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Symbio : 350 M€ d’aides publiques, 70 % des emplois supprimés. Et une plainte

L’association anti-corruption AC !! a saisi le parquet de Lyon, dénonçant les conditions d’attribution et d’utilisation de financements publics massifs accordés au fabricant de piles à hydrogène, dont le site de Saint-Fons s’est effondré en moins de deux ans.

Symbio, le site (capture internet)
Symbio, le site (capture internet)

Rappel des faits

La société Symbio, spécialisée dans la fabrication de piles à combustible à hydrogène pour véhicules utilitaires, a bénéficié en l’espace de deux années de plus de 350 millions d’euros d’aides publiques. Parmi celles-ci, environ 313 millions d’euros ont été versés dans le cadre du programme européen PIIEC (Projet important d’intérêt européen commun) autorisé par la Commission européenne et financé par l’État français, via notamment Bpifrance.
Ces fonds avaient pour ambition affichée de bâtir une filière industrielle française de l’hydrogène et de créer des emplois durables sur le site de Saint-Fons, dans la métropole de Lyon. Les versements étaient conditionnés à l’atteinte de « jalons » techniques et industriels, vérifiés trimestriellement.
Pourtant, dès septembre 2025, Symbio annonçait un plan de sauvegarde de l’emploi portant sur environ 350 suppressions de postes soit près de 70 % des effectifs du site. Dans le même temps, les chiffres de production révélaient un gouffre entre les promesses et la réalité : seulement 680 piles à combustible produites en 2024, contre 16 000 initialement annoncées.

Trois infractions visées

C’est dans ce contexte que l’association AC!!, agréée pour la protection de l’environnement et engagée sur les questions de transparence des fonds publics dans les politiques de transition écologique, a déposé une plainte simple auprès du procureur de la République de Lyon.

Escroquerie au préjudice d’une personne publique.

L’association s’interroge sur la sincérité des informations communiquées aux autorités lors du déblocage progressif des fonds. L’écart abyssal entre les objectifs annoncés et les résultats réels, la dépendance à un seul client, et l’effondrement rapide du modèle économique pourraient-ils indiquer que les financeurs publics ont été trompés ?

Faux et usage de faux.

Les contrôles trimestriels conditionnant les versements supposaient la transmission de reporting réguliers. La plainte demande que soit examinée la conformité de ces documents avec la situation réelle connue en interne à l’époque.

Abus de biens sociaux.

Selon des informations publiées par Le Monde, environ 1,6 million d’euros d’indemnités de départ auraient été versés à plusieurs dirigeants quittant l’entreprise, des primes importantes auraient été attribuées à certains cadres, et le financement d’un MBA aux États-Unis aurait été accordé à l’un d’eux, le tout dans un contexte de difficultés industrielles déjà identifiées.

Ce que demande l’association anticorruption

L’association prend soin de préciser qu’elle n’affirme pas avec certitude que des infractions sont caractérisées. Elle sollicite l’ouverture d’investigations pour établir notamment : quels documents ont été transmis à Bpifrance et aux services de l’État, à quelle date les difficultés structurelles étaient connues en interne, comment les fonds ont été réellement utilisés, et dans quelles conditions les versements ont été maintenus malgré des résultats industriels décevants.
Pour AC !!, les montants en jeu, exceptionnels à l’échelle d’une politique publique de transition énergétique, et l’ampleur du naufrage industriel justifient à eux seuls que la justice se saisisse du dossier.

Précision : nous n’avons pas réussi à joindre la société Symbio. Nous publierons avec plaisir leur point de vue dès que la direction de cette entreprise le souhaitera.

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