Edition du mardi 23 janvier 2018

Gérard Lignac : un grand patron de presse s’en est allé

Le PDG de l’Est Républicain de 1983 à 2011 puis du groupe EBRA s’est éteint à l’âge de 89 ans.

Gérard Lignac, ancien PDG de l'Est Républicain

Gérard Lignac, ancien PDG de l’Est Républicain

Ce fut un patron de presse comme il en existe peu dans notre pays. Un homme soucieux des salariés, respectueux des syndicats et des journalistes, surtout quand ils n’avaient pas la même sensibilité politique que la sienne.
Jamais en un bon quart de siècle qu’il présida aux destinées de l’Est Républicain il n’a souhaité relire « un papier », jamais il ne souhaita intervenir dans la ligne éditoriale du journal de Nancy. Il laissait à la rédaction une grande liberté de ton.
Alors que j’étais reporter régional au siège de l’Est Républicain, à Nancy, le patron, Gérard Lignac, me convoqua pour me passer un savon.
Le journal était poursuivi en diffamation à la suite d’une enquête que je venais de publier. Un sujet très délicat. Une gamine était hospitalisée, régulièrement, et fut opérée plusieurs fois. Les médecins ne comprenaient pas son étrange pathologie qui disparaissait lorsqu’elle était à l’hôpital. Ils finirent par soupçonner la mère, une infirmière, d’empoisonner sa fille.
Un juge d’instruction parisien fut saisi d’une plainte déposée par le papa. Ce juge était convaincu que la maman, divorcée, souffrait du syndrome de Munchhausen par procuration. Autrement dit, elle se vengeait de son ex-mari sur sa fille. L’affaire fit grand bruit à l’époque. Elle finira mal pour la maman et pour son compagnon, un médecin, traduit devant les assises d’une grande ville de l’Est de la France.
Au quatrième étage du journal, Gérard Lignac me demanda quelques explications. « Un procès, cela coûte cher au journal, me dit-il. Je ne comprends pas que l’on puisse nous faire des procès si ce que l’on écrit est juste. »
J’expliquai alors au président les détails de mon enquête et lui révélait l’une de mes sources. En précisant : « Je crois que grâce à nos articles nous avons sauvé cette gamine d’une mort probable. »
Gérard Lignac comprit parfaitement que je n’avais rien écrit à la légère dans une affaire aussi sensible. Il me regarda droit dans les yeux : « Eh, bien continuez votre enquête. »
Ce jour-là, j’étais accompagné par un délégué du personnel. En quittant le bureau, ce dernier, sans doute impressionné par le patron du journal, se trompa de porte de sortie. Il rentra dans le placard à balais. Gérard Lignac se tourna vers lui : « Là, vous ne trouverez personne, du moins je l’espère » dit-il en souriant.
Un grand Monsieur, ce président !

Marcel GAY

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