisent en deux jours pour relever la tête.

Ces signataires ne sont pas réactionnaires, ni conservateurs et ne plaident pas pour le repli identitaire. Ils plaident pour une Alsace ambitieuse et entendue dans ses choix. Ils ont l’audace de dire à la France qu’ils entendent être respectés.
Ils marquent leur envie d’Europe, de croissance et de projets ! Ils veulent une initiative commune des trois présidents des assemblées de notre région pour engager le processus d’une collectivité unique. Ils alertent leurs élus sur l’incohérence d’une réforme qui touche à leur ADN. »

« Touche pas à l’Alsace »

 

En effet, Jean Rottner fait un lien sur le texte d’une pétition (elle a recueilli 55.000 signatures) intitulée « Touche pas à l’Alsace ». Dans la foulée, une grande manifestation rassemble environ 10.000 personnes à Strasbourg pour refuser la fusion de l’Alsace avec la Lorraine et la Champagne Ardenne. Plusieurs élus prennent la parole dont Jean Rottner qui dénonce « la réforme du mépris ».
Plus tard, quand il sera élu au Conseil régional, Jean Rottner demandera une modification de la loi NOTRe. « Je fais confiance à la droite républicaine pour faire de l’abrogation de cette loi un point central dans son programme en 2017.
Pour ma part, je reste un défenseur acharné des valeurs alsaciennes et nationales qui m’ont portées dans mon action publique récente au service de mon territoire et de mes concitoyens, injustement méprisés. » (20 novembre 2014).

L’appel des Cent

Ce régionalisme exacerbé, identitaire, est-il à l’origine de la démission de Philippe Richert ? Il l’a laissé entendre, samedi dernier, en annonçant sa démission. Il a dénoncé « des attaques d’une rare vulgarité » liées « à la question des identités ».
En effet, le 26 septembre 2017, une centaine de personnalités alsaciennes du monde de la culture, de l’économie, de la politique, mais aussi du sport, du droit… ont lancé un « Appel pour une nouvelle régional Alsace ».
Quelle sera l’attitude de Jean Rottner une fois élu président de la région Grand Est ? Favorisera-t-il la région Alsace ? Va -t-il prendre en compte les besoins et les attentes des autres régions, la Lorraine et la Champagne-Ardenne ?
L’avenir le dira bien vite.

Marcel GAY

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